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Une rumeur qui en dit long et dont le promoteur devrait trouver chaussure à son pied…

La semaine dernière, la rumeur voulait qu’une réunion au sommet se soit tenue dans une de ces villas cossues de la capitale, dans un de ces quartiers bien à l’abri de la violence et de l’insécurité publique que sèment des gangs armés, en l’absence du P.M. de facto, entre l’ex-président Martelly, son entourage et quelques représentants du CORE Group, pour deviser sur la situation du pays et sur ce qui devait être fait, au plus pressé. Je dis bien une rumeur car nulle conférence de presse n’est venue l’accréditer, ni d’un côté ni de l’autre. Sauf qu’elle a couru, cette rumeur, de façon persistante. Et elle a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. La rumeur voulait qu’on envisageât sérieusement, du côté de la Communauté Internationale, d’opérer un changement au sommet de l’Exécutif, tout en gardant les mêmes perspectives. On changerait cinquante sous pour deux gourdins, on passerait de bonnet blanc à blanc bonnet, un peu pour donner le change. Et pour ce faire, on s’entendrait avec l’ex-président Martelly, le maître d’œuvre en sous-main de l’actuel cabinet, pour en proposer un autre, dans la même veine mais un peu moins compromis dans le fiasco de l’assassinat de Jovenel Moïse, un autre cabinet qui soit un peu meilleur vendeur auprès de nos commanditaires de la Communauté Internationale et de leur opinion publique respective. On sort alors deux nouveaux lapins du chapeau: Nesmy Manigat, l’actuel ministre de l’Éducation de facto ou bien, pourquoi pas, Michel Patrick Boisvert, l’actuel ministre des Finances de facto. L’un ou l’autre pourrait faire l’affaire. Il s’agit simplement d’amadouer un tant soit peu la population, d’une part, et d’autre part, à l’usure, lui imposer la même médecine qu’elle semble avoir beaucoup de mal à avaler: changer coûte que coûte la Constitution pour lui en imposer une autre, taillée sur mesure pour une bonne «démocrature», et procéder rapidement à une comédie électorale bien ficelée, histoire de conférer à nos nouveaux mandataires ainsi choisis, une onction de pseudo légitimité conférée par les urnes.

Mais ce n’est qu’une rumeur parmi tant d’autres, me diriez-vous. Que pourrait faire de mieux l’un ou l’autre de ces deux larbins issus du même terrier, avec les mêmes mandats et surtout les mêmes moyens? Nesmy Manigat, un intellectuel tout aussi galonné que le premier ministre actuel, n’en est pas moins un de ces individus, au timon des affaires du pays, qui s’est révélé incapable de redresser la barque qu’on lui a confiée déjà à maintes reprises, au cours des dix dernières années. Il a déjà été Ministre de l’Éducation de 2014 à 2016. Il avait alors passé son temps à rouler dans la farine les syndicats d’enseignants et à leur faire miroiter une possible correction des retards dans l’émission de lettres officielles d’embauche  à quelques 5 000 enseignants, et le paiement des arriérés de salaires qui leur étaient dus depuis plusieurs mois. De sorte qu’à son départ, peu de résultats concrets avaient été retenus de son passage au MENFP. Rien ou si peu. Il avait bien proclamé, avec fanfare, la mise en application d’une prétendue réforme en 12 points dont pas grand-chose ne devait vraiment «atterrir», comme disait la malice populaire pour l’ensemble de ses collègues, en général. Même la première mesure de cette réforme se révéla inapplicable, dès le départ. Il voulait, comme cela devrait être la règle dans une société normale, que seuls des enseignants certifiés puissent accéder à une salle de classe, dans une école publique ou privée, dument recensée. Toutefois, bien vite on s’était rendu compte de l’inapplicabilité de cette mesure, étant donné le déficit chronique et important d’enseignants diplômés en Haïti. De sorte que l’attribution du fameux PPE (Permis Provisoire d’Enseignement) était vite devenue un outil entre les mains de son ministère et du gouvernement, en général, pour faire pression sur les enseignants non diplômés, mais utilisés couramment dans nos écoles tant publiques que privées, avec des résultats plus ou moins heureux, pour leur interdire de manifester publiquement contre le gouvernement ou de réclamer de façon trop intempestive, le paiement de leur dû. Et cela avait marché rondement, mais avec, il est vrai, quelques grincements dans les rangs de la fonction publique qui relève de ce ministère. Certains syndicats d’enseignants avaient bien fait semblant de jouer le jeu et de croire en sa bonne foi pour réaliser ce qu’ils savaient déjà être une supercherie. Toutefois, pendant son premier passage, ce ministre panaché fit bonne impression parmi nos intellos et surtout auprès la Communauté Internationale. Si bien, qu’à son départ en 2016, il fut choisi pour siéger, depuis 2016 dans les instances du Conseil d’Administration du Partenariat Mondial pour l’Éducation (Global Partnership for Education) où il occupa la fonction de Président du Comité de finances et des risques, après avoir été, pendant quatre ans, Président du Comité de gouvernance et d’éthique. Pas mal, n’est-ce pas ? Au demeurant, sa réforme en 12 points ne fut qu’une collection de vœux pieux, une litanie d’évidences mais qui n’ont jamais pu prendre forme réellement. En tant qu’économiste de formation, il devait savoir que sans les moyens de ses déclarations pompeuses, traduits en crédits budgétaires conséquents, l’exercice n’était qu’une vaste entreprise mensongère, une duperie pour consommation locale et internationale, pour des secteurs complices ou tout simplement faibles d’esprit.

