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Tout un show de boucane! Reste à voir ce qui en résultera…

La semaine dernière, et cela s’est poursuivi cette semaine également, il y eut un gros show de boucane à New-York, à l’Assemblée générale ordinaire de l’Organisation des Nations Unies. C’était la 77e Édition de ce spectacle haut en couleurs, auquel viennent participer les puissants et les petits shérifs du monde. On s’attendait, bien sûr, à ce que le dossier de la guerre en Ukraine occupe le haut du pavé, et cela a bel et bien été le cas. Toutefois, Haïti a eu plus que sa juste part d’attention, encore une fois, pour les mauvaises raisons. C’est que, cela va mal, très mal même au pays. Cela va de mal en pis. La descente aux enfers s’est accélérée, si bien qu’on ne cherche plus à se conter d’histoires. On se cherche encore quelques boucs-émissaires mais on se garde bien de les nommer. On «varge» allègrement dans le tas, en se servant de gros vocables pour étourdir le monde, des termes spécieux qui ratissent très largement, sans précisément indexer personne, nommément. Pourtant, beaucoup de personnes, beaucoup d’agences semblent bien connaître celles et ceux par qui nos malheurs arrivent, nommément, distinctement. Mais il est bien plus commode de procéder ainsi, lorsqu’on pêche en eau trouble. On lance alors un grand filet pour attraper les bans de sardines et le menu fretin, en laissant les requins et les autres squales vaquer à leur prédation, impunément.

Bizarrement, Juan Gonzalès, un Conseiller spécial du Président américain, Joe Biden, et celui-ci également, ont tenu en chœur et en canon, la semaine écoulée, les mêmes discours que le Secrétaire Général des Nations-Unies et que le Premier Ministre – Président de facto d’Haïti, le docteur Ariel Henry. Ce grabuge qui sévit en Haïti, cette colère populaire qui s’exprime aujourd’hui avec violence au pays, n’aurait rien à voir avec les augmentations outrancièrement déraisonnables des prix du carburant que le docteur Henry et son Gouvernement viennent de décréter et d’asséner d’un coup sec à toute la population du pays. Pas du tout. Il s’agirait de préférence d’un désordre généralisé, à la grandeur du pays, fomenté et alimenté par des puissants oligarques que nul n’ose nommer, pas même les gourous politiques et les grands décideurs à Washington, au Département d’État, à l’OEA, ou à New-York, aux Nations-Unies. Chut! Il ne faut surtout pas les nommer, on risquerait, ce faisant, à s’en attirer les courroux, peut-être. Ce sont des gens puissants qui vivraient ailleurs qu’en Haïti mais qui auraient les bras assez longs, qui auraient assez d’argent pour jeter sur le macadam des centaines de milliers de personnes, à travers le pays, qu’ils auraient payées pour occuper les rues et y risquer leur vie, en défiant, dans bien des cas, des balles réelles de la police. Et ils disent cela, le plus sérieusement du monde, et ils le répètent en chœur et à l’unisson, sans craindre de passer pour des idiots. C’est qu’ils nous prennent, nous, tous autant que nous sommes, pour de parfaits idiots. Ils peuvent donc nous embobiner, facilement et nous devrions marcher dans leurs combines, sans en nous en rendre compte.

À une réunion spéciale du Conseil de Sécurité des Nations Unies, pour débattre de la dégradation de la situation dans la République d’Haïti, ce lundi 26 septembre, le cortège des délégués, pour la plupart, a continué à creuser dans le filon dévoilé par le docteur Henry, par la voix de son Ministre des Affaires Étrangères, Son excellence, Jean Victor Généus. La plupart des participants ont pris pour du cash, son récit assez contradictoire et hallucinant, voulant, d’une part, que le calme s’était largement rétabli, tout en maintenant, d’autre part, que la situation se soit considérablement dégradée, en même temps, mettant à risque l’accès même à des soins urgents de santé. Enfin, tout et son contraire, dans le même discours. Pendant que le Ministre Généus lisait l’allocution du Premier Ministre de facto, les réseaux sociaux, les rapports de journaux signalaient qu’au contraire les manifestations faisaient rage, entre autres, du côté de Carrefour. C’était hier, et il n’y avait pas de bandits parmi les manifestants. Ils n’avaient pas d’armes, juste quelques branches arrachées, malheureusement à nos arbres et à nos plantes qui manquent tellement déjà à notre environnement, de plus en plus dénudé. Aujourd’hui encore, ce mardi 27 septembre, malgré la pluie battante, des milliers de résidents de Carrefour foulaient à nouveau le béton, paraît-il, pour réclamer le rappel de la décision d’augmenter les prix du carburant, pour dénoncer la cherté de la vie et pour réclamer la démission du Premier Ministre de facto, Ariel Henry et celle de son gouvernement. C’est une population rendue à bout d’expédients qui criait son exaspération, son désespoir et qui réclamait la démission du Premier Ministre – Président qui n’a pas su donner l’ombre d’un résultat, quatorze mois après son accession au pouvoir.

