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Justice

23 ans après, la justice haïtienne n’a toujours pas trouvé les coupables du meurtre
Le 3 avril 2000, le journaliste Jean Dominique a été assassiné. Il a trouvé la mort dans la cour
de la Radio Haïti Inter, dont il était le propriétaire. Et Jean Claude Louissaint, le gardien, a été
également assassiné le même jour dans la cour de la station.
23 ans se sont écoulés depuis cette exécution. Le dossier, confié à la justice haïtienne,
a connu divers rebondissements. Des accusés ont été arrêtés, mais les auteurs intellectuels
n’ont toujours pas été appréhendés. Pendant longtemps d’ailleurs, ils n’avaient pas été
identifiés formellement par la justice. Le dernier juge à avoir mené l’enquête est Yvickel
Dabrezil, alors juge à la cour d’appel de Port-au-Prince, avant son ascension à la Cour de
Cassation. L’instruction a duré une dizaine d’années, avant que Dabrezil ait remis son rapport.
Dans son ordonnance, une auteure intellectuelle est finalement désignée,
contrairement à un premier rapport du juge Bernard Saint-Vil qui n’y avait désigné que des
hommes de main. L’ancienne sénatrice de Fanmi Lavalas, Mirlande Libérus, est accusée
d’être le commanditaire du crime, pour faire taire le journaliste de Radio Haïti Inter, hostile au
parti Fanmi Lavalas. Des personnalités comme les anciens présidents René Garcia Préval et
Jean Bertrand Aristide ont eu à passer devant le juge en tant que témoins. Aristide, selon une
entrevue de son ancien chef de sécurité, mort par balles quelque temps après, aurait confié à
Mirlande Libérus la mission de réduire au silence Jean Dominique qui dénonçait à son micro
la corruption qui gangrenait le parti au pouvoir.
L’un des accusés dans la mort de Jean Dominique est un individu nommé Philippe
Markington. Quelques mois après le crime, il s’est présenté aux autorités judiciaires comme
témoin. Mais rapidement, les soupçons pèsent sur lui et il est incarcéré. En 2004, lors des
événements qui ont marqué le second coup d’État contre Jean Bertrand Aristide, il parvient à
s’échapper de la prison. Ses co-accusés aussi. Il s’exile en Argentine, où il vit pendant dix
ans, jusqu’à être extradé en Haïti en 2014 sur la demande du juge Dabrezil.
Ce lundi 3 avril 2023 ramène le 23 e anniversaire de l’assassinat crapuleux du
journaliste Jean Léopold Dominique, président directeur général de Radio Haïti Inter, et du
gardien de la station, Jean-Claude Louissaint. En cette occasion, l’Association des Journalistes
Haïtiens appelle à faire preuve de solidarité pour que justice soit rendue dans ce dossier.
23 ans après, l’Association des Journalistes Haïtiens se dit choquée du fait que les
criminels courent toujours les rues. L’AJH dénonce ce qu’elle appelle un «déni de justice» qui
ne fait qu’encourager les assassins des journalistes à tuer en toute impunité dans le pays. Sur
la base de ce constat, les travailleurs de la presse mettent en question la volonté réelle des
gouvernants de faire la lumière sur des cas d’assassinats de journalistes, dont celui de Jean
Léopold Dominique, indique l’AJH, dans un communiqué dont Haïti Progrès a obtenu copie.
En ce 3 avril, l’Association des Journalistes Haïtiens enjoint, souligne le communiqué,
les journalistes à faire preuve de solidarité, plus que jamais, afin que les auteurs et co-auteurs
de ce double assassinat puissent enfin être jugés. En conclusion, l’association interpelle les
autorités judiciaires du pays sur la nécessité d’élucider les multiples cas d’assassinats de
journalistes, toujours dans les tiroirs, et de redorer du coup le blason de la justice haïtienne.
L’assassinat des travailleurs de la presse devient de plus en plus courant en Haïti. En
2022, pas moins de neuf journalistes ont été tués dans le pays, selon l’Organisation des
Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO).
Ces chiffres placent Haïti en deuxième position des pays de la Caraïbe à avoir
enregistré le plus grand nombre de journalistes tués au cours de l’année 2022.
Emmanuel Saintus

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