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Les mauvais traitements envers des migrants haïtiens au Texas

Joe Biden ordonne d’expulser des milliers de migrants haïtiens illégaux. Des images virales sur les réseaux sociaux montrant des gardes-frontières à cheval en train de repousser des migrants près de Del Rio (au Texas), provoquaient le lundi 20 septembre une forte émotion aux États-Unis, où le gouvernement du président Joe Biden a fait part de l’ouverture d’une enquête pour faire toute la lumière sur les faits.

En effet, plusieurs milliers de migrants sont arrivés à Del Rio, au Texas, en traversant le fleuve Rio Grande. De moins de 2000, en début de semaine, ils sont désormais plus de 10 500, selon le maire de cette ville frontalière, Bruno Lozano. Ils «sont principalement originaires d’Haïti […] ils attendent juste d’être arrêtés par les gardes-frontières» pour entamer les démarches d’autorisation de séjour, a-t-il expliqué, dans une vidéo mise en ligne sur Twitter.

Sur une image prise par un photographe employé par l’AFP, un agent à cheval attrape un homme par son t-shirt. Sur une autre, il tient un groupe à distance en faisant tournoyer ses rênes, dans une posture menaçante. Ces images «de mauvais traitements de migrants haïtiens le long de la frontière, sont horribles et très dérangeantes», a fait savoir, dans un communiqué, l’élu démocrate, Bennie Thompson, qui préside la Commission sur la Sécurité intérieure à la Chambre des représentants. «C’est horrible à regarder», a reconnu la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki, lors d’un point de presse. «Je ne connais pas le contexte, mais je ne vois pas dans quel cadre ce serait approprié», a-t-elle conclu.

L’administration américaine a décidé de refouler en Haïti, le dimanche 19 septembre 2021, à bord d’un premier vol, environ 272 ressortissants haïtiens qui étaient bloqués depuis plusieurs jours à la frontière américano-mexicaine, plus précisément sur le pont de Texas. Ils sont entre autres, des hommes, des femmes ainsi que des bébés qui ont été reçus à l’Aéroport International Toussaint Louverture par les autorités de l’Office National de la Migration (ONM).

L’Administration Biden a lancé, le samedi 18 septembre, un plan d’expulsion à grande échelle visant à renvoyer plusieurs milliers d’immigrants haïtiens qui ont traversé ces derniers jours le Rio Grande (frontière avec les USA), débordant les autorités de l’immigration américaine qui ont improvisé un «camp de fortune» sous le pont international qui relie Del Río (Texas) à Ciudad Acuña (Mexique) au Sud du Texas.

«La grande majorité des migrants présents sont Haïtiens», a déclaré le juge du comté de Val Verde, Lewis Owens, dont la juridiction comprend Del Rio, ajoutant: «certaines familles sont sous le pont depuis six jours. Au moins deux femmes ont accouché, dont une qui a été testée positive au COVID-19, après avoir été emmenée à l’hôpital.» Le shérif du comté, Frank Joe Martinez, a estimé le nombre de migrants à 13 700 personnes, majoritairement haïtiennes et estimé que ces migrants semblent faire partie d’une vague plus importante d’Haïtiens mais aussi de migrants du Honduras, du Venezuela et d’El Salvador, entre autres, qui se dirigent vers la frontière américaine.

La stratégie de l’Administration Biden, consiste à renvoyer les migrants dans leur pays d’origine ou dans le pays d’où ils sont partis sur plusieurs vols quotidiens. Notez que les mineurs non-accompagnés sont exclus des expulsions accélérées. «Le DHS garantira des transports supplémentaires pour accélérer le rythme et augmenter la capacité des vols de retour vers Haïti et d’autres destinations dans les prochaines 72 heures. Les transferts se poursuivront, conformément à nos lois et politiques», a expliqué Marsha Espinosa, porte-parole du Département de la Sécurité intérieure (DHS) dans un communiqué, ajoutant que le Département travaillait avec des pays où les migrants avaient débuté leur voyage, comme le Brésil et le Chili, pour qu’ils acceptent les migrants expulsés.

Par ailleurs, le DHS a indiqué que les douanes et la protection des frontières ont envoyé plusieurs centaines d’agents en renfort, dans le but de démanteler le camp de fortune de Del Río où les migrants ont dressé des tentes et construit des abris de fortune, à partir de roseaux géants. Les États-Unis ont commencé ce dimanche à expulser plusieurs des dizaines d’Haïtiens du camp de fortune sous un pont de Del Rio. 3 vols étaient prévus: deux de l’aéroport de la ville de San Antonio et un autre de la frontière de Laredo. Sur les trois vols prévus, seuls deux sont partis, a indiqué Jean Négot Bonheur Delva, coordinateur de l’Office National des Migrations, qui précise que tous les vols devaient initialement transporter 145 passagers, mais que seulement 98 Haïtiens étaient sur le premier vol et 110 sur le second. Au total, 208 Haïtiens qui ont tenté d’entrer aux États-Unis illégalement ont été renvoyés en Haïti dimanche, dans un contexte socio-politique et économique, marqué par une crise aiguë et une extrême violence. Un responsable de l’administration américaine, sous couvert de l’anonymat, a dit s’attendre à deux vols, maximum, par jour, et a déclaré que tous les migrants seraient testés pour le COVID-19. Toutefois, le DHS annonce que la capacité et le rythme des vols de transfert de migrants vers Haïti et d’autres pays de l’hémisphère seront augmentés dans les prochaines 72 heures. L’administration Biden a ordonné aux agences concernées de travailler avec le Gouvernement d’Haïti, pour faire face à la situation.

Après cette annonce, un volontaire qui a requis l’anonymat, de la «Val Verde Border Humanitarian Coalition», la seule organisation de la région qui aide les migrants en situation irrégulière, a déclaré que cette nouvelle avait frappé «comme une gifle» les Haïtiens. Bridgette Gomez, la Directrice de campagne de l’organisation «We Are Home», a déclaré que le retour en Haïti pour ces migrants est «inconcevable», car le pays «traverse une grave crise socio-politique et une violence croissante, sans précédent». Guerline Jozef, cofondatrice et Directrice exécutive de l’Alliance haïtienne du pont, a déclaré qu’elle était «totalement incrédule», face à la décision du Président Biden, rappelant que, quelques heures après le séisme, Biden avait publié une déclaration disant: «Les États-Unis restent un ami proche et durable du peuple haïtien». «Un ami n’inflige pas continuellement de la douleur à un autre ami», souligne Guerline Jozef. «L’Ambassade d’Haïti à Washington suit avec une profonde tristesse le déroulement de la situation des migrants haïtiens à la frontière américano-mexicaine. Nous avons déjà écrit au DHS, concernant cette question et travaillons actuellement avec des organisations qui aident les migrants sur le terrain,» a déclaré l’Ambassadeur d’Haïti, Bocchit Edmond.

En Haïti, le Premier Ministre Ariel Henry a déclaré: «nous sommes très préoccupés par les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles vivent plusieurs milliers de nos compatriotes à la frontière américano-mexicaine. Tout en leur renouvelant notre pleine solidarité, nous voulons les assurer que des dispositions sont déjà prises pour leur offrir un meilleur accueil à leur retour dans le pays et qu’ils ne seront pas laissés pour compte. «Se fòk nou mete tèt nou ansanm pou nou bay peyi a yon chans pou frè ak sè nou yo pa kontinye pran kalite imilyasion sa yo. Je partage leur souffrance, tout en leur disant: bienvenue chez eux. Lakay se lakay

Emmanuel Saintus

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