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La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies, serait-elle juste un bouquet d’utopies?

 Il y a quelques phrases creuses, riches en utopies ronflantes, qui ont été largement publicisées dans des documents signés et contresignés par bien des dignitaires de ce monde, qui sont revenues me hanter, ces derniers jours. Deux d’entre elles se retrouvent en bonne place, dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies. Elles se lisent comme suit:

Article 1 :

«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres, dans un esprit de fraternité.»

Article III:

«Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.»

En réalité, toutes ces déclarations ne sont que des vœux pieux. En dépit de leur belle formulation et des signatures qui y sont apposées, ces articles n’ont aucune portée contraignante sur les sociétés qui disent les endosser. Ils sont comme autant de feux d’artifice qui colorent le ciel de paillettes de lumière mais qui n’éclairent rien dans la vraie vie et laissent un pan entier de notre humanité dans une obscurité à trancher au couteau. Ce ne sont rien que des paroles en l’air pour endormir tous les crédules de ce monde qui subissent, depuis des siècles, les injustices et les crimes que leur imposent ces beaux parleurs qui sont parfois de connivence avec les perpétrateurs de ces offenses qu’on inflige impunément à celles et à ceux, toujours les mêmes, qui en pâtissent, depuis la nuit des temps.

Les États-Unis d’Amérique sont un pays où cohabitent des peuples capables, à la fois, du meilleur et du pire. Ils peuvent étonner le monde, dans tous les sens du terme. Ils peuvent accomplir des miracles politiques, comme celui de se choisir, Ô stupéfaction, un Afro-Descendant, diplômé de Harvard, et le mettre à la tête de leur pays, pour ensuite se retourner de bord et offrir le même pouvoir, à un Caucasien bête et stupide, à peine alphabète fonctionnel, ne réagissant qu’à ses pulsions primaires et ataviques. Ils peuvent aisément s’ériger en défenseurs de la veuve et de l’orphelin, lorsque le leur dictent leurs intérêts, pourfendre des dictateurs de certains pays, au nom du droit à la liberté des peuples, et imposer leurs propres dictateurs ailleurs, et supporter les crimes abominables de ces satrapes sur leur propre population. Tout cela, ils peuvent le faire, au gré des conjonctures, au mieux de leurs intérêts, sans aucun égard réel pour les beaux principes édictés plus haut, ni pour les coûts encourus par les sociétés qu’ils saccagent ce faisant, au nom des pires mensonges qu’ils inventeront, sans vergogne. Qu’on se souvienne des fallacieux prétextes qui ont conduit à la 2e guerre du Golfe et du saccage sans nom, infligé impunément à ce peuple, pour ne citer que ce dossier encore vivide en nos esprits.

Le peuple Afro-Américain a vécu toutes les vicissitudes de son existence, sous le joug d’une partie de la communauté Blanche de ce pays. Il a souffert toutes les ignominies et les insultes de la part de ses bourreaux, pendant qu’on l’abreuvait de concepts contre-intuitifs qu’il a fini par faire siens, mais qui endorment sa conscience et l’empêchent de se rebeller efficacement contre l’injustice et le sort inqualifiablement exécrable qu’on lui réserve. On lui a appris la Bible, à l’envers, bien sûr. Non pas les parties qui lui apprendraient à appliquer le juste châtiment à ses tourmenteurs. Ô que non! Mais plutôt le Nouveau Testament, celui qui lui demande de «pardonner les offenses à ceux qui l’ont offensé, comme il voudrait qu’on lui pardonne les siennes». Et pour faire bonne mesure, on lui a aussi appris à tendre l’autre joue, pour faire un juste compte, pour comble d’inepties. Ce sont autant de notions qui confortent les prédateurs dans leurs prédations et qui tendent à les protéger de la justice immanente et légitime, le choc en retour, de la part de leurs victimes. Au nom de la foi qu’on leur a inculquée, celles-ci s’en remettront alors à la Justice Divine qui prend tellement de temps à abattre son courroux, que le criminel a tout le temps de prospérer et, qui sait, même d’obtenir le pardon de ses offenses, une indulgence pleine et entière, une claire incitation à persévérer dans un mal qui lui est si profitable. Ainsi prospèrent les prédateurs. Ainsi perdurent les inégalités et l’injustice érigées en système, depuis des siècles d’impunité et d’impénitence.

