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La mobilisation se poursuit contre le salaire de misère

La mobilisation se poursuit contre le salaire de misère

Les syndicalistes veulent maintenir la mobilisation, en vue de réclamer la hausse du salaire minimum pour les ouvriers. «Si le premier ministre Ariel Henry et le ministre des Affaires Sociales ne fixent pas le salaire minimum à 1500 gourdes avec des accompagnements sociaux, nous continuerons d’occuper les rues», a déclaré Dominique Saint-Éloi, coordonnateur de la Centrale Nationale des Ouvrières et Ouvriers Haïtiens (CNOHA).

Thélémaque Pierre, l’un des dirigeants du secteur syndical, a expliqué que les syndicalistes ont rencontré, vendredi 17 février, le Premier Ministre haïtien, Ariel Henry. Il voulait prendre connaissance des revendications des ouvriers, a dit M. Pierre, convaincu que la bataille doit être gagnée dans les rues. Il a mis l’accent sur la nécessité pour que l’État intervienne afin de régulariser le secteur. Le salaire minimum doit passer à 1500 gourdes, dit-il, expliquant qu’il s’agira d’un ajustement avec la cherté de la vie. Thélémaque Pierre a rejeté d’un revers de main les critiques prédisant une fuite des entrepreneurs étrangers vers les autres pays, se défendant que les fonds pour les salaires des ouvriers sont reçus des compagnies étrangères, en dollars américains. Le syndicaliste plaide pour une hausse du salaire minimum de tous les ouvriers, faisant valoir que la sous-traitance est toujours en première ligne, pour ajustement de salaire. De plus, il a dénoncé la complicité de l’administration qui autorise des pratiques illégales. Il cite, entre autres, le changement de nom de plusieurs entreprises, afin qu’elles puissent continuer à bénéficier des exonérations de droits de douane et de taxe. En outre, le syndicaliste a critiqué le refus de plusieurs patrons d’entreprise de verser les cotisations pour l’ONA et l’OFATMA, perçues sur les salaires des ouvriers.

De son côté, le gouvernement dirigé par le Dr Ariel Henry a annoncé, pour cette semaine, la publication de l’Arrêté portant révision du salaire minimum, conformément aux articles 4 et suivants de la loi d’octobre 2009. Cette mesure fera suite à la transmission du septième rapport du Conseil Supérieur des Salaires (CSS) sur la question, au gouvernement, selon une note émanant du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST). Dans son rapport remis à l’Exécutif cette semaine, le Conseil Supérieur des Salaires (CSS) propose pour les ouvriers du secteur textile, un salaire minimum pour une journée de 8 heures de 625 gourdes, soit une augmentation de 25% par rapport au salaire en vigueur depuis 2019 (500 gourdes).

Les syndicats de ce secteur, qui ont rencontré vendredi 17 février le Premier Ministre Ariel Henry en sa résidence officielle, ont vivement réagi à cette proposition, loin de leurs revendications de 1 500 gourdes réclamées, accusant le patronat de «provocation» et donne un ultimatum de 48 heures au gouvernement pour réviser à la hausse la proposition du CSS, menaçant la reprise des manifestations à compter du lundi 21 février, s’ils n’obtiennent pas satisfaction.

Voici la proposition de grille salariale du CSS pour les salaires minimum pour chaque segment.

Segment A: + 30% : 650 gourdes (500gdes en 2019). Salaire minimum proposé: 650 gourdes par journée de 8 heures de travail dans : la production privée d’électricité ; les institutions financières (banques, maisons de transfert, sociétés d’assurance) ; les télécommunications ; le commerce import-export ; supermarchés ; les bijouteries ; les galeries d’art ; les magasins de meubles, de mobilier et d’appareils électroménagers ; le cabinet de médecins, les polycliniques, les hôtels 4 hibiscus.

