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Les dernières grandes manœuvres de «ApreDye»

Les dernières grandes manœuvres de «ApreDye»

Cette semaine, les nouvelles du pays sont au pire. Il y a une flambée de cas de COVID-19 qui semble faire des ravages importants dans la population. Et pour cause, plusieurs personnalités bien connues ont fait le grand voyage. On n’en sait pas grand-chose quant à la situation dans la population en général, sauf que plusieurs institutions sanitaires, prévues pour accueillir et traiter les personnes affectées par cette maladie, sont déjà à pleine capacité et déclarent ne plus pouvoir recevoir d’autres malades. Les gangs, eux, ont repris leurs activités coutumières de rapines, de meurtres, de détroussements. Ils les ont même amplifiées, après une certaine pause. Une partie de l’opposition fragmentée, une autre fois, vient de publier une énième déclaration, en vue d’une sortie de crise, en faisant un peu bande à part. Et puis, pendant 4 ou 5 jours d’anarchie, les autorités gouvernementales gardent le silence et observent le pays s’effilocher, tranquillement, sans dire un mot. Enfin, dimanche dernier, le Premier Ministre a. i. de facto a daigné faire un point de presse pour certifier que le calme est revenu dans les zones rouges. S’il prend la peine de venir nous le dire, cela doit être vrai. Du moins, cela devrait l’être. Mais il ne nous dit pas ce que cela a coûté en vies humaines perdues, en armes et en munitions dérobées, ni combien il a dû payer ses comparses pour obtenir ce cessez-le-feu, ni non plus combien de temps cela va durer.

Le temps fait son ouvrage de sape et de destruction progressive mais, aujourd’hui, accélérée du pays en entier. La police, clairement, est dépassée par les évènements et par les forces qui lui font face. Lorsque cinq postes de police sont attaqués de façon coordonnée et avec succès, c’est que les forces en présence ne sont plus de vulgaires voyous, incapables de cohésion et de stratégie d’ensemble. Et lorsque, pendant 4 ou cinq jours, le Haut Commandement Intérimaire de la Police se tait, se cache et ne vole pas au secours de ses troupes débordées et dont certains membres sont exécutés en plein jour, c’est qu’il n’y a pas, il n’y a plus de pilote à la tête de cette institution. En fait, durant tout ce temps, il ne semblait pas qu’il y ait eu aucun pilote aux commandes du pays tout entier. Le Président Moïse, d’habitude si bavard, avait perdu sa langue aussi. Les populations de Bolosse, de Martissant, de Fontamara et même de Carrefour sont aux abois, et certains des résidents fuient leurs quartiers à travers des échanges de tirs sporadiques entre groupes de bandits armés. Ces chefs de gangs se livrent des combats meurtriers pour la «conquête de plus de territoire» et ne se font pas de quartier. Et tant pis pour les dommages collatéraux.

Des rapports établissent le même constat ailleurs, vers le nord-ouest de la Capitale. Des avant-postes de police tombent aux mains des bandits. Sur les réseaux sociaux, tourne la vidéo du détournement, par les 400 Mawozo, d’un camion transportant des bonbonnes d’oxygène, à destination des hôpitaux dans le département du Plateau Central, et dont les patients atteints de COVID-19 ont plus que besoin. C’est une question de vie ou de mort pour plusieurs d’entre eux. Mais cela ne change rien. La précieuse cargaison est détournée et les autorités gouvernementales se taisent et n’y peuvent rien. Aveu d’impuissance des nullités au pouvoir? Peut-être même, connivence assumée de celles-ci avec les bandits? Entre bandits, légaux ou illégaux, on est fait pour s’entendre, aux dépens des autres, aux dépens du reste du pays.

Entre temps, sous la dictée de la Communauté internationale, sans doute, une frange dite «modérée» de l’opposition se repositionne pour être plus en phase avec la perspective de celle-ci, quant aux modalités de résolution de notre crise. Alors, exit le Secteur Démocratique Populaire. Exit aussi d’autres partis politiques plus ou moins tatillons avec une question de principe. Mezanmi, pise gaye pa konn kimen non! Pourquoi le départ d’un usurpateur de la tête du pays devrait-il être conditionnel à un ordonnancement quelconque ? Est-il vraiment nécessaire d’user d’une civilité quelconque à l’égard d’un intrus, d’un bandit ou d’un vulgaire malotru qui aurait opéré une entrée par effraction chez nous? Qu’on le jette à la porte, avec fracas, s’il le faut, sans autre cérémonie, comme il le mérite, en quoi est-ce un extrémisme ou un radicalisme que de lui dire ouste, sans délai et sans aménité ? De toute façon, avec Jovenel Moïse, ce président de facto qui kidnappe le pouvoir, ce n’est pas comme si nous étions mieux lotis que s’il en était expulsé. Il assiste aujourd’hui, sans lever le petit doigt, au spectacle du pays qui tombe en loques et en guenilles aux mains de bandits, ses alliés qui massacrent la population et avilissent nos institutions.