Tous ces dignitaires qui, au nom de leur pays, avaient livré leurs plus éloquents discours pour faire l’éloge de ces grandes déclarations universelles et jurer leur attachement à ces grands principes, tous leurs successeurs qui en revêtent aujourd’hui les oripeaux, murmurent à peine leurs condamnations, quand vient le temps de réprimander les grands de ce monde qui abusent impunément de leur minorité souffrante dans leur propre pays, comme le leur confère l’autorité de ces signatures consenties. Pendant que l’Amérique de Trump titube sur les bords du volcan de la désobéissance civile et de l’anarchie, à travers de nombreuses villes de ce pays, la colère gronde. Cette fois, on ne pourra pas accuser des éléments étrangers, infiltrés à dessein pour semer le virus de la discorde à travers le pays. L’élément déclencheur est l’assassinat gratuit, en direct, d’un citoyen Afro-Américain, par un policier Caucasien, pour une futilité. Le policier Blanc, Derek Chauvin, après avoir accumulé, semble-t-il, un nombre considérable de plaintes pour brutalité policière et autres actes contraires à la déontologie policière (18 plaintes en 19 ans), a finalement commis l’irréparable sur Georges Floyd, l’afro-américain. De façon délibérée, il a écrasé de tout son poids, le cou de Georges Floyd, terrassé, la face contre terre, les bras menottés derrière son dos, jusqu’à ce que mort s’en suive. Durant 8 minutes et 46 secondes, rapporte-t-on, il maintient cette prise de la mort. Et ce qui devait arriver, arriva. Et depuis lors, l’Amérique, révoltée, est dans les rues. Des citoyennes et des citoyens de ce pays, toutes origines ethniques confondues, demandent justice et réclament du changement dans un système qui cible immanquablement les hommes Afro-américains. Les citoyens dans plusieurs grandes villes du monde manifestent également en solidarité. Et que fait leur Président, pour apaiser la grogne légitime et manifestement pacifique, en majorité? Il mobilise la Garde Nationale, il appelle l’armée contre ses citoyennes et contre ses citoyens. Pire encore, il invoque le 2e amendement de la Constitution des États-Unis, celui qui garantit à tout citoyen, le droit de porter des armes et de se constituer en milice armée. Ce n’est pas difficile d’imaginer les suites potentiellement explosives car, après tout, les manifestants pacifiques, aujourd’hui, notamment ces Afro-américains, sont également des citoyens à part entière de cette nation, et cet amendement légalisant l’accès et le port d’armes, ainsi que la constitution de milice organisée, s’applique à eux, tout autant. C’est le Président, lui-même, solennellement, qui les invite à s’en prévaloir. Vous voyez le topo?

Ces turbulences majeures au pays de l’Oncle Sam m’ont presque fait oublier la situation délétère en Haïti. Ce n’est guère mieux non plus, chez nous. Des gangs armés, une autre fois, sous le commandement d’un certain Barbecue, seraient allés dans Cité-Soleil, semer la mort et la terreur, sous la protection tacite de la Police, une autre fois. Bilan de l’opération: plusieurs morts, laissés sur le carreau, de nombreux blessés et des maisons incendiées. Le même scénario ou presque aurait été répliqué, ailleurs, dans divers quartiers de la zone métropolitaine de la Capitale, comme à Bois Neuf, à Tokyo, à Brooklyn. On y compterait des morts, au moins cinq, des maisons incendiées, des personnes blessées par balles. Du moins, des rapports assez crédibles en attestent, au point où la Représentante très influente de la Californie, la démocrate Maxine Waters, a jugé opportun et utile d’écrire à l’Ambassadrice de son pays en Haïti, Mme Michèle B. Sison, pour lui demander d’user de son influence sur les autorités haïtiennes, afin d’éviter que ce pays, également, ne sombre dans un chaos pire encore que celui dans lequel il est déjà.

