acceuilActualitéInsécurité & Banditisme

Cité-Soleil, prise en tenaille entre la peste des gangs et le pouvoir pourri

Le mercredi 13 juillet, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a révélé, dans un bilan partiel, que les affrontements entre gangs à Cité-Soleil ont fait au moins 89 morts (dont 21 corps ont été brûlés), 16 personnes sont portées disparues et 74 autres ont été blessées par balle ou à l’arme blanche. 127 maisons situées dans le quartier de Brooklyn ont été incendiées. Le RNDDH accuse le CNE d’être complice du G-9, en mettant à sa disposition des engins lourds, pour la destruction de maisons.

Le Réseau National de Défense des Droits Humains a publié un rapport sur la guerre qui a éclaté entre les gangs à Cité-Soleil, dans lequel il pointe, d’un doigt accusateur, le Centre National des Équipements (CNE). Selon ce rapport, le CNE aurait aidé le G-9 et aurait contribué à cette guerre, en mettant à la disposition de cette coalition de gangs, des engins lourds pour la destruction de maisons et aussi pour frayer un passage, jusque vers le fief du bandit armé, Gabriel Jean-Pierre. L’objectif de cette guerre, qui a commencé autour de 3 heures du matin, le 7 juillet 2022, serait de déloger le chef de gang de Nan Brooklyn, Gabriel Jean-Pierre alias Ti Gabriel ou Gabo, actuel dirigeant du G-Pèp, en vue de soumettre toute la commune de Cité-Soleil au G-9 an Fanmi e Alye».

Le RNDDH a également rappelé dans ce rapport que, depuis la mise en place en 2020 du G-9 an Fanmi e Alye, il ne se passe pas un mois sans qu’au moins un événement sanglant ne soit enregistré dans le pays. Pas moins de trois (3) séries d’attaques armées ont déjà été enregistrées dans le pays, ces dernières semaines.

L’organisation de défense de droits Humains souligne que cette fixation sur le fief de Nan Brooklyn, dirigé par le chef de gang Gabriel Jean-Pierre, alias Ti Gabriel ou Gabo, s’explique par la lutte acharnée menée par les vrais patrons du G-9 an Fanmi e Alye et du G-Pèp.

Dans la même lignée, le jeudi 14 juillet 2022, des agents du Bureau de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants (BLTS), accompagnés d’agents de la douane, ont procédé à la fouille de containers en franchise, saisis la veille dans la zone de La Saline, à Caribbean Port Service (CPS). Ces containers sont arrivés en Haïti sous la couverture de la franchise détenue par l’Église Épiscopale d’Haïti. La fouille a permis de découvrir et de saisir, dans un premier container, 18 fusils d’assaut (AK-47, Galil et M4), un fusil de calibre 12, 4 pistolets de calibre 9 mm, près de 20 000 munitions de différents calibres, 120 chargeurs, 1 viseur et des faux billets d’un montant de 50 mille dollars.

Me Jacques Lafontant, le Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince qui était sur place, accompagné d’un juge de Paix, a précisé que l’inventaire était partiel et qu’il restait 3 autres containers destinés à l’Église Épiscopale d’Haïti (selon ce qui est écrit sur le manifeste) qui doivent être fouillés, ce qui sera fait vendredi ou samedi. Une personne a été arrêtée et des avis de recherche et d’interdiction de quitter le territoire ont été émis à l’encontre de plusieurs personnes dont Mme Gina J. L. Rolls, la commissaire en douane, présumément chargée de la réception et du dédouanement de ces containers, pour l’Église Épiscopale d’Haïti.

Réagissant à la mention de son nom dans cette affaire, l’Église Épiscopale d’Haïti a vivement réagi dans un communiqué. L’Église Épiscopale d’Haïti nie toute implication dans des trafics illicites d’armes et de munitions. Elle indique «n’avoir aucune commande de containers, n’a entrepris aucune démarche de dédouanement de containers à la douane de Port-au-Prince et n’attend l’arrivage d’aucun produit en provenance de l’étranger pour aucune de ses institutions diocésaines. L’Église Épiscopale d’Haïti dénonce les rumeurs infondées, l’associant à l’importation d’armes illégales dans le pays, et renouvelle sa foi dans la poursuite de son œuvre spirituelle et moralisatrice dans le pays. L’Église Épiscopale d’Haïti est attristée d’apprendre, par des rumeurs, que son nom est associé à l’importation en franchise de containers contenant des armes et des minutions illégales à la douane de Port-au-Prince. L’Église Épiscopale d’Haïti n’a aucune commande de containers et n’a entrepris aucune démarche de dédouanement de containers à la douane de Port-au-Prince et n’attend l’arrivage d’aucun produit en provenance de l’étranger pour aucune de ses institutions diocésaines», dit la note.

Julecène Édouard, le directeur de l’administration générale des douanes, depuis sa prise de fonction, dit vouloir donner une nouvelle impulsion à l’Administration Générale des Douanes dans les vérifications. Rappelons que plus de 120 000 munitions et des armes ont été saisies par des agents douaniers et des policiers à Port-de-Paix.

Par ailleurs, le jeudi 14 juillet 2022, le principal terminal pétrolier d’Haïti à Varreux a repris ses activités, paralysées depuis le 8 juillet dernier, en raison des violents affrontements armés entre gangs qui avaient forcé l’arrêt des livraisons. Le mercredi 13 juillet, profitant d’une baisse relative de l’intensité des affrontements, le navire « MT Lora » a déchargé une cargaison de 70 000 barils de gazoline au Terminal de Varreux. Le jeudi, c’est le navire « MT Citrine » qui a pu décharger une cargaison de 45 000 barils de diesel. WINECO, le gestionnaire du terminal de Varreux, a informé que pour la journée du jeudi 14 juillet 2022 : 120 668 gallons de diesel, 179 966 gallons de gazoline et 17 000 gallons de kérosène ont été chargés dans 41 camions-citernes qui ont repris leurs livraisons vers les stations-services, sur fond de manifestations contre la pénurie de carburant.

Emmanuel Saintus

Articles Similaires

Back to top button