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Sur ces entrefaites, arrive cette Mission de l’OEA. Je proposerais de la conduire faire un petit tour, comme l’a fait le P. M, mais dans les corridors de Bréa, de Grand-Ravine et de Village-de-Dieu, dans les ruelles de Bel-Air, de Martissant, de Cité-Soleil et du bas-Delmas, pour que ces mandataires de l’OEA sentent la puanteur des cadavres en décomposition qui y traînent peut-être, pour qu’ils lisent la terreur qui s’exsude des pores de ces gens terrés dans leur demeure, dans ces quartiers de la capitale du pays, malgré le «show» du Premier Ministre a. i. ce dimanche, pour démontrer qu’il y avait encore la haute main. D’ailleurs, autant de contrôle instantané de ce pouvoir ne souligne que deux choses possibles: une désinvolture totale et un mépris souverain pour celles et ceux qui en pâtissaient depuis quatre ou cinq jours ou bien une connivence criminelle avec ces bandits qui tuent à volonté mais qui respectent la commande opportune de leur chef suprême, AprèDye lui-même, à temps pour faire bonne figure auprès des visiteurs de haut rang, dont la venue est annoncée, pour un constat de visu et pour tenter un rapprochement improbable, parce que trop tardif.

Mais les faits sont déjà enregistrés, documentés et bien connus, ailleurs aussi bien qu’en Haïti. Les agences de l’ONU se disent préoccupées par l’exode de ces familles entières qui fuient les hostilités dans les zones de Martissant et de Grand-Ravine, notamment, pour aller trouver refuge sur des places publiques qui ne sont pas équipées pour les recevoir, qui: dans un marché de poisson, qui: dans une église, qui: dans un centre sportif où s’agglutinent des centaines de personnes, sans masque, sans aucune possibilité du respect de la distanciation requise en ces temps d’éclosion de la COVID-19. Les autorités internationales et régionales qui n’avaient pas hésité à sauter le pas et à invoquer le devoir d’intervenir pour porter assistance, disaient-elles, à la population mise en danger par le régime en place, en 2004, sont aujourd’hui frileuses et se contentent d’exprimer leurs «préoccupations» lancinantes, devant une dégradation évidente et généralisée de la situation au pays. Et dire qu’en 2003 et 2004, il n’y avait que Guy Philippe et sa bande qui sévissaient dans le nord du pays et qui menaçaient la capitale et ses environs. Les gens à Port-au-Prince, et ce, dans tous ses quartiers, pouvaient alors vaquer effectivement à leurs occupations. Il n’y avait aucun exode de masse et la circulation des biens et des personnes, à travers les départements et à la capitale, se faisait sans trop d’encombre. Mais, on jugeait alors la situation intenable. Et il était devenu, à leurs sens, une impérieuse urgence d’intervenir pour sauver le pays et sa population, non pas des hordes de Guy Philippe qui n’en étaient que feintes, grossies délibérément pour justifier leur débarquement, en vue du renversement d’un gouvernement contesté, certes, mais encore légitime et constitutionnel, en raison d’une perte de contrôle appréhendé de la situation générale. Y eut-il un départ ordonné, alors? Mais autres temps, autres démarches. N’empêche que les constats sont là et que celles et ceux, qui ont vécu et qui revisitent ces instants tragiques de notre histoire de peuple, peuvent en attester. Les jupons dépassent aujourd’hui, autant que ce fut le cas, dans l’autre sens, en 2004. Kap kominote entènasyonal la sanble genyen yon gwo fòskote, nan lanpatèt li.

