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Tel un boomerang qui revient frapper en plein front, le ressac n’a pas traîné

Quand on crache en l’air, généralement cela finit par nous retomber sur la tête. Les décisions tordues du gouvernement et surtout du Président de la République sont rapidement revenues le hanter. En voici quelques illustrations.

La semaine dernière, nous avons suivi à la télévision le mauvais théâtre que nous jouaient les honorables députés de la Chambre basse. En quatrième vitesse et en l’absence du Premier Ministre Céant qui faisait l’antichambre au même Parlement mais au niveau du Sénat, nos honorables députés ont renvoyé l’ex-premier ministre au chômage, sans forme ni déférence pour les services rendus. Allez, ouste ! C’est tout. Le Président de la République, aussitôt informé de cette décision des députés, a publié dans Le Moniteur qu’il prenait acte du vote de censure de la Chambre et, illico, il se choisissait un Premier Ministre intérimaire, en la personne de l’actuel ministre de la Culture et de la Communication, M. Jean-Michel Lapin. Ce faisant, il mettait le pays, ses institutions devant un fait accompli. La procédure juridique entamée par l’ex-premier ministre Céant qui s’était adressé à la Cour de Cassation devenait un sparage, un coup d’épée dans l’eau, un moulinet inutile et vain. Il s’en est vite rendu compte, d’ailleurs, et a coupé les frais, en remettant purement et simplement sa démission au Président, aussitôt informé de la nomination et de l’installation de son collègue Lapin, à la Primature. Mais cela ne fut pas la fin de l’histoire.Telle ne fut pas la surprise du Président et de son gouvernement, à la suite de cette cascade de décisions intempestives, d’apprendre que le Fonds Monétaire International, à la lumière des nouveaux développements, devra surseoir à tout décaissement de ce prêt concessionnel fraîchement signé qui devait venir renflouer les caisses vides de l’État. Même que le FMI en rajoute pour dire que dans l’état actuel des choses, on ne pouvait même pas soumettre le prêt à la ratification de son Conseil d’administration. Alors, adieu veau, vache, cochon, couvée. Brusquement, le mirage s’est évaporé. Sans gouvernement régulier, pas un gouvernement intérimaire censé expédier les affaires courantes, il n’y aura pas de décaissement d’argent frais. Sans stabilité politique, non plus. Cette dernière condition ne se commande pas à coups de: point barre. Le gouvernement, que dis-je, le Président vient donc de se rendre compte que, dans cette précipitation pour voler la vedette au Sénat par la Chambre des Députés qui lui est plus acquise, on s’est tiré une balle au pied.

Sur ces entrefaites, le Président est parti rencontrer son homologue américain, ainsi que d’autres chefs d’État de la Caraïbe. Certes, il n’avait pas oublié sa liste d’épicerie: investissements massifs dans la production électrique pour son projet de distribution électrique 24/24 sur tout le territoire du pays, investissements massifs dans la grande production agricole, régularisation du statut des TPS haïtiens aux États-Unis et puis un appui financier et technique du grand frère américain à la remobilisation de son armée. Mais son homologue américain, lui, avait un autre programme à proposer: alignement absolu sur sa politique hostile au gouvernement légitime du Venezuela, interdiction formelle d’acheter le pétrole du Venezuela, pour le remplacer par le bon pétrole américain. Pour le reste, on verra, en temps et lieu. Vous comprendrez que notre Président, de retour au pays, avait peu à présenter comme résultat de sa visite au Président américain, d’une part, et d’autre part, qu’il a été désarçonné par la nouvelle du désengagement subit du FMI. Il a alors vite fait d’enfourcher le déni comme cheval de bataille. À son point de vue, cette reculade du FMI n’était pas prévue au programme et, tout compte fait, il n’en est pas question. L’entente est signée et devrait donc tenir, per fas et nefas. Il ignore sans doute que dans les transactions avec organismes internationaux, le respect des règles et des protocoles, c’est sérieux et c’est important, même si ce n’est pas toujours le cas, à l’interne et dans les Républiques de Banane où l’on peut se permettre, n’importe quoi ou presque.

Pour augmenter le coefficient de difficulté du gouvernement à se conformer aux exigences du FMI, les cadres de cette institution ont rajouté une autre demande incontournable. En plus d’un gouvernement ratifié, d’une stabilité politique dument observable et constatée, ils insistent aussi pour un budget de l’exercice en cours, dument adopté par le Parlement. En d’autres termes, le Président Jovenel Moïse se retrouve pieds et poings liés, livré en pâture aux honorables parlementaires qui seront appelés bientôt à se présenter devant leurs électeurs pour leur demander de les reconduire à leur fauteuil au Parlement. Or, sans un budget qui leur octroie tout ce qu’ils demandent et plus, ils ne le voteront pas. Autant alors faire une croix sur ce prêt concessionnel providentiel. Si l’on voulait faire un «filalang» au Président Moïse, on ne s’y prendrait pas mieux. Et si cet échec se concrétisait, cela ferait un deuxième revers pour le Président avec cette même institution. Décidément, il n’apprend pas très vite les rouages de ce métier auquel il se révèle parfaitement inapte et incompétent.

