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«Ces moments perdus qu’on n’oublie jamais !»

En quatre (4) participations au jeu de super génie et génie en herbe, j’ai eu comme bilan : deux titres de champion (un à l’école secondaire et l’autre au quartier), un vice-champion (encore au quartier) et une piteuse défaite interscolaire, par manque d’appui de la part de la direction et du corps professoral. Deux réussites aux examens d’entrée de l’université d’État, pour deux facultés différentes, dont une réussite unique pour la 2e année dans l’une d’entre elles, c’est-à-dire que j’étais le seul à être promus pour la 2e année pour toutes disciplines confondues. Et je compte à mon actif deux bourses pour des études supérieures de 2e et de 3e cycles, dans des universités internationales, ainsi que des premiers prix voire des prix uniques, au niveau de festivals d’artistes amateur dans la discipline des arts plastiques et la gravure, de la préparatoire à la 5e année de formation universitaire. La première fois que j’étais élu président de ma salle de classe, c’était en 3e secondaire. Presque à l’unanimité, mes camarades avaient jeté leur dévolu sur ma personne. Posé, respectueux, studieux, appliqué et intelligent, en ce temps-là, il n’y avait aucun doute sur mes capacités à prendre la parole en public et de présentation de ma classe avec fierté, élégance et éloquence. Cependant, je n’avais pas terminé l’année, car il y avait un fauteur de trouble qui voulait à tout prix m’évincer. La pression était telle que j’ai dû démissionner et convoquer la classe en ses comices. Frustré, en seconde, j’ai pris du repos. Cependant, ce qui m’a le plus marqué, c’est qu’en rétho, la classe était sur le point d’être prise en otage par des gens très artificieux, pas trop en odeur de sainteté, en ce qui a trait au patron de comportement et référentiel de valeurs prônés par la direction de l’école. À nouveau, l’élite intellectuelle de la classe a pris son destin en main, en me propulsant à nouveau à la présidence, face à un petit groupe qui ne croyait plutôt qu’aux apparences physiques et qu’aux facilités économiques des parents. Et on avait fait échec à ce plan macabre qui n’allait pas du tout faire honneur à notre promotion. La discipline avait repris son cours et, par voie de conséquence, le rendement académique était du coup supérieur. Conclue l’année, on a été aux examens du baccalauréat 1ère partie, et les résultats nous avait donné gain de cause. Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que déjà en classe de rétho, âgés entre 17 et 19 ans nous avions très clairement définies les notions du pouvoir aux plus capables au bénéfice du plus grand nombre, lesquelles nous avait portés sans hésiter à sévir, avec intelligence, contre la médiocrité et la complaisance.

J’ai décidé de ne pas me présenter en philo, malgré les sollicitudes de mes camarades, y compris de la direction. Cependant, mon équipe et moi avions décidé de ne pas renoncer à un rêve qui nous avait été très cher, mais qu’on n’avait pas pu accomplir, à cause du manque de temps. Ainsi, nous nous sommes mis à l’accomplissement d’une telle tâche. Soit la rédaction, pour la première et dernière fois, au collège, d’une revue scolaire. Pierre Raymond Dumas qui était mon professeur, à tour de rôle, d’histoire et de littérature en seconde et en rétho, n’avait pas raté l’occasion pour faire sortir dans le journal Le Nouvelliste, un article pour ne pas laisser un tel fait passer inaperçu. Pour le directeur Luckner Bright dont j’incarnais l’un des fils spirituels qu’il avait toujours souhaité, j’étais le président de la promotion. Cette réalisation avait en fait permis au collège Le Normalien, de recouvrer une gloire si longtemps ravie, qu’à l’époque cette revue CLN-mag le lui avait facilité. C’est au fait notre fille adorée que la Philo de la Différence avait accouchée si douloureusement, puisqu’elle avait causé des fâcheries entre les principaux instigateurs dont Paul Jonas, Duce Jules-André, Romel Azor, Jacque-Junior Bretoux, Edwigde Piard, et ma personne, entre autres. Malgré les fâcheries, aussi intrépides que nous étions, pour «faire payer» au directeur cette «insulte» qu’il nous avait infligée par son refus de financer le magazine, nous avions décidé de collecter entre nous ce jour-là, frais de scolarité et argent de toutes provenances possibles et imaginables pour payer la facture de l’impression à l’imprimerie Gutenberg qui se trouvait à la Rue du Centre, tout près de Le Nouvelliste, en ce temps-là. Pour la fureur de la direction, et particulièrement du directeur, nous avions décidé de ne pas nous graduer. Et c’était pour la première fois qu’une telle situation s’était de la sorte présentée, de toute l’histoire de l’école. Heureusement qu’il y avait Me Estaing, censeur à l’époque, notre grand ami, pour nous porter à la raison. S’en était fait, nous sommes revenus sur notre décision commune et assumée, advienne que pourra. La joie était à son comble et le directeur m’a imposé, parallèlement au discours de la présidente de la promotion de prononcer le mien en la circonstance. Et j’en profite pour saluer Ricardo Augustin dont la contribution était des moins négligeables, en ce qui a trait à mes succès, tant aux jeux de génie vacance, de correspondance ainsi que dans la rédaction de mon tout premier discours devant un public très avisé mais mosaïqué. Je vous assure que cela avait fait craquer l’église du Christ-Roi. C’était, d’ailleurs ma paroisse, où c’était célébrée la messe de la graduation. Ce n’était pas tout, car, on ne saurait tout avoir. Mon excès de caractère avait fait que mon père ait décidé de ne pas assister à la cérémonie de graduation. Ce qui fut pour moi un coup fatal. Cependant, chose étonnante, après qu’il se soit informé de combien j’avais électrifié l’assistance, il a eu le courage de mettre de côté son ego de père pour me féliciter. Et ses mots à mon endroit étaient : «Je te sais super-intelligent, mais sois un peu plus conciliant et grandis dans la sagesse.» Je vous assure que cela m’avait très profondément marqué. Dès lors, je me suis proposé de changer jusqu’aujourd’hui. Et mon père n’en a été plus que fier. Cela m’avait valu une soirée de bal de graduation en compagnie de deux jolies filles avec qui j’avais fait la maternelle.

