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Entre l’exil et le grand retour

Dans l’immense plaine du ciel garni d’arbustes de nuées,

À perte de vue, fugitif, galope mon regard

Cherchant à tout bout de champ l’horizon perdu,

Et l’azur de cette mystérieuse terre qui,

En coalition avec ce monument de mère

M’a inconditionnellement un jour,

Pas comme les autres, donné à la lumière.

Depuis, plus je m’éloigne de Vous,

O ma très douce Terre,

O ma très tendre Mère,

Plus mon cœur devient à la fois lourd et doux.

Plus vous m’étreignez de la peur,

La  peur qu’un jour ma vue impuissante

Assiste à votre perte.

Plus l’exil m’éloigne physiquement de vous,

Plus vous faites de mon cœur et de mon âme,

Ce royaume qui vous a été par les dieux destiné :

Je vous porte les mêmes dimensions et intensités d’amour,

Sans condition, ni distinction aucune.

Comment vous rassurer du sacre de ce lien

Quand, à l’imminence de votre abandon je ne fais rien ?

Et j’ose conclure, que l’amour à lui seul ne suffit pas toujours.

Pourtant, plus rien ni surtout personne,

Oui ,absolument rien ni personne sur terre

Ne pourra le volcan si embrasant de mon amour pour vous,

Toujours en moi en éruption éteindre

O Ayiti, ma très chère Patrie,

O, ma mère, mon premier et plus puissant amour!

Tonnerre!

Pourquoi m’habitez-vous avec autant de verve,

De puissance, de science, de conscience et de surabondance,

Sans, avec la démagogie aucune connivence ni concupiscence ?

Est-ce une condamnation ou une bénédiction?

À qui la faute ? À Dieu ou au Démon ?

Ou encore à un être mystérieux , sans nom?

Pourquoi provoquez-vous en moi, avec tant de fracas,

Avec tant d’éclat et sans écart,

Avec autant de puissance, de véhémence et de virulence,

Un sentiment si immuable qui, par la magie de vos charmes,

À la fois me rend si puissant en impuissance

Et si impuissant en puissance,

Quand mes désirs du grand retour

Se font de plus en plus irrésistibles

Pour ainsi bercer et contempler avec vous mon éternel séjour?

Qu’est-ce que ce sera un beau jour!

Vous êtes cette mère qui,

Du séjour de leurs enfants

Même après s’être en allés,

Jamais ne se rassasie.

Entre le tamtam de mon cœur de velours

Et la symphonie de mon âme en compte à rebours,

S’entrebâillent mon exil et le retour au bercail.

Ô, Toi mon pays, ma Patrie,

Et Toi ma mère, mon plus grand amour,

Mon pilier, mon roc, mon rempart,

Mon bouclier, auriez-vous, ne serait-ce la vague notion

Et la moindre idée de mes tortures d’exilé ?

Ainsi que des concepts d’abandon et de séparation,

Dans toutes leurs acceptions et connotations ?

En effet, je n’en doute aucunement !

Pour que l’amour se partage mieux

Faut-il bien que chacun l’ait tout entier.

Et vous deux, en ce sens vous ne faites qu’une

Pour m’inculquer, sans m’inculper,

Avec dextérité, les secret d’une telle administration.

Oui, entre le séjour et le grand retour,

Mon cœur, comme par enchantement,

Depuis belle lurette a fait son choix

Point il ne trébuche, guère ne recule

Et nullement n’entend faire de moi un sans-aveu.

Et mon âme, de son côté, à chaque départ t’arrose

De ses plus  douces et précieuses pluies,

À l’heure du leurre du renouvellement de mon exil,

Sans trop savoir quand, encore une fois, de pas légers

Je te caresserai du regard, les monuments ambulants de mon ile,

Ni l’espoir de te revoir, toi mon trésor, toi ma mère.

Vous si bien m’aviez enseigné, et ce, avec talent

La magie de  faire de l’eau du beurre,

Sans jamais profaner ni souiller mes convictions,

Ni d’autrui profiter des sentiments les plus sains et profonds,

Ni encore moins de mes positions en profiter pour faire mon beurre.

Cet homme à l’étonnant caractère et grandeur d’âme

Qu’aujourd’hui je suis devenu, je vous le dois à vous,

Comme un jour me l’avait confessé mon feu père,

Que m’importe si d’aucuns me jugent et m’estiment fou,

Rassurez-vous, dans mes convictions je ne suis jamais flou !

Pour la première fois j’ai volontiers décidé,

Et ce, contre ma propre volonté

D’encore une fois vous laisser,

Sans qu’une goutte de rosée de mes yeux vous gratifier.

Mais hélas ! Le dilemme était comment y parvenir?

J’e n’en avais absolument aucune idée.

