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«Et un Mapou tombe encore !»

Décidément, il y a des gens qui savent quand ils se rapprochent de leur départ. Ainsi, sans le souci de ne rien laisser d’inaccompli, ils s’empressent à faire de leur mieux, en vue de nous laisser, à nous leurs contemporains, un héritage solide ainsi qu’aux générations futures. Ce lundi 14 novembre 2022 cessera d’être un jour ordinaire, car il marque désormais à l’encre d’or, le départ de l’un des grands esprits du panafricanisme moderne, en l’occurrence, la transition vers l’Orient Éternel du Professeur « Nioussérê Kalala Omotundé, nom d’origine égyptienne, comme le berceau du savoir selon ses thèses, et Kalala, comme l’organe traditionnel de résolution de problèmes du Congo ». Il est né Jean-Philippe, d’origine guadeloupéenne et naturalisé camerounais, une fois qu’il s’est véritablement engagé dans la lutte des idées en faveur de l’afrocentrisme. L’homme qui avait pourtant fait ses études à l’École de publicité de Paris, est, en raison de son goût exquis pour l’art, la culture et l’histoire en général, devenu l’icône des recherches en égyptologie et l’analyse historiographique, à la suite de ses études approfondies à l’École Diopienne de Paris. Il était le cofondateur du site Africamaat.fr, filiale de l’institut Africamaat de Paris où il détenait une chaire d’enseignant, jusqu’à son décès, pour promouvoir, de façon dynamique, l’étude pédagogique des Humanités Classiques Africaines. Ses travaux s’inscrivaient dans la lignée de ceux initiés par le professeur Cheick Anta Diop dont il se réclamait un disciple farouche. Il a aussi fondé l’École panafricaine d’égyptologie dont « la mission est de permettre au grand public de découvrir la richesse de l’histoire scientifique panafricaine, tout en veillant à transmettre la passion de la recherche historiographique à de futurs spécialistes. » Cette mission s’élucide très clairement dans le site internet de l’institution à vocation pédagogique de la mémoire des ancêtres.

Sa première grande apparition publique remonte au 22 mai 2017, lors d’un évènement de l’UNESCO, intitulé « La semaine africaine », sur le thème « Investir dans la jeunesse africaine par le biais des mathématiques ». Ses thématiques de prédilections étaient bien sûr très révélatrices de l’orientation de l’historiographie occidentale, relative aux prouesses intellectuelles accomplies par l’humanité, à travers les âges, tout en mettant en exergue le rôle déterminant qu’y ont joué les civilisations nègres. L’illustre égyptologue, chercheur en histoire, spécialiste des sciences et des thématiques africaines, nous aura légué autant de débats que de livres sur la puissance de la religion Kamite et le rôle de l’afrocentrisme dans le réveil africain, ainsi que chez les afro-descendants. Parmi ses plus remarquables ouvrages, on peut compter : L’origine négro-africaine du savoir grec, Menaibuc, 2000 ; La traite négrière européenne : vérité & mensonges, Menaibuc, 2003 ; Discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle, Menaibuc, 2006 ; Histoire de l’esclavage : critique du discours eurocentriste, Menaibuc, 2008. Il est à noter que, de son état de chercheur dont les études étaient foncièrement ancrées dans l’afrocentrisme, il n’a jamais raté l’occasion de faire son plaidoyer pour le rôle qu’Ayiti a joué dans le devenir des peuples africains et afro-descendants ainsi que les calvaires qui nous ont été infligés, à cause des prouesses de 1804. Tous ses travaux étaient concentrés sur comment puiser dans le patrimoine des anciens, en vue d’asseoir nos paradigmes en tant que référentiels culturels pouvant nous libérer des jougs psychologiques occidentaux.

De toute évidence, il me semble qu’il n’y a plus aucun moyen que les luttes des peuples opprimés, exploités et discriminés aient une chance de réussite, dans le contexte de ce monde plus que jamais globalisé, économiquement, politiquement et technologiquement contrôlé. Car, bizarrement, la nature trouve toujours les moyens pour se faire complice du désir d’élimination de tous ceux-là qui s’obstinent à tenir tête aux princes du monde. Et les AVC en constituent une excuse assez plausible, puisque, pour une raison ou pour une autre, à un moment déterminé, et sans qu’on ne s’y attende, nous pouvons tous en faire objet. « Jean-Philippe Kalala Omotunde serait mort des suites d’une crise cardiaque, quelques jours après avoir participé comme intervenant à une conférence internationale sur la nouvelle pensée africaine, tenue à Yaoundé, du 25 au 29 octobre 2022 », selon des sources incertaines. Toute sa lutte s’inscrivait dans une démarche de prise de conscience et de réveil de la Communauté Noire de par le monde, afin qu’elle puisse comprendre qu’elle a la Culture la plus profonde, la plus vaste et la plus riche sur terre, et que sa conservation et sa défense s’avèrent nécessaires comme Héritage Culturel aux générations futures.

Merci d’avoir partagé les instants les plus sublimes de ta vie avec nous. Tu es l’expression même du Génie Africain, la relève contemporaine du labeur d’Aimé Césaire, de Louis-Joseph Janvier, de Jean Price Mars, de Cheick Anta Diop et de toutes les générations qui les ont suivies. Merci d’avoir été une bibliothèque vivante, la fierté de la race noire et de nos Ancêtres. Merci de continuer à veiller sur tous les doyens africains et afro-descendants qui se sont engagés dans la lutte pour l’éclairage de la jeunesse. Merci pour le combat que vous menez pour la communauté et toute l’humanité, la continuation de la mémoire de Cheikh Anta qui avait adopté un point de vue spécifiquement africain, face à la vision de certains auteurs de l’époque, selon laquelle les Africains sont des peuples sans passé, et qui avait voulu que la science serve l’humanité en lieu et place de l’asservir et de privilégier une partie, aux dépens des autres. Merci d’avoir combattu pour la restauration et le respect de la mémoire historique. Tu as combattu ton combat, à nous maintenant de faire autant et de l’amener là où tu as voulu qu’il soit, par le réveil de la conscience des africains et des afro-descendants, quant au rôle incontournable que nous avons joué tant dans le passé que dans le devenir de l’humanité.

Allez, camarade, va retrouver nos ancêtres. Nous tous la race noire et de l’humanité, nous sommes fiers de toi, et te promettons de faire œuvre qui vaille de ton si abondant héritage ! Bonne traversée grand frère !

Jean Camille Étienne,

Arch, MSc. en Politique et Gestion de l’Environnement 

14/11/2022

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