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Montana attaque, Primature contre-attaque

Politiquement, les jours passent mais ne se ressemblent pas. Après que les dix sénateurs restants aient eu gain de cause face au premier ministre Ariel Henry, en demeurant à leur poste au-delà du deuxième lundi de janvier 2022, le premier ministre de facto se trouve maintenant face à une ennemie de taille, prête à le pousser du haut de son trône. Ainsi, les signataires de l’Accord de Montana ont décidé de mettre les bouchées doubles, afin de poursuivre leur processus de désignation d’un président et d’un premier ministre, pour mener la transition de rupture. Ce processus devrait prendre fin le 30 janvier prochain. Conscient de cette menace, le premier ministre de facto s’est empressé de dissuader ses adversaires, en affirmant qu’il ne laissera pas le pouvoir sans avoir organisé les compétitions électorales et le referendum.

Le processus de désignation du nouveau président et du premier ministre de la transition, mis en place par les signataires de l’Accord du 30 août, majoritairement appelé Accord Montana, avance à grand pas. À cet effet, plusieurs candidats se sont inscrits pour les postes à pourvoir. Ainsi, l’ex-président de l’Assemblée nationale et coordonnateur national du parti OPL, le sénateur Edgard Leblanc Fils, et l’ancien gouverneur de la banque centrale, Fritz Alphonse Jean, qui a été choisi par des membres de la diaspora comme prochain président, lors d’un sommet en Louisiane, se sont portés candidats pour le poste de président de la transition. L’ex-sénateur de l’Ouest, Steven Irvenson Benoit, et le docteur Jean Enold Buteau, quant à eux, se sont inscrits parmi les candidats pour le poste de premier ministre. Entre étude de pièces, acceptation de candidature et vote des délégués, le processus devrait prendre fin le 30 janvier, avec pour objectif d’installer à la tête de l’État, les candidats désignés après les votes, le 7 février prochain, en lieu et place de l’actuelle équipe au pouvoir. Selon les signataires et défenseurs de l’Accord de Montana qui se sont alliés à ceux du PEN de Joseph Lambert, l’application de l’Accord est l’adoption de la transition de rupture qu’on espère tous. À la question de savoir comment ils vont obliger Ariel Henry à entendre raison et à laisser la place à la nouvelle équipe, ils ont fait savoir que tout passera par le dialogue qu’ils ont déjà entamé avec le pouvoir d’Ariel Henry qui n’aura d’autre choix que d’entendre raison.

Malgré la certitude des signataires et défenseurs de l’Accord de Montana, Ariel Henry et ses pairs semblent déterminés à rester au pouvoir au-delà du 7 février 2022. Dans des tweets récemment postés sur son compte officiel, le PM de facto a admis qu’il ne quittera pas le pouvoir le 7 février prochain, en affirmant que cette date ne signifie rien pour lui et qu’il n’a aucune obligation de laisser le pouvoir à cette date. Ce sont des propos similaires à ceux des États-Unis qui soutiennent aveuglément l’actuel chef du gouvernement.

Par ailleurs, d’un ton fort, Ariel Henry a fait savoir que le prochain président sera un président élu non pas par des délégués lors d’une élection au second degré mais lors d’un suffrage universel par la population haïtienne, rejetant du coup le processus de Montana. À cela s’ajoute le support de la Communauté internationale. Ainsi, lors d’une réunion internationale virtuelle, à la demande du Canada et avec la présence des États-Unis à travers son sous-secrétaire d’État, d’un représentant de la CARICOM, de l’OEA et de l’ONU, la communauté internationale a clairement exprimé sa volonté d’aider le gouvernement en place, par tous les moyens possibles, à lutter contre l’insécurité, par conséquent, à l’aider à préparer un climat propice à l’organisation des prochaines compétitions électorales. Face à ces nouvelles donnes, Ariel Henry semble plus que jamais confortable à la Primature, malgré la grogne qui se fait entendre au milieu des signataires de l’Accord du 11 septembre dont il est le grand bénéficiaire. Ces signataires se plaignent de la non-application de cet accord. Malgré vents et marées, Ariel est déterminé à foncer tête baissée vers l’incertitude ou le chaos et faire face aux velléités de Montana de l’obliger à quitter la tête du pays.

Au milieu de toute cette bataille pour la prise ou le maintien du pouvoir, la situation sécuritaire continue de se détériorer. Les assassinats en séries se multiplient, à longueur de journée. La semaine dernière, deux hauts gradés de la police sont tombés sous les balles des bandits de la Croix-des-Bouquets. C’est un climat loin d’être propice à la tenue d’élection. Par ailleurs, les signataires de l’Accord de PEN se sont alliés à ceux de Montana, tout en faisant la promotion d’une présidence à cinq têtes, incluant du même coup, l’équipe de 11 septembre. Ce tableau peint les prochains jours sombres et ténébreux qui nous attendent, à cause de la mauvaise foi de certains acteurs politiques et de la société civile qui, au lieu de travailler à solutionner la crise, cherchent des subterfuges pour satisfaire leurs désirs.

Altidor Jean Hervé

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