Ah, ces moments perdus dont on se souviendra toujours ! Cependant, il est très clairement prouvé que les meilleurs dirigeants au timon des affaires de leur pays, ce sont ceux-là qui ont eu cette expérience dans leur vie courante, à l’école, au quartier ainsi qu’à la maison, en d’autres termes, dans leur environnement immédiat. Car, ne naît, ni s’improvise dirigeant. C’est tout un apprentissage, et ce, dès la plus petite enfance. Je me souviens également qu’en classe de maternelle, j’étais le chouchou des filles de ma classe, y compris de la professeure, Marie Carmelle Comice, de regrettée mémoire, qui ne pouvait que succomber sous les effets irrésistibles de mon charme et de ma courtoisie. Je me souviens bien, qu’en moyen II, les camarades filles avaient pété les plombs parce qu’une de mes professeures dont je ne me rappelle plus le nom, ah, Mme Betty, lors d’un examen m’avait permis de revenir sur une question dont je ne m’étais aperçu qu’après avoir déjà remis ma copie et j’étais sur la cour. La pauvre, j’avais eu pitié d’elle. Je lui avais inspiré tellement de douceur et de confiance, qu’elle avait succombé à la tentation d’enfreindre les protocoles, rien que pour me donner satisfaction.

Ces moments perdus dont on se souviendra pour toujours ! J’ai pris plaisir à vous en faire le récit, après autour de 30 ans, car cela m’a permis de faire une rétrospective sur les valeurs si profondes qui guidaient les mœurs de la société «ayitienne», livrée aujourd’hui à elle-même, au nom d’un changement graduel mais brutal de paradigmes, en termes de ses conséquence néfastes sur ce que notre pays est devenu aujourd’hui. Comme j’aime à le dire, et je ne cesserai de me répéter : «C’est un processus qui nous a amenés là où nous sommes aujourd’hui, au processus inverse donc de le renverser.» Aux grands maux, les grands remèdes. Il appartient donc, à ceux-là à qui il reste encore de la moralité, de la connaissance, de l’expérience, du savoir-faire, de l’intelligence, de la probité et surtout de l’intégrité, du caractère, de la dignité et une vision claire de ce que nous aspirons à faire de ce pays dans 5, 10, 15, 20 et pourquoi pas 50 et 100 ans, contrairement, en vue de le mettre sur les rails du développement endogène et durable, et ce, pour le bien-être et le bonheur de tout un chacun, indépendamment de son rang, ses origines et appartenance sociales, de sa confession religieuse, de sa chapelle politique ainsi que de la couleur de sa peau. Car, c’est ce que nos ancêtres avaient juré sur l’Autel de la Patrie, le 1er janvier 1804. Je ne saurais donc qu’être reconnaissant envers tous ceux-là qui ont contribué à faire de moi, bien qu’imparfait que je suis aujourd’hui, mais en quête constant de perfection et de justice, d’abord à mon égard, et ensuite envers les autres. Car, la vérité bien ordonnée commence par soi-même.

09/02/2021

Kmi-Lingus

Jean Camille Étienne, Arch.Msc.en Politique et Gestion de l’Environnement,

camilingue@hotmail.com

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