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Instances religieuses, sortez du système !

J’hésitais à m’y rendre, mais vu l’insistance de cette amie, je l’ai accompagnée à ce service religieux, dans ce temple adventiste camerounais. Une fois dans l’enceinte, grande fut ma surprise devant le spectacle visuel et auditif qui s’offrait à moi. En effet, sur fond de rites et de danses traditionnelles, les fidèles s’adonnaient, à cœur joie, à offrir leurs louanges à Yahweh. Subitement, je me suis mis à me faire un certain nombre d’interrogations. N’est-ce pas ce même Dieu qui est enseigné par ces mêmes religions chrétiennes en Haïti? Ce que j’ai vécu dans ce temple adventiste en Afrique est-il du syncrétisme ? Ou plutôt, serait-ce le résultat d’une acclimatation réussie d’un christianisme aux vibrations qui définissent le mieux ces populations, dans leurs relations avec l’Invisible ? Pourquoi ceci est-il possible en Afrique et non en Haïti ? À force de m’interroger de la sorte, je suis même arrivé à me demander : et si l’implantation de ces religions, malgré toutes les bonnes intentions qu’on peut leur accorder, s’inscrivait dans la logique de la négation de « l’homo haïtianus », dans ce plan international qui visait à faire échouer la révolution haïtienne de 1803?

Si l’on considère que les lieux de cultes font partie intégrante de l’appareil idéologique de l’État, il peut ne pas être superflu de se questionner sur les stratégies d’insertion de ces religions dans l’univers symbolique haïtien. D’autant plus qu’il a été démontré que le rapprochement de celles-ci, aux éléments culturels haïtiens, conduit souvent à un réveil des populations, dans leur quête de meilleures conditions de vie. Nous voulons pour preuve le mouvement «Ti Legliz», à l’intérieur de l’Église catholique, qui a contribué à la chute de la dictature des Duvalier et, dans la lignée du courant de l’évangile de libération en Amérique latine, à l’émergence d’un leader tel que l’ancien prêtre Jean Bertrand Aristide, même si, au bout du compte, ce dernier s’est plutôt laissé entraîner dans les dérives de l’enivrement par le pouvoir et l’argent. Mais ça, c’est une autre histoire.

Ainsi, au moment où la tendance est à la remise en cause du système, j’invite les fidèles et religieux, particulièrement de tous les courants du christianisme qui évoluent en Haïti, à évaluer si leurs pratiques religieuses contribuent à renforcer et à valoriser la culture haïtienne ; ou, au contraire, si ces pratiques religieuses favorisent le rejet total de la culture haïtienne ? Si, après analyse, vous vous retrouvez dans le 1er cas, ceci suppose que votre communauté religieuse et vous, êtes véritablement engagés dans la construction d’un « homo haïtianus », conscient de son identité et équilibré spirituellement, moralement, et matériellement ; lequel peut facilement s’engager dans un processus de développement individuel et collectif.

En revanche, si vous vous retrouvez dans le second cas de figure, vous devez en déduire que votre communauté religieuse et vous, êtes sûrement inscrits dans cet agenda international, établi dès le lendemain du 1er janvier 1804, pour faire échec à la révolution haïtienne. En ce sens, nonobstant toute votre bonne fois, vous êtes en train d’implémenter l’idée prônée à l’époque par le Président américain, Franklin D. Roosevelt: «Il faut les laisser cuire dans leur jus.» Il vous faut, par conséquent, prendre les dispositions pour changer votre approche à la société haïtienne, et vous engager désormais dans une démarche respectueuse et harmonieuse avec l’identité culturelle haïtienne. Vous ferez ainsi une double action de sauvegarde de plus d’âmes et de développement de ces dernières, tant sur le plan individuel que collectif, pour le bien-être de l’ensemble des communautés haïtiennes.

Witchner Orméus

Ms Admin Sociale

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