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Le jeu des jovenélistes

Le Protecteur du Citoyen devrait s’écarter de toute initiative partisane politique. Pourtant, le mercredi 6 octobre, en conférence de presse, Me Renan Hédouville, Protecteur du Citoyen, à la tête d’une institution nationale, étatique, indépendante, de promotion et de protection des droits humains, a réitéré que le Premier Ministre, Ariel Henry, constitue un obstacle majeur, dans la poursuite de l’enquête sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse par un commando de mercenaires étrangers, aidés dans leur sale besogne par plusieurs Haïtiens. Il a rappelé, dans un document daté du même jour, que, dans le cadre de l’enquête sur ce crime, «plus d’une quarantaine de personnes sont déjà arrêtées par la Police Nationale d’Haïti (PNH). D’autres individus de secteurs différents (politique, religieux, juridique, commercial), cités dans ce dossier et poursuivis par la Police, sont en cavale». Il cite, à titre d’exemple: « Wendelle Coq Thélot, John Joël Joseph, Félix Badio, Gérald Bataille, Paul Denis, Gérard Forges Janvier, Samir Handall…» Il estime que l’un des obstacles majeurs à l’enquête devant aboutir au jugement de tous les présumés assassins (commanditaires, auteurs intellectuels et auteurs matériels) reste et demeure le Premier Ministre de fait, Dr Ariel Henry, considéré comme l’un des principaux suspects, dans le cadre de l’assassinat du Président Moïse. Ce faisant, il parait prendre une position politique partisane, même s’il évoque les faits à charge suivants.

– Le 4 août 2021, au cours d’une émission radio-télévisée sur Scoop FM, le Premier Ministre Ariel Henry, répondant à une question du journaliste vedette, Gary Pierre-Paul Charles, sur le dossier de l’assassinat du Président Jovenel Moïse, a déclaré que Joseph Félix Badio (l’un des présumés assassins, cités dans ce dossier) ne peut pas commettre un tel crime …

– Entre temps, des informations véhiculées faisaient croire que le Premier Ministre de fait, Dr Ariel Henry, et Joseph Félix Badio étaient en contact avant et après l’assassinat du Chef de l’État.

– Le Bureau de Communication du Premier Ministre a rejeté ces allégations, affirmant que le Premier Ministre ne s’est jamais entretenu avec Joseph Félix Badio.

– Les révélations de la compagnie DIGICEL confirment pourtant les contacts entre Ariel Henry et Joseph Félix Badio […], peu après l’assassinat du Président Jovenel Moïse, soit le 7 juillet 2021 de 3 minutes aux environs de 4h03 minutes du matin.

– Selon les données du GPS, Ariel Henry était localisé à Montana et Badio à Pèlerin, sur les lieux du crime. 17 minutes après, soit à 4h20, les deux hommes se sont entretenus durant 4 minutes.»

– Le Commissaire du Gouvernement, dans le souci d’éclaircir ces révélations suspectes, avait invité le Premier Ministre Ariel Henry, au Parquet, le mardi 14 septembre 2021, afin de vérifier le contenu des conversations susmentionnées, pour un éventuel réquisitoire supplétif à adresser au juge chargé d’instruire l’affaire.

– Foulant aux pieds, notamment le principe selon lequel nul n’est au-dessus de la loi, le Premier Ministre a refusé de fournir des explications au Commissaire du Gouvernement et a boudé l’invitation du Chef du Parquet.

– Affichant un comportement fasciste, il a renvoyé le Commissaire du Gouvernement, en date du 13 septembre 2021, puis le ministre de la Justice, Me Rockfeller Vincent, pour les remplacer par des hommes à sa solde, dans l’idée de cacher la vérité.»

– « Le réquisitoire supplétif, préparé par le Commissaire Bed-Ford Claude, demandant l’inculpation du Premier Ministre Ariel Henry, a disparu ou a été écarté du dossier».

– « Avant sa révocation arbitraire par le Premier Ministre indexé, le Commissaire Bed-Ford Claude a eu le temps de transférer, au décanat du Tribunal de Première Instance, le réquisitoire supplétif demandant l’inculpation du Premier Ministre, Ariel Henry, pour être acheminé au cabinet du Juge Instructeur, Me Garry Orélien. Cependant, cette correspondance portant le numéro 0635-09/20-21, en date d’un avis de réception daté du 14 septembre 2021, n’est pas au carré du Juge Instructeur, Garry Orélien. Elle a disparu aussi, de manière mystérieuse.

Me Renan Hédouville reproche également l’attitude complaisante d’une frange de la Communauté Internationale «qui soutient un Premier Ministre décrié et indexé dans l’assassinat du Président Jovenel Moïse. En soutenant l’insoutenable, une partie de la Communauté Internationale encourage implicitement le Premier Ministre de fait, Ariel Henry, dans ses velléités de fragiliser davantage l’enquête sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse, exposée à des défis de taille.

