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Le dilemme de l’État, face à la rareté des produits pétroliers

Le mercredi 17 novembre 2021, des syndicalistes haïtiens ont lancé une mobilisation pour empêcher une hausse inconditionnelle des prix de l’essence. Ils ont dit avoir été informés des recommandations d’une commission spéciale sur la fin de la subvention sur les produits pétroliers. Selon le coordonnateur général du Front Unifié des Transporteurs Haïtiens, Montès Joseph, il est indispensable d’accorder des subventions ciblées aux couches vulnérables de la population qui seront les principales victimes de cette hausse.

La hausse des prix des produits pétroliers est sujet quasi tabou, depuis environ 3 ans, mais depuis la crise ayant rapport à l’essence, ce sujet: l’augmentation du prix de l’essence, vient aussi avec. À cet effet, des syndicalistes haïtiens ont lancé, le mercredi 17 novembre 2021, une mobilisation pour empêcher une hausse inconditionnelle des prix de l’essence. En six jours, le terminal pétrolier de Varreux a livré, à lui seul, plus de six millions de gallons de diesel et de gazoline sur le marché local. Les camions-citernes se bousculent pour se remplir à Varreux qui fonctionne à plein régime. Il est néanmoins difficile de trouver du carburant dans le pays, notamment dans l’aire métropolitaine. Des stations d’essence restent fermées. Dans celles où l’on distribue le carburant, c’est l’anarchie totale.

David Turnier, président de l’Association Nationale des Distributeurs de Produits Pétroliers (ANADIPP), est resté dubitatif sur la question ayant rapport à la manière dont l’essence est distribuée dans les stations d’essence, alors que Varreux met sur le marché des millions de gallons de carburant. «C’est la première fois que le pays vit une pareille asphyxie de carburant. Peut-être que le trou à combler est tellement profond, qu’on a des difficultés à stabiliser le marché». Pour le président de l’ANADIPP, c’est la situation d’insécurité à Martissant qui empêche le terminal de Thor d’approvisionner les stations-service à Port-au-Prince. «Si les bateaux tanker continuent d’approvisionner les terminaux, si le terminal Varreux continue de fonctionner sans blocage, si la route de Martissant-Fontamara est libérée, la situation va s’améliorer…», a conclu David Turnier.

Pour sa part, le président de l’Association des Propriétaires de Stations-Service (ANAPROSS), Marc-André Dériphonse, croit que la plupart des gens, qui se battent dans les stations d’essence avec les gallons jaunes, vont stocker le carburant pour faire du marché noir, attirant l’attention sur un grand danger qui menace la vie des gens quand les stations d’essence reçoivent le carburant des camions-citernes.

Le gouvernement, visiblement dépassé par cette situation d’anarchie dans les stations-service, interdit la vente de produits pétroliers dans des récipients. «Le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), dans le souci de faciliter une distribution équitable et disciplinée des produits pétroliers sur toute l’étendue du territoire national, avise les propriétaires de stations d’essence en particulier et les consommateurs en général, qu’à partir du mercredi 17 novembre en cours, toute vente de gazoline et de diesel dans des récipients est formellement interdite», lit-on dans un communiqué.

«Les institutions publiques et privées nécessitant un approvisionnement desdits produits sur place devront faire accompagner leurs représentants d’un mémo de commande dûment scellé et signé par une personne autorisée», précise le communiqué.

Par ailleurs l’économiste Kesner Pharel a indiqué que le pays est plongé dans une dépression économique, soulignant que, pendant les trois dernières années, le pays a perdu en moyenne 2% de son PIB. Dans ce contexte, il fait le plaidoyer pour la promotion du pro-marché, afin de favoriser la compétition. «Si le gouvernement est pro-business, c’est qu’il favorise des acteurs bien déterminés dans l’économie. S’il est pro-marché, il laisse fonctionner la règle du marché, sans favoriser un groupe de personnes au détriment d’un autre, a-t-il constaté, rappelant qu’une étude de la Banque Mondiale a révélé qu’il y a des filières dans l’économie haïtienne dans lesquelles il n’y a pas assez de concurrence. Il y a trop de monopoles et d’oligopoles contrôlés par deux ou trois personnes.»

«La crise énergétique cache de gros intérêts économiques. Lorsque les intérêts économiques prennent en otage le système politique, cela peut déboucher sur cette situation. Il faut que les leaders économiques prennent aussi l’initiative de dialoguer, afin de réfléchir sur la façon de partager le gâteau. On exporte les cerveaux, pas les biens. L’économie devient extrêmement paresseuse», a signalé M. Pharel. L’État continue de financer le carburant, et la population subit les conséquences.

Dans les pays voisins, le prix à la pompe est de plus de 4 dollars, alors qu’Haïti, pour qui cette subvention représente une veine ouverte, continue la subvention à la pompe. «Est-ce que nous pouvons continuer à subventionner les prix des produits pétroliers à la pompe? Certainement non. Quel est le mécanisme à mettre en place pour faire une sorte de discrimination, en vue d’arriver à charger les personnes pouvant payer le produit et supporter ceux qui ne peuvent pas le faire? L’État paie également pour les personnes qui peuvent s’acheter le carburant, mais elles le paient d’une autre façon, puisque c’est la banque centrale qui finance le déficit budgétaire. La décision à prendre est finalement politique, il faut réunir les syndicats, le ministre de l’Économie et des Finances pour une explication sur le bien-fondé de cette mesure», a préconisé l’économiste.

En appliquant la structure des prix actuellement en vigueur, sans tenir compte de la subvention de l’État, pour l’arrivage en date du 23 septembre 2021, le prix du gallon de gazoline devrait être fixé à 427 gourdes, selon les calculs du docteur en économie, Daniel Dorsainvil, ancien ministre de l’Économie et des Finances. Pour le diesel (arrivage du 25 septembre 2021), le prix sans subvention avec tous les droits et taxes s’élèverait à 358 gourdes, si l’on appliquait strictement le barème actuel. Le prix à la pompe est pourtant de 169 gourdes à la pompe, alors que le prix d’achat était de 223 gourdes. Pour le kérosène, toujours selon les estimations du Dr Dorsainvil, le prix sans subvention incluant tous les droits et taxes est de 352 gourdes pour un prix de 163 gourdes observé à la pompe, tandis que le prix d’achat est de 239 gourdes.

Rappelons qu’au cours du mois d’octobre, le prix du pétrole sur le marché international avait touché un sommet inégalé en sept ans. Le prix du baril de pétrole brut avait alors atteint 78,38 dollars américains, son plus haut niveau depuis 2014, sur le «New York Mercantile Exchange», tandis que le prix du baril de Brent était de 81,57 dollars américains au début du mois d’octobre. La tendance demeure à la hausse au début du mois de novembre. Par exemple, le mercredi 10 novembre 2021, le cours du baril de pétrole Brent s’élevait à 84,9 dollars américains.

Altidor Jean Hervé

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