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Kidnapping : le quotidien du peuple haïtien

Dans une note rendue publique, le mercredi 16 février, le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti dit avoir appris, avec une grande consternation, l’enlèvement suivi de séquestration de Fabiola Payen, étudiante en première année à l’École Nationale des Infirmières de Port-au-Prince, survenu, le mardi 15 février 2022, dans les parages des locaux de la Faculté de Médecine et de Pharmacie, à la Rue Oswald Durand. «Le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti dénonce et condamne de toutes ses forces ce kidnapping et réclame, par ailleurs, sa libération immédiate et sans conditions». «La population haïtienne en général et la communauté universitaire en particulier en ont assez de cette vague d’insécurité généralisée qui ne fait que semer le deuil et appauvrir davantage les couches les plus défavorisées du pays», a fait remarquer le rectorat dans cette note. «Le Rectorat ne cessera jamais de renouveler son appel aux autorités étatiques, aux élites haïtiennes et à la société haïtienne, en général, pour inverser définitivement les tendances de ce qui paraît être la chronique d’une déchéance annoncée de la Première République Noire du monde», a conclu la note.

  1. En outre, plus de quinze (15) jours après son enlèvement, le pasteur Lochard Rémy est toujours otage des bandits armés. Kidnappé le dimanche 6 février 2022, à Tabarre 48, le révérend Lochard Rémy est toujours otage des hommes armés non identifiés qui l’ont enlevé dans sa voiture, en présence de son épouse, au moment où ils s’apprêtaient à aller à l’église. Les ravisseurs ont exigé à la famille du pasteur la somme de deux millions de gourdes pour sa libération, selon son épouse, Yolie Rémy, qui fait un appel à la prière jusqu’à la libération de l’évangéliste. Lochard Rémy, très connu dans le milieu haïtien pour ses chansons à succès, dirige l’église de Dieu Eben-Ezer, située à l’avenue Christophe, à proximité de la Faculté des Sciences Humaines.
  2. Kidnappée elle aussi le même jour, sur la route de Bourdon, Caëlle Jean-Baptiste a été libérée le 14 février dernier contre rançon. Elle a été victime, pour une deuxième fois, de kidnapping après avoir été enlevée le 20 septembre 2020, puis libérée après 24 heures.

Les blablas de Madame La Lime à l’ONU

Le vendredi 18 février, lors de la Session du Conseil de sécurité sur le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Helen La Lime, la Représentante spéciale du Secrétaire Général de l’ONU et Cheffe du BINUH a présenté le rapport périodique du Bureau (tous les 120 jours), sur la situation en Haïti, retraçant les principaux faits nouveaux survenus depuis le dernier rapport et qui fait le point sur l’exécution du mandat du BINUH. Ce rapport dresse un sombre tableau de la situation en Haïti… Dans son intervention concernant l’insécurité en Haïti, Mme La Lime a déclaré: «au moment où nous parlons, la violence des gangs continue de plonger les grands centres urbains dans l’anarchie et le chagrin. Les groupes armés criminels ont une forte emprise sur la vie économique et sociale. Leur recours aveugle aux enlèvements, aux meurtres ainsi qu’aux violences sexuelles et sexistes, comme moyens de terroriser les populations locales dans la lutte pour étendre leur contrôle territorial, est particulièrement odieux.

Pour endiguer cette vague sans cesse croissante de crimes violents, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a cherché, dans la limite de ses capacités limitées, à améliorer l’efficacité de ses opérations anti-gang, à adopter une approche plus équilibrée entre prévention et répression, et à s’appuyer sur une présence policière accrue dans les zones sensibles, une approche qui a donné des résultats temporaires, modestes, dans des zones telles que la Croix-des-Bouquets dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Pourtant, une force de police surchargée, en sous-effectif et en manque de ressources ne peut à elle seule freiner la montée alarmante de l’insécurité générée par les gangs. Pour lui apporter les secours dont elle a tant besoin, le Gouvernement, les partenaires internationaux d’Haïti et les Nations Unies ont conjointement décidé de renforcer le soutien international et la coordination de l’assistance à l’institution, en vue d’assurer son développement efficace et structuré, à long terme. Afin de combler les lacunes qui affectent la police, ce nouvel élan, incarné par la création imminente d’un fonds commun multi-donateurs, doit maintenant se traduire par un financement gouvernemental accru pour la force ainsi qu’un soutien financier et technique international supplémentaire». En effet, l’organisation des Nations Unies dit constater un renforcement de l’ancrage territorial et politique des gangs dans des zones stratégiques de la capitale, depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse. Les civils continuent d’être délibérément pris pour cibles par les bandits à Martissant, selon le Conseil de sécurité qui note l’utilisation de tireurs embusqués pour abattre aveuglément les passants dans des zones contestées. Plus de 500 personnes dont 40 femmes et des enfants dont certains âgés de 5 ans ont été tués, entre le 1er septembre et le début décembre 2021, rapporte le Conseil. Plus aucun groupe social n’est épargné remarque l’ONU, dans un contexte où les enlèvements et les homicides ont augmenté de manière spectaculaire depuis 2020, soit respectivement de + 180% et de + 17%. 16 500 personnes déplacées, du fait de la violence des gangs armés dans leurs quartiers d’origine, sont recensées fin janvier 2022 dont 11 850 femmes et enfants. Ils vivent dans des sites improvisés, mentionne également l’ONU. Parallèlement, le Conseil de Sécurité des Nations Unies reconnaît les efforts de la PNH mais déplore les gros problèmes d’effectifs auxquels elle fait face, avec plus de 10% de ses effectifs suspendus ou inactifs. Elle souligne également les graves déficiences structurelles de la justice haïtienne, dont sa lenteur.

Des membres de la population de Bombardopolis (Nord’Ouest) ont sévèrement battu puis brûlé vif, le jeudi 17 février 2022, deux individus accusés d’avoir tué l’enseignant Gérard Joseph. Jean K. Merzius et Enock Merzius ont commis l’acte à l’arme blanche, selon des sources locales. Ils ont été d’abord arrêtés par des agents de la police nationale d’Haïti et placés au commissariat de Bombardopolis. Des habitants ont fait irruption au commissariat afin de les récupérer et les tuer. De plus, un agent de la police nationale a tué par balles, Duclona Wilsaint alias Yeye, le jeudi 17 février, au Centre-ville des Irois (Grand’Anse). La victime a été poursuivie pour son implication présumée dans l’assassinat d’un citoyen identifié au nom de Jordany Laroque, lors des festivités pré-carnavalesques de cette année.

Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 février 2022, lors de plusieurs opérations sous la conduite du Commissaire divisionnaire Prévil Jean Castro, Directeur Départemental du Centre, accompagné du Commissaire du Gouvernement près du Parquet de Hinche, Me Edler Guillaume, ainsi que du juge de Paix, Jean Marie Toutanva, des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH) du Centre ont procédé à l’arrestation de plusieurs individus, entre autres :

  • Joseph Figaro Manace (32 ans), originaire de Hinche, activement recherché pour son implication présumée dans des actes de kidnapping et d’assassinats, arrêté lors de sa cérémonie nuptiale, ainsi que son témoin Sainval Lutter, (43 ans) dans une église dirigée par le révérend Pasteur Avenord André, située à Chérival;
  • Faudoas Guy Thomas, (41 ans) natif de la 2e section «Mamon», arrêté pour détention illégale d’armes à feu.

Emmanuel Saintus

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