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«L’architecture de la vie»

Qu’on le veuille ou non, tout ce qui existe et/ou qui vit, obéit, d’une manière ou d’une autre, à une certaine structure ou composition architecturale. Même l’univers, qui est censé le cadre macro des énergies et interactions cosmiques, n’y échappe pas.

La vie est la plus rare, la plus exceptionnelle, la plus extraordinaire et la plus authentique des architectures. Sa conception initiale remonte à des temps immémoriaux, au fil des générations. Cependant, une fois passée à la phase concrète et ponctuelle de son exécution, l’acte de conception et de conceptualisation, en soi, ne dure qu’un instant, mais intense et sublime en jouissance. Cet acte inédit est la résultante de la rencontre de deux architectes prédestinés, méticuleusement choisis par un jury de haut rang qui, par le biais d’un appel à proposition unique, organise un atelier de travail exceptionnel pour la réalisation de l’ébauche initiale. C’est la plus complexe des compositions architecturales, en ce sens qu’elle réunit à son compte le consortium le plus divers et varié d’architectes, d’ingénieurs, de calculateurs structurels, de designers d’intérieur et d’extérieur, qui se sont, à un certain moment de la durée, rencontrés, sans avoir à prendre part directement et visiblement à l’acte générateur du concept initial de ce chef-d’œuvre futur, regroupant les idées de plusieurs générations, de multiples cultures et de civilisations, sans nécessairement avoir les mêmes goûts ou partager les mêmes valeurs, en vue d’assurer la synchronisation de sa beauté, sa fonctionnalité, sa durabilité, son coût rationnel ou non de construction et son imbrication sur la carte du temps et l’étendue finie ou infinie de l’espace. Le plus intéressant dans tout cela, c’est que tout se fait dans une perspective de respect scrupuleux de Dame Nature, au cas échéant, des systèmes ou sous-systèmes qui la composent, en d’autres termes, son lieu d’enchevêtrement immédiat.

Il s’agit, au fait, d’un projet de construction qui s’est étendu sur des millénaires, donc caressé sans se lasser par des générations, sans pour autant en avoir eu les moyens ni l’occasion de le conduire à l’existence, jusqu’à ce qu’un beau matin, comme par un providentiel rendez-vous, la nature ait fait choix des architectes les plus talentueux pour la conception finale de cette œuvre unique, toujours en devenir. D’où l’un des plus grands miracles de cet univers si exceptionnel qu’est l’architecture de la vie. Et cela ne peut se faire que dans sa moindre expression, dans toutes ses connotations et acceptions, dans toutes ses manifestations, son affirmation, sa signifiance et sa mission, dans un processus constant d’évolutions. Et pour ce faire, point n’est besoin, obligatoirement, d’aucune initiative prospective, ni non plus de visite de site ou d’état des lieux, ni encore moins de campagne de sensibilisation. Car son appropriation se fait naturellement. Il suffit d’une croisée de regard, du don gratuit ou d’un échange d’un tendre sourire, d’une petite attouche inattendue, pour mettre en éruption un volcan de désir dont la coulée des ardentes larves servira des plus appropriés matériaux de construction, de surcroît in situ, pour ainsi amortir le moindre coût de transport, abordable pour toutes les bourses et les courses. Une telle stratégie permet d’éviter que le budget prévu n’explose le plafond.

L’être humain est donc la plus curieuse des œuvres architecturales, en ce sens qu’elle s’inscrit dans un processus de conception interminable, puisqu’il est une construction en devenir, c’est-à-dire en constante évolution et qui ne se révèle véritablement qu’à l’usure du temps. Paradoxalement, ses concepteurs initiaux n’ont jamais le privilège de voir son édification. Une fois érigé, une pléthore de professionnels de toutes les branches de la construction, de l’ingénierie, en passant par l’artisanat pour aboutir à la poétique de l’espace, y apporteront leur petite part de contribution. Et chacun l’influencera à sa manière. Le rôle prépondérant que jouent les anciens fait de l’être humain, tous comme tous les êtres vivants d’ailleurs, un patrimoine ancestral, à la faveur d’une architecture de restauration et de réhabilitation, sous un air de nouveauté. Cependant, le plus intéressant c’est, qu’arriver à un certain moment, l’œuvre se charge d’elle-même, du point de vue de son évolution : son perfectionnement (embellissement, dureté, solidité et durabilité) ou de sa détérioration dans le spatiotemporel. Dès lors, elle est la seule capable de choisir de maintenir ou de redéfinir ses critères de reconceptualisation ou d’implémentation, par un changement ou non de paradigmes. Ce qui va donc définir si elle va entrer dans le répertoire des architectures fantômes ou habitées.

La vie, en général, et particulièrement chez l’être humain, est la plus belle et surprenante des aventures architecturales. Elle met en scène, par son implantation dans la nature d’un être pluridimensionnel obéissant à des approches multiples, telles que la philosophie, la science, la biologie, la psychologie, la foi (théologie) et bien d’autres dont quelques-uns, jusque dans les limites du savoir humains, nous distingue, bien sûr, des animaux, y compris de ceux-là dont les apparences physiques ou comportementaux nous semblent proches. Ainsi, parvenir à circonscrire l’être humain dans ses 5 grandes dimensions: sa dimension physique (le corps), sa dimension affective (regroupant ses 5 sens, les émotions et sentiments), sa dimension intellectuelle (la faculté de compréhension, la mémoire, le raisonnement, la volonté et la capacité de faire des choix), sa dimension sociale (la relation avec les autres par la communication, le service, la collaboration) et sa dimension spirituelle (la conscience, le sens des responsabilités, les questionnements profonds, l’aspiration au bonheur), par l’acte de son architecture à lui, s’avère une tâche titanesque. C’est la plus sublime de toutes les œuvres architecturales qui, on ignore par quelle magie du Grand Architecte de l’Univers, ait été créée, dit-on, à son image et à sa ressemblance. Cependant, notre grand problème, à nous les êtres humains, c’est que notre tendance est d’accorder à Dieu des attributs humains, dans le seul souci de notre soi-disant rapprochement à lui. Ainsi donc, bien au-delà de toute rivalité avec Lui, évertuons-nous à toujours être digne d’être l’œuvre la plus sublime du Grand Architecte de l’Univers, car c’est l’une des meilleures façons de véritablement lui témoigner nos sentiments profonds et indestructibles de gratitude, pour faire que notre vie redevienne ce qu’elle a toujours été : la plus belle des architectures.

Jean Camille Étienne,

Architecte, M. Sc. en Politique et Gestion de l’Environnement,

22/10/2022

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