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Variation anormale sur le marché de change

Le taux de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH), avoisine les 76,90 gourdes pour un dollar américain (au moment de la rédaction de cet article). Toutefois, sur le marché formel, le taux de change ne dépasse pas les 75 gourdes. Dans certaines banques, les taux à la vente et à l’achat varient entre 70 et 100 gourdes pour un dollar. Par ailleurs, sur le marché informel, le taux avoisine les 90 gourdes. Cette situation, selon les économistes, s’explique par plusieurs raisons, dont une absence de politique économique ou monétaire pouvant réguler le taux.

On peut constater que plusieurs taux de change se pratiquent sur le marché des changes, cela va jusqu’à six pour certains, selon l’économiste Etzer Émile, qui a tenu à expliquer les causes de cette réalité sur le marché des changes. Suivant l’auteur du livre intitulé : «Haïti a choisi de devenir pauvre», le financement monétaire du déficit budgétaire, au 18 février 2021, qui serait à hauteur de 31 milliards de gourdes, est l’une des causes de cette variation démesurée, sur le marché de change. «Ce montant représente 70% des 39 milliards de gourdes autour desquelles le gouvernement et la Banque de la République d’Haïti (BRH) se mettaient d’accord à ne pas dépasser, en termes de financement monétaire, pour cet exercice fiscal qui prendra fin le 30 septembre prochain», a expliqué Etzer Émile, laissant croire que cela peut déranger l’équilibre sur le marché des changes.

«La BRH a décidé que 30% des transferts vont sur le compte des maisons de transfert domicilié chez elle, 40% aux institutions financières et 30% aux agents autorisés. On sait qu’il y a des banques qui sont propriétaires des maisons de transfert. Cela va sans dire que certaines banques vont capter 70% des transferts. Le marché informel sur lequel se faisaient 50% des transactions en dollars ne capte que 35% des dollars en circulation. Quand on sait que la BRH vend le billet vert uniquement aux institutions financières et aux grands importateurs et que les banques commerciales, de leur côté, rechignent à vendre le dollar depuis un certain temps, on comprend vite que le grand perdant final, c’est le consommateur», a poursuivi l’économiste Etzer Émile, en analysant la situation du marché des changes, depuis la mise en application de la circulaire 114-2.

Pour l’économiste, la logique de la circulaire 114-2 consiste à canaliser les dollars provenant des transferts vers le marché formel. Du point de vue de l’économiste, l’économie haïtienne est toujours dollarisée. «Quand on achète un produit dans un magasin, le prix varie selon la monnaie utilisée, a déclaré Etzer Émile. Si on paie en gourdes, le produit devient plus cher. Le taux exigé par les magasins est de loin supérieur au taux de référence de la BRH. La circulation de double monnaie reste une réalité.»

De son côté, l’entrepreneur et homme politique, Réginald Boulos, croit que la situation que vit le pays actuellement où il existe plusieurs taux de change est le résultat de l’incompétence de l’équipe au pouvoir.Taux de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH), taux moyen d’acquisition (TMA), taux de vente des injections de la BRH, taux de vente des banques aux clients, taux du marché informel et taux de la douane sont autant de taux qui existent sur le marché des changes en Haïti, selon le Dr Réginald Boulos, qui croit qu’aucune prospérité économique et sociale n’est possible dans une situation pareille. Le pays est arrivé à un stade où nous sommes gérés par l’incompétence, estime le leader du parti MTV Ayiti.

Ce désordre, sur le marché des changes, n’est pas sans conséquence sur les secteurs de la vie nationale, et, plus précisément, sur le pouvoir d’achat de la population la plus pauvre. «Le pays vit en grande partie des transferts de l’étranger. Le dollar est payé à son bénéficiaire à 75 gourdes quand il reçoit un transfert. Le même bénéficiaire doit s’approvisionner en produits dont les coûts sont calculés à 95-105 gourdes. Car, lorsque le commerçant ne trouve pas les dollars à la banque pour ses importations, il est obligé d’aller les chercher sur le marché informel. Il les achète donc à 95 gourdes pour 1 dollar et calcule les prix de vente de ses produits à partir d’anticipations qu’il fait sur d’éventuelles hausses du taux de change, à l’avenir», explique le chef du Parti MTV Ayiti. La population, qui consomme en majorité ces produits, est alors la plus défavorisée.»

«Aujourd’hui, le pouvoir d’achat de la population a diminué de 20 à 25%, en fonction de cette multiplicité de taux. La conséquence de cela est une diminution des activités économiques, en général, et l’appauvrissement du peuple qui vit des transferts», fustige Réginald Boulos qui croit que les dirigeants se sont inscrits dans un schéma d’appauvrissement du peuple. Nous sommes plus pauvres aujourd’hui qu’il y a dix ans.

Altidor Jean Hervé

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