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Le C. G. Muscadin, dans l’œil du cyclone

Celui qui tue par les armes périra par les armes. Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Alors que les bandits armés continuent de tuer, de kidnapper de paisibles citoyens, les élites propagandistes ferment leurs yeux et l’ouvrent sur le commissaire du Gouvernement de Miragoâne, Jean Ernst Muscadin. Ce n’est pas le langage que comprennent les masses. L’aigle vole haut, voire très haut même, mais il lui arrive de descendre aussi bas que les poules, quand le contexte l’exige.

J’ai du mal à comprendre pourquoi certains continuent à qualifier les gangs, de partenaires humanitaires, eux qui tuent, qui séquestrent des citoyens chaque jour. En cachette, ils continuent d’alimenter les gangs…

Le mardi 31 mai, dans la Commune de Fond-des-Nègres, Elvain Saint-Jacques, alias «Zo Pwason» a été tué. Selon Me Jean Ernst Muscadin, le Commissaire du Gouvernement de Miragoâne, «Zo Pwason» était le bras droit (#2) d’Izo, chef du gang «5 Secondes», opérant au Sud de Port-au-Prince. La mort de ce bandit a fait plus de tollé que même l’assassinat de l’ex-président Jovenel Moïse, au niveau des médias traditionnels et des réseaux sociaux. Des organisations de défense de droit humain exigent la révocation et l’arrestation du commissaire du Gouvernement, Jean Ernst Muscadin, et le dédommagement de la famille victime. De toute façon, il est évident que le pays est dirigé par des malades mentaux. Le peuple n’a pas été en mesure, pour diverses raisons, d’empêcher des démons de prendre le contrôle du pays. Ils vont sans doute payer la facture…

Voici donc venu un temps, pour les naïfs de tous les siècles. Ce n’est pas croyable, la propagande sur la soi-disant élimination d’un assassin et le dédommagement de la famille de la victime, alors que ces bandits assassinent, violent, kidnappent des gens, chaque jour, sans aucune intervention des autorités voire ces organisations de droits humains.

Voyons voir, au moins 200 enlèvements et 200 cas de kidnapping ont été recensés en Haïti pour le mois de mai, a révélé, le vendredi 3 juin, Stephan Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU. Les organismes onusiens dénoncent également les impacts négatifs des violences entretenues par les gangs armés sur la distribution de l’aide humanitaire. À Martissant (banlieue sud de la capitale), au moins quatre personnes, dont un bébé, ont été tuées par balles, lors d’affrontements entre gangs armés à Martissant et Fontamara, au cours de ce weekend, selon des témoignages de riverains. Dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juin 2022, à Bassin-Bleu (Nord-Ouest), des individus armés se sont introduits dans le presbytère de l’Église catholique de Laplate Nieraque (paroisse St-Michel Archange, section communale de Bassin-Bleu) et ont enlevé le curé de la paroisse, le père Clercius Dorvilus et trois autres personnes, dont la sœur du prêtre, qui se trouvaient dans les lieux. Le mardi 31 mai, à Pernier (zone contrôlée par le gang de Vitelhomme), le policier Luckson Misère a été tué, lors d’une attaque armée contre sa patrouille par des individus armés, alors qu’il tentait de déjouer un kidnapping. Plusieurs autres policiers pourraient avoir été blessés dans cette intervention. De plus, selon le dernier rapport de la Commission Épiscopale Justice et Paix de l’Église catholique (CE-JILAP) en Haïti, durant les premiers 6 mois de l’année 2022, plus de 400 personnes ont été tuées (plus de 2 chaque jour) dans la zone métropolitaine. Laura Erika Florès a été libérée après 13 jours de séquestration. Laura Erika Florès, la fillette de 9 ans est enfin relâchée contre rançon, dans la soirée du jeudi 2 juin 2022. Selon sa mère, Gina Jacques, le chauffeur, enlevé avec Erika le 21 mai dernier, a été aussi libéré, sans aucune information de plus sur le montant de la rançon.

Par ailleurs, l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti (APCH) a dressé un bilan partiel des actes de violences qui se sont déroulés entre le mois de juin 2021 et mai 2022 dans le Grand Sud.

