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Haïti-Politique : le mandat présidentiel de Jovenel Moïse et la course vers le chaos

La République d’Haïti s’adapte aux crises politiques, sociales et économiques, au point qu’elles deviennent des normes. Ce pays, qui a connu près de 29 ans de dictature des Duvalier, a ouvert la voie à la démocratie en 1987, soit un an après le départ du dictateur, Jean-Claude Duvalier. Ce fut l’ère dite démocratique, avec une nouvelle constitution et, plus tard, l’organisation des élections, la création de nombreuses institutions, etc. Étant l’objet de violation constante, la Constitution de 1987 est perçue comme source de crises politiques qu’elle génèrerait elle-même.

En effet, la Constitution de 1987 révèle des failles techniques, dues à son contexte socio-politico-historique et le manque de moyens pour son application. Ainsi, sa violation se justifie par l’interprétation, dans l’intérêt de quelque groupe que ce soit. En fait, chaque groupe l’interprète à sa manière et pour son intérêt particulier. C’est une situation qui s’empire, depuis la fin de la deuxième présidence de René Garcia Préval (2006-2011), autour de la date de son mandat. Et, au lieu de quitter le pouvoir le 7 février 2011, il a dû le laisser le 14 mai de cette même année, en le cédant au président Joseph Michel Martelly. Ce dernier, dit-il, voulant rétablir l’ordre constitutionnel, a quitté un 7 février de son quinquennat. Ainsi, depuis l’accession au pouvoir de son dauphin, Jovenel Moïse, l’opposition revient à la date de son départ. Polémique, car le président sortant, Joseph Michel Martelly, a été clair sur un départ le 7 février du quinquennat et, quelle que soit la date d’entrée en fonction, pour un retour à l’ordre constitutionnel autour de ce sujet.

Entre vide constitutionnel et non-volonté politique, l’article 134-2 de la Constitution de 1987 amendée en mai 2011, qui définit la durée du mandat présidentiel, a créé une possibilité d’interprétation. Ce que font, d’ailleurs, les membres de l’opposition et les partisans du pouvoir. En effet, cet article, dans sa double interprétation, soit le 7 février 2021 ou le 7 février 2022, laisse un débat qui n’en finira pas. Car des manifestations de l’opposition, des interventions médiatiques des dirigeants politiques, des spécialistes en droit, des juristes et constitutionnaliste se mêlent de la partie. Chacun soutient sa position.

Entre-temps, en ce qui concerne la durée du mandat présidentiel, le président en fonction et certaines organisations internationales, dont l’OEA, soutiennent que celui-ci arrive à terme le 7 février 2022. Les membres de l’opposition, eux, soutiennent que c’est le 7 février 2021. Toute l’argumentation repose sur l’interprétation, et surtout un antécédent qu’a été créé par le président Jovenel Moïse. Il s’agit, en effet, d’un tweet de ce dernier, au deuxième lundi de janvier 2020, constatant la fin du mandat des députés et d’une partie du Sénat, alors que la date de leur mandat respectif n’arrivait pas à leur fin. Ce fut décidé, selon la compréhension du président Jovenel de la Constitution. Il a donc écourté leur mandat, sans penser au sien. En conséquence, l’opposition politique veut cette même interprétation au mandat présidentiel. Cela crée un malaise et est sujet à un chaos sans précédent. En fait, en prenant le plaisir d’écourter le mandat des autres élus, le président et ses conseillers n’avaient-ils pas penser à cette situation ou voulaient-ils instaurer un désordre total? Dans tous les cas, se poursuivent des débats sur la date à laquelle Jovenel Moïse devrait laisser le pouvoir. Et chacun use de ses forces pour imposer sa position. Ainsi, les manifestations s’annoncent. Des acteurs se positionnent. Et le peuple s’apprête, lui, à vivre le chaos.

Entre 7 février 2021 et 7 février 2022, ce n’est qu’une question d’interprétation de la Constitution, mais des arguments plaident du côté de la première date pour ces deux raisons: 1.- La décision du président Martelly de quitter le pouvoir, le 7 février à la place du 14 mai; 2.- Le précédent qu’a créé le président Jovenel, en mettant fin au mandat des élus du Parlement. Dans cette crise multidimensionnelle où se trouve Haïti actuellement, si rien n’est fait rapidement et, surtout autour de ces deux dates, pour créer une stabilité politique, puis socio-économique, le pays sombrera dans un chaos auquel personne ne sera épargné. Cette génération est donc sur le point de vivre comment tracer la route du chaos.

Quelle en est votre interprétation?

Job Pierre Louis

jobpierrelouis.kas@gmail.com

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