En dernière heure, on apprend que le CEP, qui jonglait avec la perspective d’un second report du référendum, vient d’en renvoyer la tenue, cette fois, sine die. La raison évoquée, officiellement, serait la recrudescence des cas de COVID-19 dans le pays. C’est, en soi, une bonne nouvelle qui devrait relâcher les pressions qui s’amplifiaient à l’approche du 27 juin. Toutefois, à mon point de vue, ce report ne signifie pas pour autant que Jovenel Moïse ait abandonné son projet. Il nous a habitués à des entêtements et à recourir à la ruse, pour forcer son point de vue et l’imposer, coûte que coûte, à la population et à l’opposition. Et cela pourrait être encore le cas. Il contrôle encore l’agenda politique et garde la haute main sur l’offensive de déstabilisation de la population et du pays, par l’intermédiaire des bandes d’assassins, de violeurs et d’incendiaires dont il semble contrôler les mouvements et les humeurs à sa guise, comme il vient de le démontrer, avec la balade de son Premier Ministre a. i. à travers les champs de bataille de la capitale et de ses environs, entre ses affidés. Il a juste eu à dire: Autant, parait-il ! Et, à son commandement, les armes se sont tues, le temps d’une intermission, le temps de la promenade de santé du bon Dr Claude Joseph, flanqué de son tout puissant Chef a. i, de la PNH, au mépris du danger dont ils savaient qu’ils ne seraient pas menacés. Mais ensuite, le dialogue des balles, entre gangs armés, allait reprendre de plus belle, après cette pause opportune, vraisemblablement, payante en espèces trébuchantes et non en vagues promesses. Certes, Jovenel Moïse vient de reculer, pour le moment. Mais, serait-ce pour mieux sauter, un peu plus tard?

Cependant, AprèDye n’a plus beaucoup de temps devant lui. Il le sait. Aussi met-il les bouchées doubles. Sa présidence vit déjà sur du temps emprunté, extorqué par la force. Aussi, réaliser des élections, d’ici la fin de cette année, tiendra lieu d’un miracle ou d’une autre prestidigitation, pour ne pas dire d’une autre escroquerie électorale. Cela, tout le monde s’en rend bien compte, aujourd’hui, y compris ceux qui ne veulent surtout pas voir. Il n’y a pas plus aveugles que ces gens-là. Alors, Jovenel Moïse et son gouvernement multiplient des dépenses pour des activités que l’on sait bien ne pas pouvoir tenir. Des millions de gourdes sont gaspillées pour la formation des membres d’un personnel vacataire qui ne sont pas encore recrutés, pour siéger dans des locaux qui ne sont pas encore déterminés. Sur les réseaux sociaux, on peut voir des hurluberlus, en tenue débraillée de gangster, à bord d’un petit avion, hier, semant, à tout vent, des feuillets publicitaires, des tracs, pour le référendum qui n’aura plus lieu le 27 juin prochain. La fonction publique aura pris, sans doute, ce détour-gangster, pour se rapprocher de sa clientèle privilégiée, la clé de voûte sur laquelle repose la stratégie référendaire et électorale du gouvernement, pour arriver à ses fins: garder le pouvoir, envers et contre tous. Après tout, la Commission Nationale de Désarmement de Démobilisation et de Réinsertion (CNDDR), à part la mission de désarmement des gangs, n’avait-elle pas aussi celle de réinsertion sociale de nos brebis galeuses? Sans doute que, sous sa recommandation expresse, le gouvernement s’est-il résolu à mettre à contribution ces gangsters reconvertis en agents d’information au service de la patrie et pour la tenue du référendum.

Le temps presse, pour Jovenel Moïse comme pour l’opposition, pour le pays aussi et pour sa population. Chaque jour, qui s’écoule dans ce climat de guerre et de destruction, est un jour gaspillé à saper les fondements même de notre société. «AprèDye» table sur l’anarchie, l’anéantissement de cette société, pour en construire une autre, à sa guise et à sa dévotion. Sa stratégie est claire et ses manœuvres sont tout aussi limpides, pour celles et ceux qui se donnent la peine de les observer. Seul l’avenir dira s’il parviendra à avoir raison de la détermination et de l’opposition de la population à ses projets funestes.

Pierre-Michel Augustin

le 8 juin 2021

De gauche à droite: Le président du Conseil permanent de l’OEA, l’ambassadeur nord-américain Carlos Trujillo, Gonzalo Koncke, le chef de cabinet du secrétaire général de l’OEA Luis Almagro, le président Jovenel Moïse et le ministre des Affaires étrangères Bocchit Edmond.

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