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Le populisme au service de la descente aux enfers d’Haïti

Le Populisme est ce discours politique qui promet tout et tout de suite, sans tenir compte des conditions de réalisation, tout en contestant les méthodes et les procédures traditionnelles. Le porteur de ce type de discours sollicite ainsi davantage l’émotivité des foules pour les amener à adhérer, sans se poser de question, à ses idées. Lorsqu’il est au pouvoir, il adopte un style de gouvernance de type laisser-faire, pour bénéficier en retour de l’attachement inconditionnel des gouvernés. La gouvernance populiste est expérimentée déjà dans l’Haïti post-coloniale avec l’accession d’Alexandre Pétion au pouvoir, dans la République de l’Ouest, en 1806. Elle se poursuit tout au long du XIXième et du XXième siècles, mais prend un essor particulier à partir de la 2nde moitié de ce dernier. Mais, d’une manière générale, les réalités vécues actuellement témoignent éloquemment des impacts dévastateurs du populisme sur tous les aspects de la vie des populations haïtiennes.

En effet, sur le plan de la gouvernance politique, le recours aux bandes armées, pour instaurer un règne basé sur la peur, est courant. En 1962, François Duvalier met en place le Corps des Volontaires de la Sécurité Nationale (Les Tontons Macoutes), comme les «chiens de garde» de sa Présidence à vie. En 1988, après le coup d’état ayant conduit le Général Prosper Avril au pouvoir, la terreur a été entretenue par certains «escadrons de la mort» des Forces Armées d’Haïti ainsi que les fameux «zenglendo» qui rançonnaient, violaient et tuaient, une fois la nuit tombée. Cette même période est aussi marquée par la présence de sbires néo-macoutes, dénommés «brassards rouges», à la solde des barons néo-duvaliéristes tels que l’ex-colonel Franck Romain et l’ancien ministre d’État, Roger Lafontant.

En outre, dans le domaine de l’urbanisme, les évènements politiques (22 mai, 22 septembre) ont été à la base d’un bidonville tel que Cité-Soleil. Après le départ du pouvoir de Baby Doc, chaque coup d’État militaire a occasionné la création d’un nouveau bidonville: Cité-Delmas 32 en 1986, Cité-de-Dieu et Cité-Plus en 1988… À la suite du séisme du 12 janvier 2010, la déclaration d’utilité publique d’une vaste propriété au nord de Port-au-Prince a donné naissance au méga bidonville Canaan. Ces bidonvilles sont devenus aujourd’hui des zones de non-droit qui remettent en question même la liberté de déplacement, garantie aux citoyens par la Constitution de 1987. Il en est de même dans les collectivités territoriales, marquées généralement par une absence totale de plan d’urbanisation, doublée du laxisme des autorités locales qui laissent s’ériger des constructions hors normes dans les espaces les plus dangereux, sujets aux inondations et aux éboulements. Parmi les exemples les plus probants, nous pouvons citer: la squattérisation du Morne l’Hôpital et du Morne du Canapé-Vert, la création de la commune de Tabarre en 2000, etc…

Pour ce qui est de la sécurité, le populisme transfère ses compétences aux bandes armées, lesquelles profitent de leur statut de gardiens du pouvoir pour exercer toute forme d’exploitations des populations. En effet, qu’il s’agisse des Tontons macoutes des Duvalier, des «escadrons de la mort» de l’Armée, des «brassards rouges» des néo-duvaliéristes, des «attachés» du coup-d’État du 30 septembre 1991; plus tard sous le gouvernement de Jean Bertrand Aristide, des membres de «l’armée rouge», de l’armée «bale rouze», de l’armée «Timanchèt» ou des «Rat pa kaka»; et aujourd’hui des nombreux groupes armés appelés «gangs», éparpillés à travers le pays, les contribuables et citoyens se retrouvent, à un moment ou à un autre, à la merci de ces groupes qui les tiennent en respect contre toute éventuelle forme de contestation contre le pouvoir établi.

Par ailleurs, en ce qui a trait à l’environnement, nous avons mentionné, plus haut, la dégradation occasionnée dans l’espace urbain par le populisme. Par exemple, lors de sa campagne contre les communistes, Duvalier père a encouragé le déboisement des mornes, pour empêcher les éventuels assaillants d’y trouver refuge, à la manière des marrons durant la guerre de l’indépendance. Les gouvernants qui lui ont succédé n’ont rien fait pour corriger la situation. Au contraire, les populations rurales, délaissées dans la misère la plus abjecte, n’ont de recours que la coupe des arbres et la commercialisation du charbon de bois qui, selon les données recueillies, représente 80% de la consommation énergétique des populations haïtiennes. De plus, les produits en plastique et en styro-foam asphyxient littéralement l’environnement naturel, soit en raison de leur fumée dans les tas d’immondices brûlés à cause de l’incapacité des structures publiques de gestion de déchets, soit par leur présence nombreuse dans le sol (nocive à l’agriculture) et sur nos côtes maritimes (nocive à la faune et la flore marine).

Enfin, dans le domaine de l’économie, après le départ de Jean-Claude Duvalier du pouvoir, la bamboche démocratique populiste, décrétée par le Général Henri Namphy, a changé les habitudes alimentaires de la population, la portant à consommer des produits essentiellement importés. En outre, l’absence d’investissement structurel dans le secteur agricole, doublée des impacts de la dégradation de l’environnement, aboutit à une baisse drastique et constante de la production agricole. Qui pis est, l’application des mesures d’ajustement structurelles du Fonds Monétaire International figurait parmi les «deals» faits par le Président Aristide, pour le retour à l’ordre constitutionnel, en octobre 1994. Nous sommes ainsi entrés dans une ère de privatisation des entreprises publiques, enlevant ainsi, à l’État haïtien, les rares leviers économiques qu’il détenait jusque-là. Malheureusement, les acquéreurs de ces entreprises publiques ont tout simplement transformé ces dernières en entreprises d’importation et de commercialisation. Dès lors, la balance commerciale du pays s’est définitivement penchée du côté de l’importation, entraînant ainsi, année après année, un déficit qui se répercute sur le pouvoir d’achat des ménages dont, selon la Banque Mondiale, 52,38% sont en situation de pauvreté (moins de 2,41$/jour) et 21,82% en situation d’extrême pauvreté (moins de 1,23$/jour).

Dans ce carrefour existentiel, marqué par une certaine émulation des consciences citoyennes, malgré la grande confusion qui règne, il serait opportun, pour les acteurs politiques ainsi que pour ceux de la société civile, de prendre la décision de divorcer d’avec les pratiques populistes, lesquelles n’ont apporté, jusque-là, que le renforcement des inégalités, la corruption généralisée et la violence sous toutes ses formes. Ceci devrait être pris en compte et adopté dans quelle que soit l’issue de la crise sociétale que nous vivons depuis un certain temps en Haïti. Il y va du salut du peuple haïtien qui a marqué, en lettres d’or, l’histoire universelle mondiale.

Witchner Orméus

MS. Admin Sociale

17/11/2020

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