Fort de ces constats, l’OPC, « renouvelle sa demande en faveur d’une Commission d’Enquête Spéciale de l’ONU, devant appuyer le Juge Gafry Orélien, en charge du dossier et recommande à la Communauté Internationale d’éviter de se faire complice du Premier Ministre Ariel Henry.»

Le contraste, dans la posture militante et combative actuelle du Protecteur du Citoyen dans ce dossier particulier, tranche singulièrement par rapport à l’attitude de laisser-faire et de complaisance manifeste dont Me Renan Hédouville avait fait montre, en maintes occasions sous la présidence de Jovenel Moïse. On serait en droit de se demander ce qui l’a fait sortir, tout d’un coup, de sa torpeur et de découvrir coup sur coup: l’ingérence de la Communauté internationale, la sacro-sainte séparation des pouvoirs mettant le Judiciaire à l’abri des interférences de l’Exécutif et surtout le principe selon lequel nul n’est censé être au-dessus de la loi, tous deux maintes fois bafoués. Généralement, les Protecteurs du Citoyen professent également haut et fort que nul n’est réputé coupable, que tous les justiciables sont présumés innocents, tant qu’ils n’aient été jugés et condamnés par leurs juges naturels devant lesquels ils avaient dument été déférés, dans les formes et les normes prescrites, selon leur rang.

Par ailleurs, le mercredi 6 octobre, Martine Moïse, protégée par ses gardes du corps étrangers, lourdement armés, et par une importante escorte de la Police Nationale d’Haïti (PNH), s’est rendue au Palais de Justice de Port-au-Prince, pour être auditionnée, en qualité de témoin, par le juge d’instruction Garry Orélien, dans le cadre de l’assassinat de son époux, le Président Jovenel Moïse. Plusieurs dizaines de partisans du défunt Président Moïse étaient venus témoigner leur soutien à Martine Moïse.

« Aujourd’hui, 6 octobre, j’étais au cabinet d’instruction pour répondre aux questions du juge, afin de voir comment l’enquête sur la mort du président Jovenel Moïse peut avancer. J’ai répondu à toutes les questions, un peu moins de 80 questions, pendant trois à quatre heures d’horloge», a déclaré Martine Moïse aux médias, à la suite de son audition. Elle a annoncé s’être constituée Partie civile, «parce que je veux que l’enquête avance et aboutisse. Tout ce que nous voulons, tout ce que nous attendons, c’est que justice soit rendue». Elle affirme qu’elle n’aura de cesse qu’on ne rende justice à Jovenel Moïse. Au sujet de l’enquête, elle ne peut pas dire si elle est sur la bonne voie, car celle-ci ne fait que commencer, a-t-elle rappelé. Par ailleurs, elle a encouragé tous ceux qui détiennent des informations, à participer à l’enquête. «Si quelqu’un a une information concernant une personne qui fait l’objet d’un mandat d’amener, d’un avis de recherche, partagez-la.» Peut-être que cela devrait également s’appliquer dans tous les cas, dans tous les dossiers, y compris celui de l’assassinat du Bâtonnier Monferrier Dorval.

Rappelons que, 3 mois après l’assassinat du Président dans sa résidence, le 7 juillet 2021, on ignore toujours qui sont les commanditaires, et la raison de cette attaque, au cours de laquelle aucun policier, chargé de la protection du président, n’a été blessé. Au total, 44 personnes, dont 18 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête et plusieurs autres sont en cavale et sont activement recherchées. Rappelons également que 13 mois après l’assassinat de Me Monferrier Dorval, l’enquête sur ce crime crapuleux (survenu le 28 août 2020) tarde à donner des résultats et que, même le Juge Instructeur, Me Renord Régis, a lancé la serviette, le 15 septembre dernier, en raison du manque de collaboration des autorités pour garantir sa sécurité et pour forcer certains témoins ou personnes d’intérêt à comparaître devant lui et à apporter leur éclairage à ce dossier, tout particulièrement, l’ex-première Dame, Martine Moïse, indexée dans ce dossier scabreux.

À l’issue de ses déclarations aux médias, ses agents de sécurité ont conduit Martine Moïse dans un véhicule du cortège qui a rapidement quitté la zone de la capitale que les gangs contrôlent depuis plusieurs mois.

Le vendredi 8 octobre, l’Haïtien, James Solage, accusé d’implication dans l’assassinat du Président Jovenel Moïse, a été auditionné, pour la deuxième fois en 48 heures, par le juge Garry Orélien.

Emmanuel Saintus

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