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Le dossier de Jovenel Moïse piétine encore et toujours

Quelques jours après avoir critiqué publiquement le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire et le gouvernement qui n’ont mis aucun moyen à sa disposition pour faire son travail, la voix du juge Merlan Belabre, en charge de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, semble avoir été entendue. Le ministre de la Justice, Me Berto Dorcé, promet de mettre tous les moyens nécessaires à la disposition du magistrat, à partir de lundi prochain. Par ailleurs, l’administration Biden, quant à elle, s’intéresse aux développements de l’enquête.

«Le juge m’a rappelé que le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse est important. Il m’a aussi dit qu’il a une femme et des enfants, alors qu’il n’a aucun agent de sécurité», a rapporté au journal Nouvelliste, le ministre de la Justice. «Le juge m’a aussi dit qu’il est en possession du dossier et qu’il est en train de travailler dessus», a ajouté Me Berto Dorcé.

«Pour être honnête avec vous, nous ne l’avons pas encore fait, mais nous allons prendre toutes les dispositions pour donner au juge des moyens de transport, des agents de sécurité et des frais pour s’occuper de ces derniers…», a annoncé au journal le ministre de la Justice et de la Sécurité publique. Dans cette interview exclusive, accordée mercredi après-midi au journal, Me Berto Dorcé se donne pour limite le lundi 21 mars 2022 pour mettre à la disposition du magistrat instructeur tous les moyens nécessaires pour faire son travail, jusqu’à son ordonnance de clôture. Le ministre de la Justice a avoué au journal qu’il était choqué par la dernière sortie fracassante du juge Merlan Belabre. «Il est une compétence personnifiée. Personne ne peut rien dire de négatif sur le juge Merlan Belabre, sinon qu’il est un paysan, comme moi et timide», a avancé Me Dorcé.

Le juge Merlan Belabre aurait confié au journaliste qu’il n’était toujours pas en possession du dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse. «Oui, je suis toujours en charge du dossier, mais je n’ai encore ni le dossier physiquement ni du matériel pour faire mon travail», a révélé au journal le magistrat instructeur. Le magistrat a fait savoir qu’il ne revient pas au gouvernement de lui donner des moyens de faire son travail mais au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ). «J’ai une audience avec le CSPJ ce jeudi… », a précisé le juge d’instruction.

Alors que des juges d’instruction se sont débarrassés du dossier comme une patate chaude – pour plusieurs raisons- , le président Joe Biden, dans le cadre du budget des États-Unis pour l’exercice en cours qui doit s’achever fin septembre 2022, dans le cadre de la «loi sur le développement, la responsabilité et la transparence institutionnelle en Haïti», signée le 15 septembre, à la section «108, se rapportant à l’assassinat du président Jovenel Moïse», a instruit ses services de fournir des rapports sur l’enquête.

Les développements, les menaces et tout «acte d’intimidation à l’encontre des autorités haïtiennes chargées de l’application de la loi et des autorités judiciaires impliquées dans l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, incluant l’identification des personnes étrangères, impliquées dans ces menaces et actes d’intimidation» intéressent aussi l’administration Biden. Plus loin, cette loi commande «une description de tout effort visant à interférer dans ou de saper l’indépendance et l’intégrité de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse».

Selon la section qui concerne Haïti, «au plus tard, 90 jours après la date de promulgation de la présente loi, le secrétaire d’État, en coordination avec le ministre de la Justice (attorney general), le secrétaire à la Sécurité intérieure et le directeur de la Central Intelligence Agency, soumettra à la Commission des Relations étrangères du Sénat et à la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, un rapport sur l’assassinat, le 7 juillet 2021, du président d’Haïti, Jovenel Moïse».

«Au plus tard, 180 jours après la présentation du rapport requis par la sous-section, le secrétaire d’État, en coordination avec le secrétaire à la Justice, le secrétaire à la Sécurité intérieure et le directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), doit mettre à jour le rapport. Le directeur de la Central Intelligence Agency soumet à la commission des Relations étrangères du Sénat et à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants une version actualisée du rapport qui inclut tout développement significatif, lié à l’assassinat du président Jovenel Moïse», peut-on lire dans cette loi qui spécifie les informations attendues. Les rapport exigés par la sous-section doivent chacun inclure les éléments suivants : une description détaillée des événements ayant conduit à l’assassinat du président Jovenel Moïse et de l’enquête subséquente sur l’assassinat, y compris une description et une identification des dates clés et des noms des personnes étrangères, liées à l’assassinat et à l’enquête sur l’assassinat ; une description du soutien des États-Unis aux efforts des autorités haïtiennes pour enquêter sur l’assassinat du président Jovenel Moïse».

Avec cette loi, l’administration Biden, qui s’intéresse aux développements de l’enquête, des proches de l’ex-président Jovenel Moïse ont à nouveau dézingué le neurochirurgien et confié que les choses pourraient bouger dans ce dossier. «Ariel Henry, étant l’un des principaux accusés, fait de son mieux pour empêcher la manifestation de la vérité. Avec lui à la Primature, l’enquête ne saurait progresser. C’est ce que nous avons dit au gouvernement des États-Unis, dans une lettre ouverte, le mois dernier», a confié au journal, Renald Lubérice, ex-secrétaire général du Conseil des ministres et proche de Jovenel Moïse. «C’est malheureux de le dire. Le support de l’administration américaine paraît actuellement la seule opportunité d’avancement de l’enquête autour de ce magnicide crapuleux. L’ONU n’a toujours pas répondu à la demande d’enquête internationale des jovenélistes», a soutenu Renald Lubérice.

«Depuis l’avènement de l’équipe au pouvoir, l’enquête n’a pas bougé d’un cheveu. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’y a aucune volonté politique pour élucider le magnicide du 7 juillet ou celui du bâtonnier Monferrier Dorval mais, force est de constater qu’il y a une nonchalance certaine dans le traitement de cette affaire», a estimé l’ex-président de la Chambre des députés, Gary Bodeau. Selon l’ex-président de la Chambre des députés, Gary Bodeau, la loi signée par le président américain Joe Biden «pourrait être un changement de cap dans la politique étrangère américaine vis-à-vis d’Haïti». «Il y va de la sécurité intérieure des Américains, à aider Haïti à réformer sa justice et renforcer sa police», a poursuivi l’ex-parlementaire qui souligne que l’assassinat du président Jovenel Moïse a un impact durable. «L’assassinat du président Jovenel Moïse aura un impact durable sur le devenir de la nation et l’écosystème politico-économique haïtien».

Altidor Jean Hervé

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