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Le Pouvoir, à fond vers son référendum solitaire

Malgré les nombreuses sorties médiatiques, tant en Haïti qu’à l’étranger, autour de l’inconstitutionnalité du référendum, en exigeant son annulation, le pouvoir ne jure que par la tenue, en juin prochain, de ce référendum. À cet effet, 4 503 539 Haïtiens sont habilités à voter, lors du référendum du 27 juin 2021, a indiqué le ministre Chargé des Affaires électorales, M. Mathias Pierre, soulignant que l’Office National d’Identification (ONI) poursuit le processus d’enregistrement des électeurs qui participeront aux élections législatives du 19 septembre.

Par cette déclaration, le ministre Pierre confirme la détermination des autorités à réaliser le référendum, faisant valoir que 80% des centres de votes ont déjà été évalués. Le CEP, l’UNOPS et la PNH ont été impliqués dans l’évaluation des centres et bureaux de vote. De plus, le ministre Pierre informe que les matériels non sensibles seront reçus à partir du 15 mai 2021. En ce qui a trait au financement des élections, un second versement au basket fund par l’État haïtien, de 9 millions de dollars, a été décaissé par les autorités haïtiennes esseulées, en raison des réticences des pays amis.

Au lendemain de la clôture du registre référendaire par l’Office National d’Identification, le processus d’organisation du scrutin est entré dans sa dernière phase, ce que confirme la présidente du Conseil Électoral Provisoire, Guyrlande Mésadieu. «Nous en sommes à 80% du processus d’organisation du référendum prévu le 27 juin prochain. Actuellement, nous formons les bureaux référendaires et évaluons les centres de vote. Donc, nous sommes dans la dernière ligne droite.» Mais cela n’empêche pas l’actuel Conseil Électoral Provisoire de ne pas inspirer confiance à l’opposition, ce que madame Mésadieu reconnaît. Mais pour que le référendum constitutionnel soit un succès, elle est prête à certains sacrifices: «si, aux termes d’un accord politique, un replâtrage du Conseil s’imposait, je tirerais ma révérence sans regret, afin que le référendum et les élections qui vont le suivre soient une réussite.»

C’est un projet que l’équipe au pouvoir a du mal à faire passer et les raisons pour cela sont nombreuses. D’abord, l’idée même d’un référendum pour changer de constitution est rejetée par certains qui jugeaient la démarche inconstitutionnelle, au regard des prescrits de la loi-mère de 87. De son côté, la classe politique estimait que le moment n’était pas opportun, arguant que le président Jovenel Moïse a certaines velléités dictatoriales. Et, c’est lorsque le Comité Consultatif Indépendant a publié le texte de l’avant-projet de constitution que d’autres voix allaient s’élever pour dénoncer un document liberticide et autoritaire. Des représentants de la société civile organisée, des responsables politiques, des proches du pouvoir en place, la famille politique même du président Moïse, tous avaient des réserves sur le référendum mais pas pour les mêmes raisons.

Malgré tout, le pouvoir en place est resté accroché à son projet et nombreux estimaient que c’était grâce au soutien de l’international qui, toutefois, s’était montré prudent face à cette initiative. Même après la sortie du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), qui avait dénoncé un processus pas assez inclusif, personne ne croyait que le président était seul dans sa démarche. Il a fallu, lundi, le communiqué du Core Group (composé des ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des Etats-Unis, de l’Union Européenne, du représentant spécial de l’OEA et de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies) pour confirmer que la communauté internationale prend ses distances par rapport au référendum constitutionnel. Une large consultation autour du projet, c’est le souhait exprimé par les diplomates, mais pour le moment, ils trouvent le processus pas suffisamment inclusif, participatif et transparent.

Altidor Jean Hervé

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