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Quand les pactes ne sauvent pas le système

La Confédération Nationale des Enseignants et Enseignantes d’Haïti (CNEH) et l’Union Nationale des Normaliens et Éducateurs d’Haïti (UNNOEH)) se sont montrées inquiètes par rapport à la situation des professeurs du secteur privé de l’éducation durant cette période où ils ne perçoivent aucun salaire, tandis que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Magalie Georges de la CNEH et Georges Wilbert Franck de l’UNNOEH se sont montrés préoccupés par rapport à cette situation. Trois mois après que le président de la République, Jovenel Moïse, ait promis d’accompagner les professeurs du secteur privé de l’éducation, la situation reste inchangée et cette promesse tarde à se concrétiser. Si des décaissements ont été annoncés, il n’en est encore rien, selon des responsables des syndicats d’enseignants. Georges Wilbert Franck de l’UNNOEH et Magalie Georges affirment que rien n’est encore donné aux professeurs qui ne savent pas à quel saint se vouer durant cette période. «C’est une année particulièrement difficile pour le personnel du secteur privé», reconnaît Georges Wilbert. Après le mouvement «pays lock» où les responsables des écoles ont tout empoché, oubliant les professeurs, ajoutée à cette crise sanitaire, la situation s’est aggravée pour beaucoup de nos collègues», a-t-il expliqué. Pour sa part, la secrétaire générale de la CNEH, Magalie Georges, a dit que les cris de détresse sont arrivés au quotidien aux oreilles des responsables des syndicats d’enseignants. Cependant, elle a expliqué que, la plupart du temps, ces derniers n’ont pas de moyens pour aider leurs membres à traverser ces moments difficiles. Le pacte pour l’éducation, signé le 19 octobre 2015 par de nombreux candidats à la présidence, aurait pu être le mouvement de fond de la dernière décennie pour réduire les inégalités sociales et la ségrégation scolaire en Haïti, comme l’est aujourd’hui le «Pacto Educativo» dominicain qui a mobilisé aussi candidats à la présidence, parlementaires, société civile. En réussissant à faire avancer l’agenda des réformes éducatives et à doubler ses allocations au secteur de l’éducation, la République Dominicaine a pu, tant bien que mal, pratiquer, en plein COVID-19, la continuité pédagogique numérique, grâce à une distribution massive d’ordinateurs et de tablettes dans ses écoles publiques, qui représentent 75% de l’offre scolaire. Certains diront que notre pacte national pour une Éducation de qualité n’est jamais né, malgré ses 10 000 signataires, également candidats à la présidence, parlementaires, directeurs d’écoles, directeurs de médias (ANMH, AMIH), professeurs, artistes, journalistes, etc… Ils n’auront pas tout à fait tort car, cinq ans après la signature de ce pacte prévu déjà dans les recommandations du Groupe de Travail sur l’Éducation et la Formation (GTEF) de 2010, peu s’est passé, tant au niveau des réformes et au niveau du financement. L’arrêté présidentiel portant réforme des établissements scolaires de la République, de septembre 2014 (12 mesures) et le pacte qui reposaient sur la continuité des axes du Plan Opérationnel 2010-2015, ont eu peu de suivi. Au contraire, en novembre 2016, le gouvernement d’alors choisissait de lancer officiellement la rédaction d’un nouveau plan décennal 2017-2027, encore dans la phase d’élaboration aujourd’hui. Entre temps, les financements internationaux ont ralenti, faute en partie d’un nouveau plan sectoriel, et les financements nationaux également. De 20% à la signature du pacte en 2015, l’allocation relative du secteur de l’éducation est passée à 10% dans le budget 2019-2020. Pareille, en valeur absolue, passant de 23 milliards de gourdes en 2015 qui représentait environ 400 millions de dollars à environ 21 milliards de gourdes représentant environ 200 millions de dollars aujourd’hui. On peut facilement imaginer la dégradation graduelle des conditions de vie du corps enseignant et l’impact au niveau de la salle de classe. Tout ceci, dans un pays qui disposait de moins de 90 dollars par tête, pour scolariser ses enfants, contre 1000 dollars en République Dominicaine, vu que nos recettes fiscales annuelles sont 10 fois moindres que celles de la république voisine. Il est donc tout à fait «normal» que le parc public d’éducation ne soit que de 20%, cinq ans plus tard. La subvention aux écoles privées, sans contrepartie même d’accréditation, ne peut pas être une solution durable.

Altidor Jean Hervé

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