acceuilActualitéEconomie & Finances

La crise monétaire et les interventions pharaoniques de la Banque Centrale

Le Gouverneur de la Banque Centrale, Jean Baden Dubois, a informé, lors d’une causerie avec la presse, le jeudi 25 mars 2021, que du 1er octobre 2020 au 23 mars 2021, les interventions de la BRH ont avoisiné les 654,4 millions de dollars américains. Parallèlement, selon les données de la Banque de la République d’Haïti (BRH), les volumes de transferts privés reçus en Haïti pour les mois d’octobre, de novembre et de décembre 2020 ont atteint respectivement $ US 264 millions, $ US 259 millions et $ US 363 millions. De ce montant, 346 millions ont été injectés directement sur le marché alors que 308,4 millions de dollars ont été alloués au paiement d’importation des produits pétroliers.

Selon le Gouverneur, il y a des contraintes à la stabilisation du marché des changes et, du coup, il s’avérerait urgent pour la BRH d’adresser les perturbations liées à la rareté du numéraire en dollar sur le marché ainsi qu’à la hausse torrentielle de la désintermédiation. Cette situation est due aux troubles socio-politiques et à l’arrivée de la pandémie de COVID-19, entraînant l’arrêt du trafic aérien. La BRH a dû intervenir afin de stabiliser le taux de change et de publier régulièrement le taux de référence. Sur les six premiers mois de l’année fiscale, la gourde a perdu 18,87% de sa valeur. Entre le 30 septembre 2020 et le 23 mars 2021, le taux de référence est passé de 65,91 à 78,35 gourdes, a révélé le Gouverneur.

Les problèmes structurels affectent grandement la stabilité du taux de change en Haïti. M. Jean Baden Dubois a mis l’accent sur les actions de la BRH qui sont à la fois d’ordre structurel et conjoncturel, ce qui le porte à croire qu’une circulaire ne peut pas résoudre les problèmes structurels de l’économie. À cet effet, il a lancé un appel à la transparence chez les commerçants et les membres des institutions financières, plaidant du même coup en faveur de la production nationale qui peut faciliter l’entrée des billets verts sur le marché.

Le 10 mars dernier, le Premier ministre a. i., Joseph Jouthe, a participé à titre de ministre de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), à une discussion tenue au sein des Nations Unies sur les besoins humanitaires en Haïti. Plus spécifiquement, ces discussions portaient sur le plan de réponse humanitaire pour Haïti et ont servi à souligner le besoin d’une augmentation du financement y relatif. Le gouvernement haïtien et la communauté humanitaire cherchent à mobiliser une enveloppe de près de $ US 240 millions. Comme pour démontrer que le gouvernement jouait sa partition dans les réponses à apporter aux besoins alimentaires de la population haïtienne, monsieur Jouthe a eu à faire, dans son intervention, l’éloge de la politique de change, conçue par l’État, mise en œuvre par la banque centrale. Cette politique aurait été bénéfique à la population, en facilitant la baisse des prix. Mais l’économiste Fritz Jean, lors d’une récente intervention, a eu à attirer l’attention sur les torts causés par cette politique aux receveurs de transfert : 4 milliards de gourdes de perdues en pouvoir d’achat par mois.

Selon les statistiques de la Banque mondiale, exprimé en dollars courants, le Produit Intérieur Brut (PIB) d’Haïti a oscillé entre $ US 14,2 milliards et $ US 16 milliards entre 2017 et 2019, soit une moyenne de $ US 14,8 milliards. Par conséquent, les pertes annuelles en pouvoir d’achat peuvent être estimées de façon conservative à 3,3% du PIB, soit US $494 millions, divisés par US $14,8 milliards. Il s’agit là d’une perte énorme qui, estimée mensuellement à $ US 41,2 millions, ne semble pas cadrer avec les bénéfices évoqués par monsieur Jouthe Joseph.

À noter que, de surcroît, plus l’écart entre le taux de référence de la BRH et le taux du marché grandit, plus les pertes subies par les récipiendaires de transferts seront élevées.

Altidor Jean Hervé

Articles Similaires

Back to top button
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com