À sa conférence de presse au Salon diplomatique de l’aéroport Toussaint Louverture, à Port-au-Prince, le Président ne s’était pas contenté de nier une évidence facilement vérifiable. Il aurait laissé entendre que les journalistes qui avaient rapporté cette information, se seraient, pour le moins, trompés, pour ne pas dire plus. En cette période de foisonnement des réseaux sociaux, une «fake news» est si facilement publiée et enflamme la Toile si rapidement, qu’il fallait effectivement se prémunir contre ce danger. Eh bien, vérification faite sur le site du FMI, la nouvelle est bien confirmée, n’en déplaise au Président Jovenel Moïse. Les déclarations de M. Gerry Rice, lors d’une entrevue accordée sur ce sujet, ne laisse aucun doute sur la véracité de cette information. C’est le cas de le dire pour le Président: «twou manti pa fon non, jounen jodi a». En deux temps et trois mouvements on peut facilement valider les informations en y allant à la source même.

Par ailleurs, à lire le compte-rendu de cette même rencontre avec M. Trump, de la part du Premier Ministre de la Jamaïque, l’Honorable Andrew Holness, il appert que tous les participants n’étaient pas sur la même page. Ils n’avaient pas les mêmes attentes et avaient chacun une posture nettement différente. Pendant que nous étions dans la posture de quémandeur de faveurs difficiles à obtenir, d’autres, dont le Premier Ministre jamaïcain, s’arc-boutaient sur des questions de principe et sur le respect des règles et des conventions internationales, indifféremment de la taille des nations, lors de cette rencontre. Les attitudes condescendantes envers les invités et un peu «bully» envers la République sœur du Venezuela, de la part du Big Brother, ne passaient pas aisément au niveau de tous les participants. Évidemment, notre Président n’a pas été trop disert quant à sa posture un peu moins verticale et disons-le gentiment, plus accommodante envers celui dont il doit en large part, son maintien encore au pouvoir. Certains chefs d’État, n’avaient pas leur liste d’épicerie d’urgence à placer, et pouvaient alors plus commodément, échanger en chef d’État qu’ils sont, sur des questions de principes fondamentaux régissant les relations entre des partenaires à qui l’on doit respect et déférence, dans les formes comme dans les fonds. Aussi, certains en sont revenus plus bredouilles que d’autres. Plus nos attentes sont élevées, plus nos déconvenues peuvent être cinglantes, quand celle-là ne sont pas comblée.

Maintenant que le ménage est fait à la Primature, au goût du Président, et que celui-ci n’a plus à se soucier d’une possible cinquième colonne tapie dans ses propres rangs, comme il en avait été convaincu avec M. Céant, peut-être qu’il pourra faire repartir la machine de l’État. Il en est grand temps, car, après tout, trop de dossiers sont encore à la traîne. Prenez la Caravane du Changement par exemple, plus personne n’en a entendu parler depuis un long moment déjà. C’est la même chose pour le Secrétariat aux États généraux sectoriels. Près d’un an après son entrée en fonction avec une échéance de six mois pour faire son rapport, on n’en a obtenu encore aucun, jusqu’à présent. D’ailleurs, le Président avait opté de le doubler d’un Comité de Dialogue National dont le mandat échoyait au mal-aimé ex-premier ministre Céant. Aujourd’hui, il y a un autre Comité du même genre qui a récemment été mis sur pied par le Président, avec le mandat, entre autres choses, de faire des recommandations utiles pour constituer un nouveau gouvernement, alors que celui de Jean Henry Céant, était encore en place. Cela n’augure pas très bien pour celui-ci non plus, car, sur sept membres, dès le départ, deux des membres ainsi choisis par le Président ont débarqué de ce train, avant même qu’il n’ait quitté la gare. De sorte qu’aujourd’hui, il fonctionne à 5 membres sur 7. En cas d’une autre défection ou deux, ce bel aréopage va tout simplement dérailler, comme les autres, avant lui.

Dans la vie, comme en politique, il convient toujours de mesurer ses forces et ses capacités, avant d’entreprendre des grandes initiatives qui peuvent se révéler en dehors de notre portée. Cela s’appelle faire preuve d’humilité. Et si jamais l’on doive se jeter à corps perdu dans une cause, pour sauver la nation qu’on juge en péril, encore faut-il s’assurer de s’entourer, dès le départ, de ressources utiles et compétentes pour cette aventure. Il faut aussi prêter l’oreille, demander et surtout écouter les conseils de ceux qui nous entourent, même quand ils ne nous aiment pas, même quand ils ne sont pas nos partisans. Après tout, nous sommes tous dans la même galère. Nous entreprenons le même voyage, son succès ou l’échec nous concerne tous, au même titre. Nous avons tous vu les déboires de ceux qui, un moment, rendu au sommet, se croyaient tout permis. Ils ont piteusement traîné ce boulet à leur cheville, longtemps après. De même, nous avons vu ceux qui avait la victoire humble, pérenniser dans notre mémoire collective, comme un exemple à suivre. Pourquoi faut-il toujours apprendre à la dure qu’il faut savoir s’excuser parfois, remercier souvent et saluer les bons coups des autres, de ses alliés comme de ses détracteurs. La grandeur d’âme, je le sais, n’est pas vendue à rabais au marché. Il y en a qui l’ont ou qui l’ont adoptée sur le chemin de la vie. Mais pour la plupart, c’est une denrée rare qui n’est pas très appréciée.

Pierre-Michel Augustin

le 26 mars 2019

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