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Les maux de l’économie haïtienne, des biens pour certains…

Haïti est embourbée dans une crise pluridimensionnelle, depuis plus d’une décennie. Cette crise mosaïque, qui est à la fois sociale, éducative, sécuritaire, politique et même économique, tend souvent à s’empirer au détriment de la population haïtienne. Mais, malgré l’insécurité alimentaire grandissante, due au coût élevé de la vie et à la baisse du pouvoir d’achat de la population, la gourde connaît, depuis un certain temps, une nette appréciation par rapport au dollar. Cette revalorisation a occasionné, la baisse microscopique des prix de certains produits de première nécessité sur le marché local et celui du carburant à la pompe. Toutefois, ce soulagement, aussi infime soit-il, semble déranger quelque part.

Voulant faire preuve de sa volonté de résoudre la crise économique, le gouvernement de Joseph Jouthe a concocté certaines mesures, de concert avec la Banque de la République d’Haïti, afin d’améliorer ou d’apaiser les effets de cette crise. Ces décisions dont: l’injection d’environ 150 millions de dollars sur le marché de change de manière séquentielle, l’obligation faite aux entreprises de libeller les prix de tous les produits et services en monnaie locale, entre autres, ont permis malgré tout une baisse du prix de certains produits de première nécessité sur le marché haïtien, mais aussi la baisse, dans un premier temps, du prix du carburant à la pompe, bien que cette baisse soit insignifiante. Néanmoins, une nouvelle fois, les prix du gallon de kérosène et du diesel ont été révisés à la baisse par le gouvernement, comme l’avait annoncé le président Jovenel Moïse, sur son compte twitter, quelque temps avant l’annonce officielle. Dans un avis portant les signatures de Michel Patrick Boisvert et de Jonas Coffy, respectivement ministre de l’Économie et des Finances et ministre du Commerce et de l’Industrie, le gouvernement a fait savoir, qu’à partir du 26 octobre 2020, le kérosène qui était de 173 gourdes et le diesel de 174 gourdes seront vendus aux prix de 163 gourdes et de 169 gourdes, respectivement. Quant à la gazoline, son prix à la pompe reste 201 gourdes.

C’est la deuxième fois que le prix du diesel est modifié et, à chaque fois, le gouvernement n’a retiré que 5 gourdes, quoi de mieux comme signe d’irrespect? Hors, parallèlement sur le marché international, le coût du pétrole est revu à la baisse jour après jour. Cependant, dans son tweet relatif à cet ajustement de prix, le président Jovenel Moïse avait dit qu’il va faire appliquer la loi du 9 mars 1995, portant sur les prix des produits pétroliers. C’est une loi qui impose au gouvernement l’obligation de réajuster les prix des produits pétroliers à la pompe, à chaque variation de prix de +/- 5% sur le marché international. Ce sont des décisions qui sont en adéquation avec la politique économique que le pouvoir dit vouloir mettre en place. D’ailleurs, le pétrole étant un produit transversal et coûteux, en raison de la subvention de l’État, on s’attendait à des meilleures actions du gouvernement, dans ce secteur.

Par ailleurs, le Premier ministre, Joseph Jouthe, s’est entretenu avec des présidents d’associations du secteur privé des affaires, sur la situation économique du pays, quelques jours après une note costaude de quatre associations patronales, condamnant le côté arbitraire et le caractère attentatoire à la liberté d’entreprise, à la suite des descentes intempestives du ministre du Commerce, Jonas Coffy, sans mandat ni préavis, dans des entreprises privées, ce qui a occasionné l’arrestation puis la libération, le même jour, d’un responsable de Canez Construction, pour avoir, selon le ministre, violé la loi sur l’affichage des prix. Ce fut un spectacle de mauvais goût dont l’État pouvait bien se passer.

Ce secteur privé, aussi bien que l’État, joue des pieds et des mains pour que la situation économique demeure entièrement inchangée et l’État le justifie par son incohérence. Le secteur privé des affaires se plaint à gorge déployée des décisions et des mesures que leur impose l’État, mais aussi de l’appréciation de la gourde. Ses membres ont même menacé de fermer leurs portes, si la gourde continue de s’apprécier de la sorte, et ils font fi de l’obligation qui leur est faite de libeller les prix de leurs produits et services en gourde.

Aux Parcs industriels de Caracol (PIC) et à CODEVI, les investisseurs de la sous-traitance textile voient l’appréciation de plus de 50 % de la gourde par rapport au dollar, au cours des deux derniers mois, comme un problème majeur. Ils brandissent le fait qu’avec un dollar aussi bas, cela va diminuer la compétitivité d’Haïti sur le marché régional. Sérieusement? C’est un secteur qui est très peu compétitif et dont les coûts de production sont à la hausse. Aussi appréhendent-ils le spectre de licenciements massifs et d’arrêts de leurs plans d’expansion…

Le manager de MAS AKANSYEL, Giri Chandrasena, dit croire en une « solution viable. « Nous attendons une réponse gagnant-gagnant pour cette industrie et pour Haïti ». Pour ce Sri-lankais, cette solution gagnant-gagnant est un taux de change de « près de 100 gourdes pour 1 dollar. Avec seulement 1 300 employés à son actif depuis son implantation en Haïti en 2017, MAS AKANSYEL, qui fabrique des produits sportifs pour revendre aux plus grandes marques sportives du monde, a même osé dire, par la voix de son manager, qu’à cause de cette appréciation de la gourde par rapport au dollar, il va falloir travailler pour « recréer » la confiance des investisseurs vis-à-vis d’Haïti. De son côté, Zadok Min, président de S and H Global, a indiqué, sans marmonner, que «pour avoir du succès, le taux de change doit être à 115 gourdes pour 1 dollar». « Pour survivre et tenir, le taux doit être à 110 (gourdes pour un dollar)». Il a tout de même souligné qu’il est important d’avoir de la stabilité dans le taux pour prévoir et planifier. Pour certains économistes, ces excuses ou avancées de ces hommes d’affaires ne sont que des chantages face à un État faible qu’ils contrôlent déjà. Qui pis est, la dépréciation autant que l’appréciation de la gourde a toujours échappé à l’attention de l’État.

Altidor Jean Hervé

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