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«La grande souillure du lundi 22 février 2021»

Il m’a pris du temps pour digérer ce qui s’est passé, lundi dernier, et je ne m’en suis pas encore remis, ça, je vous l’assure. Cependant, la question qui vaut peut-être des millions, est la suivante : comment avons-nous pu en arriver là, avoir ça comme dirigeant, un pays qui était aux avant-gardes des plus grands intellectuels du monde moderne noir, sans rien avoir à envier à ceux de l’Occident, bien sûr, mais qu’au contraire, ceux-ci les redoutaient ? À bien réfléchir, il n’a pas été si difficile que cela, car comme l’a si bien dit un sage chinois, pour réduire un pays à rien, point n’est besoin d’intervention militaire ou économique, bien que dans notre cas nous en avions eu un peu de tout. «Si vous voulez détruire un pays, il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption», disait-il. Nous avons ici « la meilleure », disons mieux la plus exacte illustration de ce qui est arrivé à Ayiti, non pas sans la contribution des Blancs, ni sans la mesquinerie des élites intellectuelles et économiques du pays, ni, bien sûr, sans la complicité de nos politiciens et leur cynisme pour maintenir le peuple dans l’ignorance et dans la crasse.

Ce devrait être la moindre des choses que d’exiger de celui ou de celle qui voudrait prendre les rênes du pouvoir, d’être en mesure de s’exprimer convenablement, tant en créole qu’en français car, jusqu’à date, ce sont les deux langues officielles de l’État ayitien. Au cas de non-maîtrise du français, on pourrait faire appel à un interprète ou utiliser, comme dans les grands évènements internationaux, les oreillettes de traduction. Ainsi, on cesserait de se ridiculiser à la face du monde. L’une des caractéristiques élémentaires du patriotisme, c’est l’amour de la Patrie. Donc, mes frères et sœurs ayitiens de partout, si nous manifestons encore le moindre sentiment d’amour pour ce pays qui mérite bien mieux que de se convertir en la risée de tous, choisissons nos représentants officiels sur des bases plus solides que le populisme, qu’il puisse provenir de la droite ou de la gauche, ou encore de nulle part, mais au moins, qu’ils ne nous fassent pas honte à la face du monde. Car, si on est sérieux, on se rendrait à l’évidence qu’il n’appartient pas au commun des mortels de se réveiller du soir au matin et dire qu’il a été appelé pour diriger le pays. Même du temps où Dieu intervenait directement dans la manière des hommes de diriger, Il s’assurait qu’ils aient le minimum pour le faire. Et quand ils ne l’avaient pas, Il s’assurait de les accompagner tout au long de leur administration. Définitivement, cette semaine, entre la présence des soldats dominicains sur le territoire national et les débâcles du président de la République par devant le Conseil de Sécurité de l’ONU via Zoom, en vue de l’inventaire de la situation catastrophique du pays, notamment au niveau de la sécurité nationale, c’est celle des plus grandes disgrâces ayitiennes, en 217 années d’histoire de peuple indépendant, bénéficiant pendant longtemps du respect des plus grandes instances internationales, tant pour notre nationalisme et patriotisme que pour notre niveau d’éducation très élevé. Désolé, ressaisissons-nous mes frères et sœurs, car ce message, que nos dirigeants incapables et corrompus sont en train d’envoyer au monde, n’est pas que le leur. C’est le nôtre aussi. Les fans et sympathisants du PHTK, surtout ceux de la diaspora, vous la bouclez, car, pour répéter Me Monferrier Dorval, l’un des derniers symboles de l’intelligentsia ayitienne, que ce système a assassiné crapuleusement, comme tant d’autres, d’ailleurs : «le pays n’est ni géré, ni administré et encore moins dirigé».

Sa ki fè plis mal la, sè ke, pandan prezidan peyi a fin desann pantalón l devan Konsèy Sekirite ONI, solda dominiken ap taye banda sou tè Papa Desalin lan, paske, finalman, gen 2 sitwayen yo, ki kidnape lakay. Alòske lakay, pitit zantray ap pase tray: lavi chè, insekirite, kidnaping, pwoblèm sante, edikasyon, lojman, lamanjay, pèsonn pa di way. Paske, sa pa di yo anyen ! Mesyedam politisyen ayisyen, sèl ti konsèy m ka ban nou : «avan nou vle dirije, menm sa ki pi senp la, pran san nou, prepare tèt nou.»

Car un pays qui a connu Louis-Joseph Janvier, Anténor Firmin, Jean Price Mars, Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis, René Philoctète, Lesly François Manigat, Gérard Pierre-Charles, voire Jean Bertrand Aristide, et qui connaît encore Suzy Castor, Myrlande Hyppolite Manigat et d’autres encore, ne peut se permettre de s’infliger de telles flétrissures !

24/02/2021

Jean Camille Étienne,

Arch. Msc. en Politique et Gestion de l’Environnement,

camilingue@yahoo.ca

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