Quant au Ministre Michel Patrick Boisvert, c’est un autre de nos bons techniciens qui a cheminé à travers le ministère de l’Économie et des Finances, sans plus. Ce n’est pas un idéologue panaché, encore moins un politique. Tout juste, un bon technicien de l’économie et de la finance mais qui a été incapable de la moindre idée innovante, susceptible d’épargner le pays des fluctuations de notre devise et de la spirale décroissante du PIB ou même des recettes de l’État. Pour lui, un plus un égalent deux. Ne lui demandez surtout pas de réfléchir à des politiques économiques et fiscales ou encore moins de réaliser l’impossible. Il pourrait vous débiter un long chapelet de chiffres sur nos données économiques. Toutefois, de là à lui demander d’influencer le cours des choses pour les améliorer dans le sens d’un développement de l’économie nationale: c’est une autre histoire et ce n’est surtout pas dans ses cordes. Lorsque le gouvernement a décidé tout récemment d’augmenter les prix du carburant, c’est M. Boisvert qui était aux commandes du MEF. Il y est encore, que je sache. Le résultat net de cette mesure est que l’augmentation des prix du carburant est devenue effective mais pas les mesures compensatoires et palliatives qui devaient en atténuer le choc pour la population en général et les chauffeurs de tap-tap en particulier. De sorte que la mesure qui se voulait correctrice d’un problème structurel, et assortie d’un accompagnement réparateur, adressé aux moins nantis, est venue tout simplement empirer la situation de ces derniers. Mais qu’à cela ne tienne! M. Boisvert n’en a rien à cirer, tout comme, d’ailleurs, le reste de ses collègues, solidaires de cette politique hautement préjudiciable aux moins nantis de notre société, sans cette parade pour leur en épargner le choc brutal, à tous les niveaux. Notre bon ministre de l’Économie et des Finances avait dû souffrir d’une sévère crampe de cerveau, lorsque fut venu le temps d’appliquer le deuxième volet de la mesure fiscale relative aux prix des carburants. De sorte qu’on attend encore celui-ci.

Et ce seraient ces deux éminents membres de ce gouvernement de facto que nos amis de la Communauté Internationale considéreraient comme éventuels remplaçants du Dr Ariel Henry, devenu rapidement, au fil du temps, un personnage suspect. Et devinez qui leur proposerait ces choix? Nul autre que l’ex-président Martelly, l’architecte du PHTK, le parti actuellement au pouvoir et qui a conduit le pays vers le chaos absolu que nous connaissons actuellement. Il faut se demander ce qui répugne tant à cette Communauté Internationale, dans la proposition de sortie de crise émanant des tenants de l’Accord Montana, pourtant jugé comme étant le plus crédible, le mieux élaboré et bénéficiant d’un plus large soutien dans la population en général. Qu’est-ce qui rend Martelly plus représentatif de notre société, à leurs yeux, et plus susceptible de réussir le pari de stabiliser la situation politique et économique en Haïti, lui qui pourtant a présidé à cette descente aux enfers qu’il a personnellement initiée et qui s’est poursuivie avec son poulain et filleul politique, déchu et assassiné chez lui ? Serait-ce son ascendant naturel sur les gangs qui prolifèrent au pays et parce que, s’auto-proclamant Bandit Légal par excellence, il serait alors mieux écouté de ses semblables de rangs inférieurs dont il serait un chef naturel tout trouvé?

