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La monnaie haïtienne vers des records

À l’approche de la fin de l’année, plusieurs économistes disent prévoir que la gourde haïtienne va terminer comme la monnaie ayant la plus forte appréciation au monde, en 2020. Parallèlement, le pays est en lice pour avoir le 4e taux d’inflation au monde après le Venezuela, le Zimbabwe, et le Soudan. Selon eux, ce contraste résume l’incohérence des politiques économiques haïtiennes, et rend fort possible que le pays ait l’une des dépréciations les plus fortes au monde, en 2021, car l’approche actuelle est malsaine.

Depuis un certain temps, la banque centrale accompagne la gourde dans sa descente graduelle, aujourd’hui plus de 10% en deux mois, en injectant $198 millions en octobre-novembre pour limiter le déclin. Cette politique familière de la BRH est coûteuse et ceci, même avec les 30% des dollars de la diaspora à distribuer. D’ailleurs, en deux mois, les réserves de devises de la BRH ont baissé de $700 millions à $600 millions. À ce stade, et malgré le risque d’endommager davantage l’économie, la meilleure solution doit être la plus dramatique: une annonce que la BRH n’interviendrait qu’au moment où la gourde touche le niveau ciblé pour l’ajustement du taux. Le marché suivrait plus ou moins rapidement, mais la banque centrale aurait ses $600 millions encore de réserves disponibles, pour gérer la situation. Avec cela, la BRH s’estime très bien outillée pour minimiser la dépréciation. Mais on peut se demander si de telles assomptions sont vraiment judicieuses.

Pour faire de la gourde une monnaie stable, il faut arrêter l’utilisation de la planche à billets. Le premier pas serait de refaire le protocole d’accord entre le ministère de l’Économie et des Finances et la BRH qui gouverne l’émission monétaire pour financer le déficit fiscal. Ce financement a été budgétisé à presque 40 milliards de gourdes. Ce montant est l’équivalent de 50% de la monnaie en circulation, à la fin-novembre. Une telle émission provoquera l’inflation et la dépréciation sans cesse. Il faut réduire l’émission de monnaie centrale à un niveau qui se limite aux besoins réels de l’économie; identifier des dépenses correspondantes du budget à éliminer ; et puis respecter ces contraintes. Le gouvernement pourrait décider que ses dépenses sont trop urgentes. Mais le prix de ces dépenses sera forcément la dépréciation et l’inflation.

Les objectifs de la gourde forte sont méritoires, mais ne sont pas envisageables par décret. Essayer de le faire ainsi, avec un gouvernement qui pense financer 15% de ses dépenses avec des billets nouveaux, risque de provoquer des dégâts économiques considérables et de longue durée. Il risque aussi une inflation très élevée qui pourrait mettre en question le pain quotidien d’une grande fraction de la population.

Altidor Jean Hervé

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