La tyrannie du faux-semblant

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    La tyrannie du faux-semblant
    zonbitisme

    Ô Ayiti, que la misère, la pauvreté, les angoisses, le désarroi, les dégoûts, les souffrances, les douleurs,
    tes errés emportements, tes déraisonnements, tes dérèglements, tes envoûtements, ton dénuement, sur
    tes rives endolories, sauvages mais indomptables, prévalent, sans risques d'ébranlement ni de secousses
    de la tranquillité ni de la quiétude aucune d’esprit. Des ravisseurs de tout plumage, déguisés en
    patriotes, à la dilapidation de tes richesses rendent un vibrant hommage, comme par une ruée vers le
    pays de l’eldorado, en échange de la non-obligation de reddition de comptes à personne.
    Qu'ils se sentent à l'aise et heureux, de se savoir à l'abri de toute forme d'interpellation en
    justice, y compris de celle de leur propre conscience, dotée d’une élasticité des plus ahurissantes ! Tant
    les corrompus que les corrupteurs valsent au rythme du compas-samba de la complaisance, à l’ombre
    des « vertus » de l'impunité d’une structure sociale en déliquescence. Incroyablement, ils ne se
    soucient qu’à entrer en transe sous les effets de l’ivresse du pouvoir, de la gloire, des richesses, des
    extravagances et de la luxure. Pour mieux asseoir leur hégémonie, ils aiment à verser dans la
    contemplation de l’ironique et du ridicule, dans les surenchères amorales d’indécence gratuite, voire
    sans marchandage. Qu’ils s’enorgueillissent de leur posture d’éternels, invétérés et impénitents, en
    matière de multiplication et de plaidoirie en faveur de la culture des bamboches et des débauches !
    Constamment, ils ont tant les yeux, l’esprit que le cœur, aux aguets, résolument tournés vers la
    quête de baguettes magiques, en guise de solutions techniques à des problèmes spécifiques et
    scientifiques qui sévissent depuis tantôt deux siècles dans le pays, contre les intérêts collectifs, à la
    faveur d’une politique de sectarisme et d’apartheid social et économique, propres à des spectres de la
    complexion ethnique, anthropologique, ethnologique, culturelle et sociologique.
    Leurs comportements irresponsables qui brillent et pataugent dans la plus totale insouciance et
    consternation, agrémentés à la fois de l’esprit de méchanceté, de malveillance et d’inconscience,
    aiguisent et agglutinent tes peines, à l’ombre de tes véritables convictions d’antan, dont la trahison ne
    fait d’eux aujourd'hui que de cons citoyens ne sachant que se chahuter eux-mêmes pour mieux bluffer
    et bafouer, tout en foulant aux pieds, en guise de profanation, comme des fous voûtés et défroqués, la
    souveraineté d’un peuple, le plus sacré de tes attributs. Pour définitivement tous nous ramener au
    caniveau de leur échec, ils cherchent, à tout prix, à convertir en une exceptionnelle Réplique de toutes
    les variétés de fruits et des plus inimaginables pathologies. Tes dirigeants à tous les niveaux, mais aussi
    et surtout ceux-là au plus haut rang, ne font pas honneur à leur position. Ils semblent n’avoir
    véritablement aucune compréhension du vrai sens et de la raison d’être de la politique. Oh, de vision,
    n’en parlons point !
    De frénétiques, chimériques, et adeptes farouches du narcotrafic, ils sont passés à la légalité du
    banditisme qui invective, et sans gêne se régale. Par une pseudo mise en échelle qui martèle, lie, parle,
    ment, et fait l’apologie de la gente des rongeurs, (les petites souris), et de celle des grands vautours ne
    se nourrissant que de chairs en putréfaction, ils s’adonnent à cœur joie, de la façon la plus vénielle, sans
    foi, et avec sang-froid, au carnage de l’avenir de fils et de filles du terroir, n’ayant plus aucune autre
    alternative que de patauger et de valser au rythme de la misère et de l’indignation, et de l’humiliation,
    de plus en plus, dans la découverte d’un pays mondialement reconnu de merde où, semble-t- il, pour
    eux, tout semble aller, comme sur des roulettes, pour que (les plus entêtés) les cas rares de « réussite »
    flânent dans la désolation de tes savanes dont on ne voit vraisemblablement à l'horizon poindre aucune
    lueur d’espoir ni de bénéfice du véritable changement que tout un peuple, depuis tantôt deux siècles,
    attend, désespérément.
    Mgr. François Marie Wolf Ligondé, dans son homélie intitulée : « N’ayez pas peur » (tirée,
    subséquemment, et non aléatoirement, du livre d’Ésaïe 44:8, dans l’Ancien Testament et des épitres de
    Jean 6:20, du Nouveau dans son Adresse à la Nation) de la messe traditionnelle du 1 er janvier 1991,
    célébrée à la Cathédrale de l’Archidiocèse de Port-au- Prince, à l’occasion du 187 e anniversaire de
    notre Indépendance, comme pour augurer chez certains sympathisants, l’espoir du retour d’un régime
    qu’on croyait pourtant, à cette époque, relégué désormais au tiroir de l’histoire, dans une tentative des