Fort heureusement, dans cette assemblée, certains sceptiques ont frappé quelques notes discordantes. J’en ai retenu quelques-unes en particulier. C’était le cas, encore une fois, du Représentant de la République Populaire de Chine, M. Geng Shuang, qui ne s’est pas embarrassé pour dire certaines vérités. Par exemple, pour lui, il était clair que la situation était plus que préoccupante et que l’heure n’était plus à des déclarations de vœux pieux mais à des mesures effectives et efficaces, pour mater les gangs qui rendent impossible et pénible la vie des paisibles citoyennes et citoyens du pays. Il établit un lien direct entre la détérioration récente de la situation générale et les mesures économiques de suppression brutale des subventions au carburant. Et puisqu’il est question de prendre des mesures ciblant les bandits et leurs commanditaires, le délégué chinois suggère que le BINUH commence par rendre publique l’identité des bandits, de leurs chefs et de leurs commanditaires, pour que, effectivement, les pays du monde entier commencent à collaborer à les traquer et à leur appliquer ces sanctions, au lieu de se complaire dans un anonymat de mauvais aloi et fort commode. C’est, à peu de choses près, le même son de cloche de la part du Représentant de la Fédération de Russie, M Dmitry A. Polyanskiy. Pour lui aussi, les discours ne suffisent plus pour résoudre la situation préoccupante en Haïti. Selon ses propos, Haïti est au bord de la catastrophe avec la violence persistante des gangs, et il faut concentrer notre attention sur le trafic d’armes et de munitions qui alimente cette violence des gangs (suivez mon regard, n.d.l.r). Quant au Représentant de la République Dominicaine, M. Roberto Álvarez Gil, Ministre des Affaires étrangères de ce pays, il n’a pas été dans la broderie de fantaisie non plus pour décrire la situation en Haïti où la population mènerait, selon ses dires, une vie de désespoir, où des hôpitaux deviennent dysfonctionnels, faute de carburant pour garantir une électricité essentielle au maintien de la sécurité des chaînes de froid pour les médicaments. Quant à lui et à son pays, Haïti ne peut plus attendre longtemps, la Communauté Internationale doit prendre des mesures effectives pour mettre les bandits hors d’état de nuire, pour renforcer la Police Nationale et aider Haïti à retrouver un fonctionnement normal d’un État de droit. Pour lui, les efforts de stabilisation d’Haïti doivent être axés sur la «pacification immédiate et le dialogue politique comme seuls moyens adéquats pour faire face à la violence et au chaos». Le Représentant Permanent du Canada, M. Robert Keith Rae (Bob Rae) a décliné notre chapelet de misères quotidiennes. La situation d’Haïti est critique, selon lui. Il a parlé de la pénurie chronique d’aliments et d’insécurité alimentaire, des femmes enceintes à Cité-Soleil qui ne peuvent pas avoir accès à des soins de base, des commerces qui ferment leurs portes, des Haïtiens qui fuient le pays. M. Rae avait l’air parfaitement imbu de notre situation. Toutefois, au terme de son intervention, en plus de rappeler la contribution récente du Canada au Basket fund pour la PNH, il n’a trouvé, hélas! que quelques mots d’espoirs et d’encouragement et aussi pour vanter la résilience proverbiale de la population haïtienne.

Mais, fort heureusement, cette population haïtienne ne semble plus être juste résiliente et passive, prête à vider, jusqu’à la lie, sa coupe pleine, à ras le bord, d’avanies de toutes sortes. Elle semble être, cette fois-ci, déterminée à aller jusqu’au bout de son calvaire et à remiser sa croix qu’il a trop longtemps trimballée, une bonne fois pour toute. Au pays, aujourd’hui, ce 27 septembre 2022, en dépit des déclarations du Chancelier Jean Victor Généus, au nom du Premier Ministre Ariel Henry, les rues sont blanches, lorsqu’elles ne sont pas occupées par des manifestants en grand nombre, et ce, n’en déplaise à celles et à ceux qui voudraient faire des amalgames faciles, en les confondant délibérément avec des bandits en mission commandée, pour délégitimer leur mouvement de revendication politique. Fort heureusement, le peuple debout en Haïti peut aussi compter sur une certaine mobilisation de nos compatriotes à l’étranger. Ce 27 septembre 2022, à l’appel du New England Human Rights Organisation (NEHRO), la standardiste de la Maison Blanche aurait été inondée d’appels en provenance de compatriotes, naturalisés américains, qui rappellent au président Joe Biden qu’ils l’attendent au carrefour étroit des élections de mi-mandat qui arrivent à grands pas, et qu’ils conditionnent leur vote aux actions effectives de son gouvernement vis-à-vis de leur pays d’origine. Ils n’exigent rien de moins de sa part que la fin de cet appui aveugle et inconditionnel de son gouvernement au Premier Ministre de facto, Ariel Henry, et à son gouvernement dont l’incompétence ne serait plus à démontrer, ayant échoué sur toute la ligne et dans presque tous les dossiers. Il y a une maudite limite à prendre la communauté haïtiano-américaine pour des canards sauvages, prêts à gober tous les trompe-l’œil, à essuyer toutes les larmes de crocodiles et à boire, goulûment, tous les discours creux à la langue de bois que des politiciens «rat do kale» sont toujours prêts à leur servir en période électorale, pour ensuite vite les remiser au placard, une fois les votes comptés.

Le grand show de boucane n’aveugle plus grand monde, de nos jours. De plus en plus, les gens sont bien plus avisés. Ils savent que «Zannana pa pengwen». Ils font la différence entre ceux et celles qui sonnent faux et celles et ceux qui sont sincères. Mais, par-dessus tout, ils veulent mettre leur sincérité à l’épreuve des actes et des décisions qui vont effectivement donner des résultats. Il n’y aura plus de roue libre électorale, «gratis ti cheri», à l’avenant.

Pierre-Michel Augustin

le 27 septembre 2022

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