La publication, sur les réseaux sociaux, d’une nouvelle vidéo de Martelly, invitant la population à la réconciliation nationale, comme par hasard, à la veille de ce renouvellement de la saison des manifestations monstres, vient renforcer la crédibilité de cette rumeur persistante. Le Dr Ariel Henry serait sur son départ et la composition actuelle de son gouvernement de facto devrait être modifiée, obligatoirement, pour intégrer un plus large spectre politique, ce que nous appelons dans notre idiome politique «un gouvernement largement large» mais dûment dominé par la même faction martellyste, avec, à la marge, peut-être un membre du KID, un membre du RDNP, un membre de la Fusion, un membre de Palmiste, un ou deux membre du SDP et, que sais-je encore, avec l’espoir de diluer et de désamorcer le mouvement de trois jours de grève générale, annoncée pour cette semaine. Ariel Henry serait alors Le Fusible tout indiqué qui sautera pour éviter une possible déflagration qui pourrait embraser cette structure politique chambranlante et la menacer d’un péril majeur et définitif. La future et éventuelle mouture du prochain gouvernement de facto envisagé sera, en définitive, aussi inopérante qu’un cataplasme sur une jambe de bois. C’est la prothèse entière qu’il faut envisager de changer pour que le pays puisse espérer bénéficier d’un nouveau départ.

L’appel à la réconciliation nationale de Michel Martelly tombe à plat et sonne résolument faux. D’après la psyché chrétienne dans laquelle nous avons été élevés, la reconnaissance publique des fautes commises contre autrui est le premier pas vers le repentir sincère, publiquement assumé et démontré. Ce n’est qu’après avoir fait acte de contrition et pénitence proportionnelle à l’offense, que l’on peut espérer être pardonné. Ultimement viendra alors la réconciliation. Autrement, il s’agit juste de la consécration pure et simple d’un forfait accompli. Nos kidnappeurs n’auraient alors qu’à demander la réconciliation à leurs anciennes victimes, tout en gardant les rançons qu’ils ont extorquées à ces dernières. Les anciens et les actuels gestionnaires de fonds publics qui se font construire des villas hors de prix, à même des fonds qu’ils auront détournés à leur profit, n’auraient plus qu’à demander au peuple de passer l’éponge et d’effacer l’ardoise, au nom de la réconciliation nationale. C’est perpétuer le crime et récompenser les criminels que de maintenir ce statu quo infâme, au nom d’une pseudo réconciliation nationale. Devrait-on toujours demeurer le dindon de la farce pour être bien perçu et applaudi du côté des Gentils, même si au fond on crève, de faim et de violence de toute sorte, pourvu qu’on le fasse en silence et sans déranger la quiétude des vautours?

Il est souhaitable que la rumeur soit fondée car cela voudrait dire qu’ailleurs, en hauts lieux, les capteurs ont perçu de loin l’odeur de la fumée. Et comme il n’y a jamais de fumée sans feux, il est à espérer qu’un vrai embrasement finira par faire place nette, «level the playing field», comme disent les Anglos, «atè plat, sans fòs kote»: kreyòl pale, Ayisyen konprann. Ce n’est que de cette façon qu’on peut espérer corriger ces rumeurs qui nous dirigent un peu plus vers le chaos, vers une absurde compromission avec les satrapes qui s’ingénient à nous enfoncer davantage vers le néant. Si seulement cet embrasement pouvait arriver pour vrai, cette fois-ci, et nous débarrasser, une fois pour toutes, de ces scories, ces sangsues qui affligent et accablent notre société !

Pierre-Michel Augustin

le 29 mars 2022

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