Ah oui, le choix était peut-être de m’en aller,

Dans la même situation, face à mon père,

Lors de sa convalescence, il y a 20 ans,

Discrètement, sans faire le moindre bruit,

Comme tu me l’a si bien sollicité

En vue de t’épargner d’ennuis

Ma tendre mère chérie.

Malgré la dégradation de l’état de ta santé maman,

Qui au départ ne m’avait pas trop donné l’espoir de nous revoir,

À tes chevets j’ai été,

J’avais cru pour un instant à tes désirs avoir succombé

Cependant, à ma révolte intérieure j’ai plutôt acquiescé.

En effet, je m’étais décidé à m’en aller,

Non pas sans te faire mes adieux,

Mais plutôt sans te dire une fois de plus,

Encore et encore au revoir,

Ma très chère petite maman adorée.

Tu m’avais suffisamment réconforté

Au point de croire un tel défi avoir surmonté.

Au fait, j’étais sur le point d’atteindre l’objectif si controversé

Que nous nous étions proposés,

Quand, au moment de mon retour de l’aéroport

Après le check-in, puisque je n’habite pas trop loin,

Le chapitre de cette si grande histoire d’amour

Que nous voulions fuir ait pris le dessus.

Ainsi, au lieu de gaspiller le peu et si précieux temps

Qui me restait à passer au pays dans une maudite salle d’attente,

Regorgée de madigra-mal-masqués,

J’ai préféré l’immortaliser à tes côtés

J’avais pris une moto et à la maison revenir

Pour de chaque seconde jouir intensément

Avec toi jusqu’à peu avant l’embarquement.

Car tes désirs ne pouvaient être exprimés

Sans finalité ni possibilité d’accomplissement.

Cependant, l’amour des entrailles

Si grand et si intense d’une mère endolorie

Assistant, en dépit des barrières de ses yeux de chair,

Au triste spectacle du départ de son fils bien-aimé,

En a royalement pris le dessus.

Une fois de plus, la vie me porte à t’abandonner

Quoique  tu sois ce qu’au monde j’aime le plus.

Puisque les yeux du cœur n’ont aucune limite

Avec une profondeur très peu ordinaire,

Tu as amèrement contemplé ces épisodes poignants

Que, depuis déjà cela fait trop longtemps,

Soit il y a autour de 22 ans

La vie s’est ironiquement proposée de nous jouer.

Quelle flagrance de leurre, et ce sur l’heure !

Ni toi ni moi n’avions pu maitriser cet instant,

Si intense bonheur étriqué de peur

Que ce n’ait été de nous voir la dernière possibilité.

Du fond de ton âme, tel le rugissement d’un lion affligé,

Jaillît soudain en sanglot de ta voix un délectable cri.

Et comme des miniers dans leur ruée vers

Des perles rares dont  toi seule en as le secret de la quête,

Nos yeux se sont immonde de résistance

Pour s’inonder d’intarissables larmes,

De la source inépuisable de notre amour.

Que c’était douloureusement beau !

Cet instant de si intense communion de nos cœurs

Fidèles et égaux à l’amour hors pair que nous nous portons fièrement!

Toujours je me demande paradoxalement,

 Par quelle magie compenser quasiment 22 ans d’absence

Par autour de seulement 4 ans de présence morcelée

Au soir de la vie d’un être aussi cher qu’une mère ?

Encore moins par un séjour de moins de 10 jours

Remplir le vide de 2 ans de dépression ?

Mon Dieu, comment puis-je avoir été aussi cruel

Envers elle et aussi envers moi-même?

Comment puis-je dans sa vie entrer et sortir à ma guise

Sans que la profondeur de mon amour ne déguise

Et l’authenticité de notre véritable sentir ne se folklorise?

O maman, ma douce et tendre mère

L’amour que je porte sans jamais faillir,

Equivaut à celui que je sens pour notre Chère Ayiti !

Que faire sinon que de continuer à m’abandonner

Au dessein de la providence qui se veut de m’entrainer ?

Merci de me porter à réaliser

Que même le séjour éternel d’un fils bien-aimé

Dans la demeure paternelle

N’est jamais trop long pour pères des aimants,

Incapable d’étancher la soif du retour au berceau maternel.

Merci de provoquer en moi maman

Un sentiment si fort, si puissant et si débordant!

Sois forte mon trésor,

Ne lâche pas prise mon amour,

Car, par la grâce du Tout-Puissant,

On se reverra encore et encore.

En effet,  par ces vers si profonds et explicites

De STÉPHANE MALLARMÉ dans Poésies, l’Azur

 il n’y a pas meilleure façon pour vous exprimer mes sentiments,

O Ayiti, O manman cheri!

“Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !”

11:00 am, dans mon vol vers Florida

14/09/2020

Kmi-Lingus

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