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Martine Moïse badine, entre diversion et contradiction

Le dimanche 1er août, Martine Moïse était l’invitée de 8h00, du journaliste vedette, Anderson Cooper de CNN, dans le Sud de la Floride. Revenant sur la nuit de l’assassinat de son mari, le Président Jovenel Moïse, elle a évoqué des rafales d’armes automatiques à l’extérieur de leur maison, vers 1 heure du matin, soulignant: «à ce moment-là, je ne pensais même pas qu’ils allaient pouvoir entrer dans la pièce où nous étions, car nous avions environ 30 ou 50 gardes de sécurité […] Pourtant, ils l’ont fait, dans un grave manquement sécuritaire que les autorités haïtiennes n’ont toujours pas expliqué […] ».

Une fois qu’ils ont réalisé que des hommes armés étaient entrés dans la maison, le couple présidentiel a essayé de se cacher par terre, derrière leur lit, où elle était allongée sur le sol, son avant-bras brisé par une rafale tirée lorsque les assaillants ont pénétré dans la suite présidentielle. Martine Moïse dit qu’elle ne pouvait voir que les bottes des intrus qui étaient à la recherche de quelque chose. «Ils sont venus dans la pièce pour trouver quelque chose, parce que je les ai entendus dire en espagnol : “Non es eso, non es eso — eso es” (Ce n’est pas ça, ce n’est pas ça – c’est ça). Ce qui veut dire ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient.»

«Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils se sont tournés vers le Président et passé un coup de téléphone […] il était vivant à ce moment-là. Ils ont dit qu’il était grand, maigre et noir, et peut-être que la personne au téléphone a confirmé au tireur que c’était lui. Ensuite, ils l’ont abattu […] » […] Les agresseurs ne se sont jamais adressés au Président et Jovenel Moïse ne leur a rien dit, dans les instants précédant son exécution». Puis, ils sont partis, laissant la Première Dame pour morte…

«Même après l’attaque, les gardes de sécurité ne sont jamais venus», souligne l’ex-Première Dame d’Haïti, précisant que plusieurs dizaines de gardes sont habituellement stationnés dans la propriété et leurs dortoirs se trouvent au sous-sol de la maison. «Les gardes ne partiraient pas sans ordre. Peut-être qu’ils ont reçu un ordre de partir, c’est ce que je pense […]. Je crois que le Président est mort avec l’espoir que son équipe de sécurité viendrait.»

Rappelons que, selon les informations divulguées par les autorités, aucun gardien n’a été blessé, lorsque les hommes du commando ont franchi la porte principale, traversé l’enceinte, forcer la porte et pénétré dans la maison. Il ne fait aucun doute que ce que les agents de la sécurité présidentielle savent ou ont vu, sont des témoignages essentiels à l’enquête. Au moins 24 policiers ont été interpellés mais il est à noter, comme l’avait révélé CNN, que les enquêteurs judiciaires n’ont pas été autorisés à les rencontrer et recueillir le témoignage des agents présents lors de l’attaque de la résidence du Président.

Pour Martine Moïse, les vrais auteurs intellectuels sont toujours libres. «Les personnes qu’ils ont arrêtées sont celles qui ont appuyé sur la gâchette. Ils n’auraient pas appuyé sur la gâchette sans ordre. Les personnages principaux dont nous avons besoin sont les personnes qui ont payé pour cela et les personnes qui ont donné l’ordre.»

Elle doute de la capacité des autorités locales de découvrir la vérité, rappelant que son mari s’était fait de dangereux ennemis parmi les puissants oligarques du pays, en tentant de mettre fin ou de réécrire des contrats gouvernementaux lucratifs. «Il y a des gens puissants en Haïti et, à cause de leur pouvoir, je ne suis pas sûre que l’enquête en cours puisse trouver des réponses», réclamant une enquête indépendante dirigée par l’ONU.

Soulignons que jusqu’à présent 44 suspects ont été arrêtés, mais qu’aucun n’a été formellement inculpé.

En outre, dans une autre interview accordée au journal New-York Times, Martine Moïse a fait savoir qu’elle n’écarte pas la possibilité d’être une candidate à la présidence, lors des prochaines élections en Haïti. Depuis après l’assassinat de Jovenel, certains propagandistes du pouvoir PHTK tentent de vendre «un rêve immortel de Jovenel Moïse». «Jovenel Moïse avait une vision que nous n’allons pas laisser mourir», a dit Martine. Si les idées de Jovenel ne doivent pas mourir, Martine Moïse s’est dit prête à poursuivre le rêve de son mari…

Elle a accusée l’homme d’affaires et politique, Réginald Boulos, comme l’un des bras financiers de l’assassinat de Jovenel Moïse.

Martine se questionne sur les motifs qui ont poussé les autorités à réduire les effectifs policiers qui avaient l’habitude de sécuriser la résidence de Jovenel. «Environ 30 à 50 policiers ont l’habitude de sécuriser la résidence du chef de l’État», a dit Martine Moïse, alors que le jour (de l’assassinat), certains d’entre eux n’étaient pas présents, et ceux qui étaient là n’ont même pas une égratignure.

Le coude brisé par des coups de feu et la bouche pleine de sang, l’ex-Première Dame d’Haïti était allongée sur le sol, à côté de son lit, incapable de respirer, à en croire ses dires, alors que les assassins faisaient irruption dans la chambre.

