acceuilActualitéCoup d’oeil sur le mondeCulture & SociétéPerspective & Politique

Sociétés: Jimmy Chérizier et Jovenel Moïse: deux extrêmes dans un même discours

Jimmy Chérizier, dit Babèkyou, est un ancien policier, maintenant leader du mouvement «G9 an fanmi e alye», ce regroupement des groupes armés illégaux de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, qui se revendique de vouloir changer le pays et donc les conditions de vie alarmantes de la population. Jimmy Chérizier, l’homme fort de ce mouvement, son promoteur, très actif sur les réseaux sociaux, est accusé par les Organisations des droits de l’Homme, notamment le RNNDH, aussi la BINUH, de nombreux massacres de la population qu’il prétend défendre. La Saline, Pont-Rouge (Cité-Soleil), Tokyo et Bel-Air, sont autant de quartiers victimes des assauts des groupes de gangs qu’on affilie à cet homme fort du bas-Delmas. De ces massacres, la vie est banalisée. Des cadavres sous les immondices, de l’incendie des maisons, du pillage, du viol, etc., et Jimmy Chérizier ne cesse de rejeter ces accusations, dit-il, montées en toute pièce par des hommes politiques qu’il refuse de servir, parmi lesquels: Pierre Espérance, le responsable du RNDDH, qu’il accuse de vouloir régler des comptes personnels avec lui. L’évidence, c’est qu’il y a des massacres et qu’il n’y a pas de Justice.

Jovenel Moïse est le président de la République d’Haïti, inculpé de corruption dans plusieurs rapports. Il cumule des promesses et accuse tout le monde d’être responsable de la misère de la population, au point qu’il souhaite accorder à cette dernière ce qui reste du trésor public, ce qui en fait lui revient. Ainsi, il lance des offensives, par des sorties médiatiques, en vue de soigner son image et aussi d’informer la population de ses difficultés et des décisions de sa présidence et de ses gouvernements. À cet effet, il tente d’assurer la population d’un avenir meilleur et l’invite à identifier les causes de son malheur. C’est ainsi que le Président Jovenel Moïse se fait passer pour le libérateur. Accusé de financer le G9, en vue de casser les mouvements de revendication populaire, et démenti toujours par Jimmy Chérizier, le puissant de ce groupe, il reste à noter toutefois que ces deux hommes ont un même discours. Peut-être, deux extrêmes, mais ce sont deux faces d’une même médaille.

Depuis la fédération des gangs armés, donnant naissance au fameux «G9 an fanmi e alye», certains politiciens et militants montent au créneau pour dénoncer le pouvoir en place, l’accusant de cette initiative. Pour eux, cette structure est une stratégie pour terroriser la population et casser tout mouvement réclamant le départ du Président actuel. À ce titre, ils affirment qu’un financement du trésor public est donné à cette fédération. Ce qui nous laisse perplexe, face à cette situation, c’est le silence de l’État, sur l’ensemble des massacres dont on accuse le leader de ce mouvement, sa présence au côté des policiers pendant qu’il est sous le coup d’un mandat, la non-volonté de le traquer, sa défense par les hommes du pouvoir, et surtout ses prises de position qui font bon ménage avec celles du Président Jovenel Moïse.

En effet, depuis quelques temps, il y a de moins en moins de place pour le doute, face à la position du G9. Toujours au front pour dénoncer le secteur de l’opposition de ses offres pour bloquer le pays, et surtout le bas-Delmas, Jimmy Chérizier, alias Babèkyou, prend constamment des positions qui, pour certains, font l’affaire du pouvoir PHTK. Ainsi l’opposition qui voit en ce présumé chef de gang, un obstacle à pouvoir faire partir le Président, l’indexe de complicité avec le pouvoir et déclare qu’il dispose de grands financements pour tout casser. L’opposition affirme même que le pouvoir a mis à sa disposition les matériels de la Police Nationale d’Haïti, notamment des blindés, pour massacrer la population.