  • Juin 2021 : 53 véhicules utilisés comme barricades ; 2 chauffeurs grièvement blessés par balles ; 6 camions de fret détournés.
  • Juillet 2021 : des véhicules utilisés pour bloquer les routes ; 1 minibus brûlé ; 18 attaques recensées contre des véhicules ; 25 cas de détournement de camions et d’enlèvement.
  • Août 2021 : 4 août, un chauffeur de Fontamara est tué au volant, des passagers décèdent et les corps passent plusieurs jours au sol, dévorés par des chiens…; 5 août, de 5h00 p.m. à 7h00 p.m. de nombreuses voitures ont été la cible de tirs. Plusieurs conducteurs et passagers ont été blessés.
  • Septembre 2021 : 13, 14, 15 septembre : plusieurs véhicules sont utilisés pour bloquer les routes de Fontamara 43 à Martissant 7, sous la menace des hommes armés ; un conducteur de Carrefour est tué au volant de sa voiture.
  • Octobre 2021 : 11 octobre : plusieurs voitures sont détournées à Martissant. Les bandits dépouillent tous les gens et pillent leurs voitures ; 13 octobre : des bandits de Martissant envahissent et bloquent la route principale et exigent que seuls les piétons et les motos passent. Ils fouillent tout le monde et volent ce qu’ils ont ; les 18, 19, 25, 26 et 27 octobre : le secteur des transports se met en grève pour tenter de forcer l’État à assumer ses responsabilités ; 31 octobre : les bandits de Martissant ont kidnappé 2 camionneurs et leurs camions chargés de gaz avec lesquels ils sont repartis.
  • Novembre 2021 : 7 camions détournés, 6 chauffeurs enlevés ; plusieurs camions et bus utilisés pour barricader les rues, et les gens sont sous la menace des armes à feu ; plusieurs motards qui achetaient de l’essence à Carrefour ont été tués et de nombreux autres ont été blessés par des hommes armés, non identifiés ; un chauffeur de Carrefour et son épouse ont été tués, lors de leur passage à Martissant, plusieurs passagers ont été blessés ; plusieurs gros bus faisant le trajet aux Cayes, petits bus à Jacmel, Petit-Goâve et Miragoâne sont détournés et les passagers dépouillés de tout leurs biens de valeur ; à partir du 22 novembre, des hommes armés, se tenant au milieu de la rue à Martissant, rançonnent les chauffeurs et réclament un droit de passage de 500 à 5 000 gourdes, selon ce qu’ils transportent.
  • Décembre 2021 : 4 véhicules passant par Martissant sont la cible de tirs, parmi eux : 2 bus, un van et une moto; bilan: 7 morts et une trentaine de blessées. Décembre 5, 6 : plusieurs véhicules de transport détournés dans les quartiers de Martissant; bilan : un passager mort, un conducteur blessé par balle. Du 7 au 14 décembre : des bandits lancent un ultimatum pour ne pas franchir Martissant; l’ultimatum est respecté. 24-29 décembre : des bus de Jérémie, les Cayes, Léogâne, Carrefour sont détournés et ont été la cible de tirs ; bilan : 4 passagers tués, plusieurs autres blessés, 1 camionneur abattu et le syndicaliste Guy Polynice, coordonnateur du Front Unifié des Transporteurs et travailleurs d’Haïti (FUTRAH), tué de plusieurs balles et son corps brûlé.
  • Janvier 2022 : les bandits de Martissant ont fouillé plusieurs véhicules publics et privés ; 5 au 17 janvier : des bandits de Fontamara et de Martissant ont détourné tous les véhicules de transport en commun et les camions qui passaient ; le syndicaliste Paul Loulou Chéry et sa femme ont été enlevés ; 25 janvier : des bandits du Village ont détourné 2 camions de fret ; le propriétaire a payé 650 000 gourdes pour récupérer ses camions puis payer les marchandises détournées.
  • Février: 7 février : Plusieurs chauffeurs de bus du Sud enlevés ; 9 février : le chauffeur du Petit-Goâve Lazarus est tué au volant de son véhicule ; de nombreux autres chauffeurs de bus ont été enlevés et d’autres ont fui leurs véhicules ; 25 février : une fusillade dans un bus bondé, un policier tué et un bandit arrêté.
  • Mars 2022 : du 16 au 20 mars : grèves des transports dans le Grand Sud ; 29 mars : Grande mobilisation contre l’insécurité.
  • Avril 2022 : 11 avril : des bandits armés tuent le syndicaliste Chrismane Disposé ; plusieurs bus détournés à Martissant ; au moins 100 000 gourdes réclamées par les bandits pour récupérer les voitures détournées;
  • Mai 2022 : 12 mai : des bandits et des hommes armés assassinent le syndicaliste Sainvalis Pascal, à Lamentin 54 ; 23 mai : des bandits de Martissant et de Fontamara se tiennent au bord de la rue pour rançonner les passants ; 30 mai : fusillade dans un Bus de la Voix des Anges, à Martissant : 2 passagers blessés, un mort.

Et maintenant, après cette longue liste de victimes de tous ordres, qui s’occupera de dédommager leurs parents? L’État? Qui se soucient de leurs droits à la vie et à leur intégrité physique, bafoués, violés, jusqu’à les faire passer de vie à trépas? Les organismes de défense des droits humains?

Emmanuel Saintus

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