Segment B + 25% : 550 gourdes (440gdes en 2019). Salaire minimum proposé : 550 gourdes par journée de 8 heures de travail dans les secteurs : bâtiments et travaux publics (BTP) ; entreprises de location de camions et d’engins lourds ; entreprises de location de matériaux de construction ; entreprises de transport de matériaux de construction ; quincailleries ; autres institutions financières (coopératives, caisses populaires, hôtels 3 hibiscus, industries manufacturières tournées vers le marché local […]

Segment C : +42,8% : 500 gourdes (385gdes en 2019) : salaire minimum proposé : 500 gourdes par journée de 8 heures dans les : restaurants ; agriculture, sylviculture, élevage et pêche ; industrie de transformation de produits agricoles ; commerce de détails sauf supermarchés, bijouteries, magasins de produits cosmétiques et de vêtements […]

Segment E : +23% : 325 gourdes (250gdes en 2019) : salaire minimum proposé : 325 gourdes pour 8 heures de travail comme : personnel de service à domicile (gens de maison).

Segment F : +25% : 625 gourdes (500 gourdes en 2019) : salaire minimum proposé : 625 gourdes par journée de 8 heures de travail dans les industries d’assemblage tournées vers l’exportation et autres industries manufacturières tournées vers l’exportation.

Segment G : +25% : 550 gourdes (440gdes en 2019) : salaire minimum proposé : 550 gourdes par journée de 8 heures de travail dans les agences de sécurité privée et les entreprises de distribution de produits pétroliers.

Segment H : +25% : 550 gourdes (440gdes en 2019) : salaire minimum proposé : 550 gourdes par journée de 8 heures de travail dans les écoles professionnelles privées et les institutions privées de santé, employant plus de 10 personnes et qui offrent des services d’hospitalisation.

De son côté, le Secteur Démocratique et Populaire (SDP) a demandé au Premier ministre, Ariel Henry, de satisfaire les revendications des ouvriers. «Le SDP demande au Gouvernement de tout faire pour satisfaire les revendications salariales des ouvriers», a écrit le porte-parole du SDP sur son compte Twitter, en marge de la manifestation organisée, ce mercredi. Me André Michel, qui dit comprendre la colère des ouvriers, en a profité pour appeler le représentant du SDP au gouvernement, le ministre de la Planification et de la Coopération externe, Ricard Pierre, à défendre la position de cette structure sur ce dossier au Conseil des Ministres.

À rappeler que, des centaines d’ouvriers (ères) avaient gagné les rues à Port-au-Prince, le mercredi 16 février 2022, pour continuer d’exiger un salaire minimum de 1500 gourdes. Partis de la Société Nationale des Parcs Industriels (SONAPI) vers 8h45, les protestataires se sont ensuite rassemblés au niveau du Carrefour de l’Aéroport, pour se diriger vers la résidence officielle du Premier ministre à Musseau, Delmas 60, où ils ont délivré leur message. Munis de banderoles et accompagnés d’un truck sound le long du parcours, les ouvriers avaient organisé leur troisième journée de protestation, dans l’objectif d’obtenir un salaire minimum de 1500 gourdes et de meilleures conditions de travail. Et, selon leurs témoignages, ils ne comptent pas lâcher prise si leurs revendications ne sont pas satisfaites. «Nous serons toujours dans les rues, si on ne nous donne pas les 1500 gourdes que nous réclamons.»

À l’instar des deux journées de protestation précédentes, des agents de la Police nationale d’Haïti (PNH) avaient tenté de mettre fin à la manifestation au niveau du Carrefour de l’Aéroport, communément appelé «Kafou Rezistans», en faisant usage de gaz lacrymogène, un comportement dénoncé par les protestataires. «Nous disons aux ouvriers (ères) que nous allons nous servir de ces bonbonnes de gaz lacrymogènes comme oxygène pour continuer à réclamer 1500 gourdes comme salaire minimum, a commenté un protestataire. «Nous ne sommes que des ouvriers, nous ne diminuons pas l’assiette fiscale de l’État comme le font les politiciens.»

Emmanuel Saintus

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