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L’insécurité étend ses tentacules sur le pays

Les actes de banditisme continuent de s’étendre à travers presque tout le pays, notamment dans les quartiers de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Les bandits se battent à longueur de journée, augmentant de façon vertigineuse le nombre de personnes victimes. Les rapports alarmants ne manquent pas pour expliquer le calvaire de la population haïtienne, à la merci de bandits armés.

Des rafales d’armes automatiques ont presque, durant toute la semaine, créé un climat de panique au centre-ville. Des automobilistes, piétons et d’autres commerçants ont fui l’aire du Champ-de-Mars qui était jadis, lieu de refuge, quand la tension était à son paroxysme au bas de la ville. En réaction à ce climat de terreur, des gens rejettent la responsabilité sur le pouvoir en place, incapable de mener le pays à bon port.

Les bandes rivales continuent de s’affronter. Plusieurs blessés sont recensés. La Cathédrale transitoire, le mercredi 27 juillet, a été la cible des bandits. Ils y avaient mis le feu, et les responsables de l’église avaient alerté les sapeurs-pompiers, afin de limiter les dégâts. La première tentative d’intervention de ces derniers a buté sur des tirs intenses et nourris, a rapporté le porte-parole de l’archidiocèse de Port au Prince, le père Marc Henry Siméon. Lors d’une interview accordée à Radio Galaxie, le responsable religieux a laissé croire que les dégâts sont considérables. La façade du bâtiment, le plafond, les bancs de la cathédrale ont été touchés par les flammes, a précisé le père Siméon, appelant les autorités compétentes à agir sans délai pour rétablir l’ordre et la paix dans la zone.

Depuis le samedi 23 juillet 2022, Médecins Sans Frontières (MSF) dit constater une augmentation significative du nombre de victimes de balles perdues, dans ses structures médicales à la capitale. Le centre d’urgence de MSF à Turgeau a reçu près de 80 blessés par balle, pour la grande majorité des victimes de balles perdues, à la suite du récent déclenchement de violents combats entre groupes armés dans les quartiers périphériques du centre-ville, a rapporté l’organisation, dans un communiqué de presse, en date du jeudi 28 juillet. «Ces patients ne représentent qu’une petite partie des victimes. Se déplacer est devenu extrêmement dangereux dans plusieurs parties de la ville, et de nombreux habitants sont piégés dans leur propre quartier. Cela a rendu les accès aux structures de santé de plus en plus difficile. MSF a mis en place des cliniques mobiles, dans certaines de ces zones, afin de rapprocher les soins médicaux des populations touchées. Mais, même pour nos équipes médicales, l’accès à ces lieux demeure très difficile. À au moins trois reprises, les activités des cliniques mobiles de MSF ont dû être reportées ou annulées, en raison de la violence des affrontements, privant nos bénéficiaires des soins médicaux essentiels», déplore Rachelle Séguin, coordinatrice médicale pour MSF en Haïti, dans un communiqué.

Par ailleurs, l’ONU, dans un rapport sur la bataille des gangs à Cité-Soleil, le lundi 25 juillet, a fait savoir, qu’entre le 8 et le 17 juillet, les violences entre bandes armées en Haïti ont tué, blessé ou entraîné la disparition de plus de 471 personnes. Les Nations unies s’alarment aussi «des graves incidents de violences sexuelles», signalés au sein de ces gangs.

«De graves incidents de violences sexuelles à l’encontre des femmes et des filles, ainsi que des garçons recrutés par des gangs, ont également été signalés», déplorent les Nations Unies, dans un communiqué.

Environ 3 000 habitants de cette commune, la plus pauvre de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, ont dû fuir leur domicile, parmi lesquels «des centaines d’enfants non accompagnés».

L’ONU déplore, dans son communiqué, le fait que «l’accès aux soins de santé (soit) limité ou inexistant, de nombreux centres de santé étant fermés et l’accès du personnel médical à la zone étant limité, tandis que la nourriture et l’eau font défaut».

Depuis plus de deux ans, les gangs, qui jouissent d’une très large impunité, ont étendu leur emprise territoriale au-delà des bidonvilles de la capitale haïtienne et multiplient les rapts crapuleux.

Ulrika Richardson, coordonnatrice des Nations Unies en Haïti, a appelé, dans un texte, «toutes les parties à mettre fin à la violence meurtrière et à rester engagées à maintenir un corridor humanitaire, ouvert vers Cité-Soleil, afin de permettre un accès sans entrave à l’aide humanitaire et médicale d’urgence aux civils dans le besoin». Face à une police nationale en manque d’effectifs et sous-équipée, les bandes criminelles ont, depuis le début du mois de juin, attaqué des institutions-clés à Port-au-Prince, comme le Palais de justice et l’Administration portuaire.

D’un autre côté, des malfrats ont mis le feu dans la nuit du 25 au 26 juillet 2022, au bâtiment logeant le Parquet de Croix-des-Bouquets. Le greffe du Tribunal de première instance de la juridiction, ainsi que les bureaux des substituts du commissaire du gouvernement ont fortement été endommagés par les flammes, a fait savoir le commissaire du gouvernement a. i. dudit Parquet, Me Roosevelt Zamor. Le gang des 400 Mawozo est pointé du droit dans cet acte.

À la suite de cet acte, l’un des responsables du Collectif Défenseurs Plus, Antonal Mortimé, a laissé comprendre que cette énième attaque des bandits contre le symbole de l’État, traduit sans ambages l’arrogance des bandits. En agissant de la sorte, ils ont privé les citoyens de leur droit à la justice, a expliqué le militant des droits humains. Plus loin, Antonal Mortimé a fait savoir que ce climat délétère et dégradant profite bien au pouvoir en place qui n’a ni mandat, encore moins un agenda pour adresser les grands défis de l’heure.

Altidor Jean Hervé

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