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Les Consulats honoraires en Haïti : une boîte de pandore

En ces temps de crise multidimensionnelle qui frappe la société haïtienne, nous voulons attirer l’attention sur un sujet qui a été très peu traité jusqu’à présent : les consulats honoraires en Haïti.

En effet, il est notable de constater qu’en Haïti, en dehors de certains États qui disposent de missions diplomatiques en bonne et due forme, avec des représentants diplomatiques de la nationalité des états en question, pour la plupart des états du monde, ce sont des personnes de l’élite économique qui ont le statut de Consuls honoraires en Haïti. C’est à se demander quelle relation on peut établir entre ce statut de Consul honoraire d’états amis et celui de membre de l’élite économique du pays ? Lorsque l’on analyse de plus près la Convention de Vienne, en ses articles 21, 22, 23, 25 et 27, l’on commence à s’en faire une idée. Ainsi, d’une part, les articles 21, 23 et 25 de ladite Convention requièrent de l’État accréditaire, toutes les facilités d’installation et de fonctionnement de ces Consulats honoraires. Or, il se trouve que souvent les locaux de ces derniers se trouvent confondus aux patrimoines des Consuls honoraires qui sont en même temps des hommes/femmes d’affaires haïtiens. Comment l’État haïtien arrive-t-il à faire la décantation entre ces deux entités, pour permettre aux institutions publiques concernées, de jouer, pour chacune d’entre elles, pleinement leur rôle? Quant à l’article 22 de la Convention, il garantit l’inviolabilité des locaux des consulats honoraires, en sorte que ces hommes/femmes d’affaires sont libres de mener, sans se soucier d’aucune inspection administrative ou judiciaire, tout type d’activités dans les locaux de ces consulats. Seulement, Haïti est devenue tellement fragile qu’elle est de plus en plus le théâtre de situations qu’on pourrait attribuer à divers types de trafic illicite (trafic humain, trafic d’organes, trafic de drogue, etc…). D’autant plus que, en Haïti, il est de plus en plus patent que beaucoup de gens s’enrichissent, du jour au lendemain, dans des conditions inavouées, sans que les institutions de contrôle puissent être en mesure de jouer leur rôle.

En ce qui a trait à l’article 27 de la Convention, particulièrement son alinéa 3 stipule que : «La valise diplomatique ne doit être ni ouverte ni retenue». Par cette disposition, le Consul honoraire peut introduire ou extraire d’Haïti tout document, objet ou somme d’argent, sans aucune forme de contrôle des agents des institutions publiques concernées. Est-ce que la valise diplomatique est vraiment et exclusivement utilisée pour les causes diplomatiques ? Quel est le niveau de risque pour que de fortes sommes d’argent, issues de la corruption ou de trafics illicites, transitent vers les États accréditant de ces consuls honoraires ? Nul ne peut répondre actuellement à de pareilles questions.

En référence à la crise d’éthique qui sévit depuis longtemps dans la plupart des administrations haïtiennes, il est plausible de s’interroger sur les effets de cette collision des statuts de Consul honoraire et d’homme/femmes d’affaires, sur l’ensemble des relations développées avec l’état haïtien et les acteurs de la société civile haïtienne. L’accaparement des consulats honoraires, par une seule catégorie de personnes, celles issues de la classe d’affaires traditionnelle, pourrait nous porter à nous demander si ce ne serait pas, pour celle-ci, une autre stratégie de domination, à la fois économique et politique?

Dans un pays où les inégalités sociales n’ont pas cessé de se renforcer, et au moment où l’on parle de la nécessité d’une remise en question en profondeur des pratiques, jusque-là, adoptées, il nous parait plus qu’opportun que cette question des Consulats honoraires soit également soulevée dans les débats qui visent véritablement à reconstruire l’État haïtien sur une base plus équitable, plus inclusive et plus démocratique.

Witchner Orméus

Msc Admin Sociale

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