    moins inavouées, a lancé un vibrant appel au pardon et à la réconciliation nationale. Au péril de sa vie,
    il ne s’était pas ménagé, en assumant son imminente taxation de prophète de malheur, pour nous avertir
    du danger que représentait l’ombre de l’atmosphère d’intolérance et de vengeance qui prévalait alors
    sur le pays, dans son tournant décisif de quête frénétique de changement vers lequel s’acheminait la
    nation, en scandant, aux quatre coins du vent, haut et fort, et à qui veut l’entendre : « Si les Haïtiens ne
    pensent qu'à assouvir leur vengeance au lieu de s'unir pour sauver la terre nourricière qui s'en va à la
    mer, en 1'an 2000 on mangera des roches et en l'an 2004, on célébrera le deuxième centenaire de
    l'Indépendance dans un désert! » Fin de citation.
    Ces mots qui en ce temps-là me paraissaient vains, aujourd'hui ont tout leur sens et toute leur
    importance, dans le contexte de désarroi et de désolation qui sévit dans le pays. Et, je confesse qu’il
    m'a fallu du temps personnellement pour en saisi leur pertinence. Car, en ce temps-là, quoiqu’encore
    mineur, pris totalement dans les rouages euphoriques de la mouvance politique de 1986, dont l’objectif
    spécifique était la rupture totale avec l’ère des Duvalier ayant emporté tellement de vies et coûté tant
    l’exils d’Ayisyen conséquents vers des rives incertaines. En ce sens, cette mouvance qui allait prendre
    la tournure que nous savons tous aujourd’hui, avait toutes ses raisons d’être, et je ne critique ni ne
    condamne dans ses intentions initiales de revigoration et de valorisation d’un processus réfléchi de
    libération de la nation des jougs de la dictature sanglante duvaliériste. Bien, cela ne justifie pas non
    plus l’orientation funèbre que nos écervelés de politiciens ont donné à la politique dans le pays, tout en
    la dénaturant de sa conception initiale. Et cela me porte aujourd’hui à mieux comprendre la parabole
    de « la terre nourricière qui s'en va à la mer ». Bien que cela m’ait pris du temps, cependant j’ai pu
    finalement décrypter la métaphore. Il n’y a pas meilleure illustration de la réalité de nos jeunes qui font
    feu de tout bois, en vue de laisser le pays qui ne leur offre absolument rien, en termes d’opportunité. Et
    quant à la fuite de ceux qui nous restaient encore comme cerveaux, vers des pays de l’Amérique du
    Nord et de l’Europe, parmi lesquels : les États-Unis, le Canada, la France, l’Espagne, la Belgique, la
    Suisse, pour ne citer que ceux-là, n’en parlons pas !
    La recrudescence des scènes de violences à Grand-Ravine en dit long, et est loin de constituer
    un fait isolé. Elle n’est que la résurgence du climat d’insécurité qui faisait l'affaire de plus d'un, d'une
    époque donnée à la faveur d’intelligences-fantômes, perpétrée par lesdits « ratpakaka ou chimè», d’une
    part, et les « GNBistes », de l’autre. Cependant, rappelons-nous bien, que ceux-là que nous désignons
    par l’épithète de bandits, légaux ou non, ils ne sont que le produit d'un système. Nous les avons forgés
    nous-même et, aujourd’hui, ils sont parvenus à la plus haute expression, en termes de déliquescence.
    Et le pire, de telles exactions n’avaient pour objectif final que la défense des intérêts mesquins de
    certains groupes de la société, tant à l’interne qu’à l’externe. À leur manière, ils sont au même titre des
    victimes d’un système en déconfiture et mangeur d’hommes, car leur « vaillance et bravoure » ont été
    très mal utilisées.
    Sans aucune velléité de me faire l’avocat du diable et de m’évertuer, innocemment, par esprit de
    justice sociale et de sensibilité humaine, à défendre de l’indéfendable ou à faire accepter l’inacceptable,
    je pense que :
    “ Lè on jenn gason nan ghetto gen nan men l yon galil,
    m pa rete kwè se paske l nan lwil.
    Malgre yo manipile l, itilize l pou l fè move dil,
    men pito se pou l defann lavi l, nan peyi l, kote li se yon manm initil,
    e menm avni l pa garanti.
    Kidonk, avan n plede nwil, oubyen detwi l,
    li ta pi entelijan pou n chèche konnen kiyès ki bali l.”
    Il nous faut désormais dégager la mentalité de l'Homme-Haïtien des scories qui, de plus en plus,
    le rongent de l'intérieur, et ce, du plus simple citoyen au plus éminent politicien. Il nous faut désinfecter
    la conscience par l’administration d’une forte dose d'antivirus, de nationalisme et de patriotisme, à
    toute épreuve. Il faut reformater tout le système d'exploitation de notre mode de penser et de