Le constat du traitement très différencié de nos malheurs, dans les colonnes de la presse, me renvoie invariablement à ces deux articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies, mentionnés plus haut. Cet idéal commun, vers lequel nous disions tendre de toutes nos forces, lorsque, nous aussi, nous avions signé ce parchemin en 1948, nous a toujours fait faux bond, un peu comme ces oasis que la chaleur torride des déserts fait miroiter aux caravanes perdues dans les dunes de sable brûlant du Sahara. Mais, pire encore, je dois constater aussi, à regret, que même dans nos malheurs, tous les êtres humains ne sont pas égaux en droits et en dignité. Les victimes de Cité-Soleil ou de Bel-Air ou de combien d’autres endroits du pays, ne soulèvent pas autant d’indignation universelle que le meurtre gratuit et crapuleux de Georges Floyd. Juste quelques consciences en alerte, ici et là, en sont troublées. Une Michèle Bachelet ici, une Maxine Waters là, sans plus. Le quasi-état de siège, décrété par le Président Trump, va faire ombrage à tous les autres crimes de lèse-Constitution, de rapine et d’assassinats, perpétrés ou commandités par des Présidents ou par d’autres dignitaires de pays étrangers. Ils vont ainsi passer sous le radar. Des institutions internationales s’arrogent des droits qui ne relèvent nullement de leur compétence, et cela semble passer comme une lettre à la Poste. Par exemple, l’OEA s’érige en Tribunal Constitutionnel d’Haïti et avalise la prolongation de la durée du mandat du Président Jovenel Moïse, jusqu’au 7 février 2022, malgré le texte même de la Constitution haïtienne amendée qui l’interdit formellement. Cela ne soulève aucun tollé international, ni de la part des membres de cette Organisation régionale, voire même de l’Organisation des Nations Unies. Pourtant, il s’agit, là, d’une claire violation des règles de non-ingérence dans les affaires internes des pays dits souverains, membres de ces organisations. C’est un dangereux précédent pour tous ces autres pays qui ne disent mot aujourd’hui et qui s’exposent, à leur tour, à ce même traitement, si leur taille et leur impuissance permettront qu’on le leur inflige, un jour.

Tant qu’à s’imposer en donneurs de leçons, autant étendre ce pouvoir d’ingérence et l’exercer, pour commencer, chez nos Voisins du Nord, puisque, de toute évidence, les autorités de ce pays ne semblent ni pouvoir ni surtout vouloir protéger une minorité de sa population qui subit des injustices graves, caractérisées et systématiques, depuis des lustres. Point n’est besoin d’aller s’apitoyer sur le sort des Rohingya de Birmanie ou des Tibétains de la République Populaire de Chine, qui méritent bien notre commisération et nos alarmes, soit dit en passant. On pourrait commencer tout de suite avec le problème du traitement discriminatoire et criminel, appliqué à la communauté Afro-américaine, par les institutions nationales répressives de ce pays. Il est clair et avéré que des éléments racistes, incorporés dans les forces policières de ce pays, pratiquent impunément un profilage racial et abusent des ressortissants de cette communauté, jusqu’à mettre leur intégrité physique en péril et, comme jadis, dans le cas du Révérend Martin Luther King Jr. ou de Georges Floyd, aujourd’hui, jusqu’à les priver de ce «droit inaliénable à la vie», comme le dit pompeusement, l’Article III de la DUDDH.

L’Histoire se répète et tourne en boucle. Mais assez, c’est assez. Peut-être que le temps serait venu pour les autres nations du monde d’apporter leur contribution pour régler ce problème aussi, si elles veulent être crédibles et être prises au sérieux, lorsqu’elles s’expriment avec véhémence sur le Darfour, sur la Birmanie, sur la Russie, sur la Chine ou sur l’Arabie Saoudite, pour dénoncer les manquements de ces pays envers leurs citoyennes et envers leurs citoyens, issus de groupes minoritaires. Les crimes qui se perpètrent, en Haïti comme aux USA, sont le résultat d’un laisser-faire complice de toutes les nations de ce monde frileux, qui se taisent et regardent ailleurs pour ne pas déranger les ogres géants et les roitelets ubuesques. Les bouleversements qui résulteront des changements radicaux que celles et ceux qui souffrent, pourraient finir par imposer au reste de leur société respective, se répercuteront au loin, jusque ces pays, comme le souffle incandescent d’une comète qui s’étendra au reste de notre humanité, lorsqu’ils surviendront. Et ils surviendront, ces changements. Je l’espère ardemment, et dans pas grand temps.

Pierre-Michel Augustin

le 2 juin 2020

 

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