«La seule chose que j’ai vue, avant qu’ils ne le tuent, ce sont leurs bottes», a déclaré Martine Moïse, au moment où son mari, l’ex-Président d’Haïti, Jovenel Moïse, a été abattu à côté d’elle. «Puis, j’ai fermé les yeux et je n’ai rien vu d’autre.»

Elle a écouté pendant qu’ils fouillaient la pièce, cherchant méthodiquement quelque chose dans les dossiers de son mari, a-t-elle dit. «Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça», se souvient-elle, en les répétant en espagnol, encore et encore. Puis enfin : «C’est ça.»

Les tueurs sont sortis. L’un a marché sur ses pieds. Un autre a agité une lampe de poche dans ses yeux, apparemment pour vérifier si elle était toujours en vie. Quelle blague!

De plus, le mardi 27 juillet, la chaîne américaine CNN était revenue sur les nombreuses entraves auxquelles doivent faire face des officiers de justice chargés d’enquêter sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse, le 7 juillet dernier. Selon des documents exclusifs entre les mains de CNN, il existe des tentatives mystérieuses d’influencer le dossier. Des difficultés d’accès à la scène du crime, aux témoins et aux preuves, démontrent à quel point cette enquête s’annonce compliquée.

Les documents obtenus par CNN démontrent également des lacunes et des problèmes évidents entre policiers et officiers de justice. Ces documents révèlent aussi que des greffiers et des juges d’instruction ont été victimes de menaces, en vue d’influencer le dossier. Par ailleurs, des enquêteurs ont été dans l’impossibilité, à plusieurs reprises, d’avoir accès aux images des caméras de surveillance, détenues par la police, selon les témoignages cités par CNN. «Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas de sens dans la gestion de la scène de crime. Des voitures (qui appartenaient au commando) ont été incendiées… C’est le genre de choses qui semblent incompatibles avec la recherche de la vérité», a déclaré Brian Concannon, un expert américain du système juridique haïtien.

Clément Noël, l’un des juges chargés de conduire les audiences, lors de l’enquête sur l’assassinat du Président Moïse, a rapporté qu’il est victime de menaces de mort. «Malheureusement, bien qu’ayant quitté la maison, il y a quinze jours, je continue de recevoir des appels d’inconnus qui me menacent de mort», indiquant que ces inconnus exigent qu’il modifie les faits détaillés dans le rapport du 7 juillet.

Carl Henry Destin, le Juge de Paix qui a rédigé le procès-verbal de la maison et du corps sans vie de Moïse, quelques heures après la fusillade, affirme qu’il est accusé de cacher la vérité et déplore que les autorités n’aient pas de plan pour assurer la protection du personnel judiciaire enquêtant sur l’assassinat du Président. «J’ai dû me cacher pour me protéger avec ma famille», ajoutant que deux greffiers, Marcelin Valentin et Waky Philostène, qui ont assisté les juges dans l’observation matérielle des événements, la perquisition au domicile des personnes prétendument impliquées et dans les auditions des Colombiens, ont également reçu des menaces de mort, s’ils refusaient d’ajouter certains noms dans leur rapport ou de modifier les déclarations des témoins. Rappelant, par ailleurs, que lui et d’autres agents judiciaires n’avaient pas été autorisés à pénétrer dans le périmètre de la police où se trouvait la scène du crime, pendant plusieurs heures, il souligne qu’il s’agit là d’un délai très anormal qui laisse place à une possibilité de falsification de preuves…

De plus, le mardi 27 juillet 2021, des agents du FBI ont perquisitionné une maison d’une communauté fermée de Weston, dans le Sud de la Floride, qui «pourrait être liée» à l’enquête sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse.

À la suite de l’assassinat de l’ex-Président de facto, Jovenel Moïse, le 7 juillet dernier, 18 Colombiens, 5 Haïtiens, 3 Haïtiens-Américains ont déjà été arrêtés et 7 agents, incluant ceux détenant des informations sur la sécurité du Président, ont été placés en isolement. Parmi ces derniers, Dimitri Hérard, le Commandant de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN) qui devrait être auditionné par le Chef du parquet, Me Bed-Ford Claude, le mercredi 28 juillet 2021, n’a pas été interrogé. Contrairement à l’ordre du Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince, Me Bed-Ford Claude, que soient conduits devant lui pour audition, le mercredi 28 juillet, ceux qui sont placés en isolement dont: Dimitri Hérard, Fontus Renord, Bastien Conrad, Hubert Jeanty et Clifton Hyppolite, ceux-ci n’ont pas été conduits au Parquet, pour une raison non communiquée…

Par ailleurs, Dimitri Hérard que l’opinion publique, en soif de justice à tout prix, soupçonne d’être impliqué dans l’assassinat du Chef de l’État et qui est en isolement, n’est pas en mesure d’opposer sa version des faits à celle des réseaux sociaux… Toutefois, le 10 juillet 2021, Dimitri Hérard a envoyé un rapport dont nous avons obtenu copie, intitulé «Rapport du Commandant de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National sur les journées du 6 au 7 juillet 2021», adressé au Commissaire Divisionnaire, Jean Laguel Civil, Coordinateur de la sécurité du Président (arrêté le 26 juillet 2021), qui permet de suivre la chronologie des événements des forces de sécurité présidentielle et des commandos colombiens. Les faits relatés dans ce rapport qui est entre les mains de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), devront être confirmés par les enquêtes en cours.

Emmanuel Saintus

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