    fonctionnement, en vue du renforcement de nos facultés de compréhension et de réflexion, à la lumière
    de l'absorption et de la confrontation de l’établissement de nouvelles stratégies pour mieux appréhender
    les grands défis du développement durable, via la quête constante de l’atteinte des Objectifs du
    millénaire. Le changement véritable, dans toutes les acceptions du terme, et le reformatage de la
    conscience nationale en vue de son définitif réveil, c’est tout ce dont le pays a besoin pour l'avènement
    de la nouvelle génération d’Ayisyen et d’Ayisyèn voués à se consacrer à l’avènement de la nouvelle
    Haïti. Pour ce faire, il nous faut repenser et redéfinir l'homme-haïtien, via un profond processus de
    reprogrammation, en vue de la reconquête de ce que nous avions été, au bon vieux temps.
    Dans ma crainte de faire figure d’oiseau de mauvais augure, je me garderai de la prononciation
    d’aucun châtiment ou d’aucune malédiction sur mon pays qui en a déjà trop. Néanmoins, je dirai à
    mon tour : si les Haïtiens n’obstinent encore à se complaire dans la dégringolade de nos acquis super-
    structurels et infrastructurels de jadis, à savoir : politiques, sociaux, économiques, culturels, et ne
    freinent l’hémorragie de l’effritement de notre système de valeur, en moins de dix (10) ans, Dieu seul
    sait ce qu’il en sera de notre très chère Ayiti !
    Mes très chers compatriotes, sachez que la renaissance de notre chère Ayiti est l'affaire de tous
    les Ayisyen, indistinctement, infailliblement, immanquablement, inconditionnellement et
    indéfectiblement : hommes, femmes, enfants, jeunes, vieillards, riches, pauvres, les élites, les masses,
    indépendamment des origines sociales et raciales, au-delà des clivages politiques, religieux et des
    inégalités sociales. Donnons-nous pour objectif de faire renaître Ayiti de ses cendres, pour le bonheur,
    la gloire, la fierté, la dignité et le bien-être de tous et de chacun ! Cependant, rien de tel ne sera possible
    sans la résolution de la re-couture de notre tissu social, dans ses disparités, sans la réconciliation
    nationale et sans le sacrifice de nos intérêts mesquins. Il est donc grand temps que cessent l'hypocrisie
    et la tyrannie du faux-semblant !
    9/4/2018
    Cray
    Jean Camille Etienne
    [email protected]

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