Qui l’aurait cru: un présumé chef de gang qui défie les forces de l’ordre et qui tient le même discours que le Président de la République? En effet, outre ses déclarations précédentes, et de nombreux massacres dont on l’accuse dans des quartiers réputés fidèles au régime Lavalassien – La Saline et Bel-Air – et de l’opposition au pouvoir, Jimmy Chérizier, cet ancien policier, membre influent et promoteur du G9, a fait des déclarations qui arrangent le pouvoir. Dans sa dernière sortie, et comme toujours sur les réseaux sociaux, via le «Live Facebook», sur les annonces de l’opposition de manifester contre le pouvoir en place ce 17 octobre 2020, à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, il était clair et direct en ses propos. «Il n’y aura pas de manifestations, ce 17 octobre 2020, dans les zones occupées par G9. Dans son intervention, en date du 14 octobre 2020, Jimmy Chérizier touche un ensemble de points de l’actualité, des conditions de vies de la population, et surtout sa position contre toute manifestation de l’opposition, lors de la journée du 17 octobre 2020, date à laquelle on commémore l’assassinat du Père Fondateur de la Nation haïtienne, l’empereur Jean-Jacques Dessalines, en 1806. Cette date symbolique ouvre la voie d’un combat politique, entre l’opposition et le pouvoir en place, depuis 2018, où le cortège du Président avait essuyé plusieurs tirs et a compté des policiers blessés. L’année suivante, le pouvoir n’avait pas pu se rendre à Pont-Rouge, et cette année, déterminé, il déploie ses ailes, dont la carte du G9, selon les observateurs. Et finalement, il ne s’y est pas rendu ce 17 octobre 2020 non plus, pour cause non révélée.

De l’appréciation du dollar américain, de la baisse de la cherté de la vie (les produits de première nécessité), il demande à encourager les efforts du gouvernement, et dénonce du coup, des manœuvres pour une éventuelle dépréciation de la gourde. Se faisant passer pour un doux militant, un pacificateur, il prône l’unité pour un développement réel du pays, et pense qu’il est temps que le peuple puisse vivre dignement. Implicitement, l’homme fort du G9, défend le Président Jovenel Moïse sur la question de l’électricité. Ainsi, il a fait savoir que beaucoup de quartiers sont électrifiés et formule publiquement sa demande pour l’électrification du bas-Delmas. De toute son intervention, sa position sur les manifestations du 17 octobre enflamme la Toile, et le positionne au côté du pouvoir. Il s’agissait donc de quoi?

Ce 14 octobre 2020, avec un t-shirt jaune, le leader auto-proclamé du bas Delmas, accusé de plusieurs massacres, comme toujours, s’est exprimé via un «Live Facebook». Il a critiqué les membres de l’opposition dont le Sénateur Nenel Cassy, l’avocat André Michel, le Sénateur Antonio Chéramy, Madame Marjorie Michel et le Sénateur Evalière Beauplan, aussi l’entrepreneur industriel Dimitri Vorbe et le défenseur des droits humains, Pierre Espérance. Jimmy Chérizier profite de ce moment pour livrer ses impressions sur les manifestations du 17 octobre, annoncées par l’opposition. Sans langue de bois, il était aussi direct que possible. En effet, au nom de la coalition des groupes de gangs «G9 an fanmi e alye», il aurait souhaité que le 17 octobre, à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, ce jour se passerait sans aucune forme de violences. C’est ainsi qu’il déclare: «Byen jwenn ap nan lari a e byen kontre ap ret tann yo». Ce fut une mise en garde contre les manifestations. Et il avertit qu’ils mettront pieds à terre. Ainsi, il est un fait qu’il interdit les manifestations dans les parages du bas-Delmas. Il souhaite que les leaders de l’opposition se portent en avant pour accueillir leur sort.

De même que le Président, Jimmy Chérizier, prône la négociation, le dialogue national, pour sortir le pays de ses conditions lamentables. Restant ferme, comme invaincu, il promet de répondre par la violence contre tous ceux qui pensent agir par la violence. Mise en garde! Menaces! Jimmy Chérizier s’attend à une journée de réflexion autour de cette date et promet des représailles contre ceux qui s’y opposent, confirmant ainsi qu’il est bien un criminel. Il se pose en victime de ce système dont sa révocation au sein de la PNH en est un exemple.

Comment vous avez vécu la journée du 17 Octobre 2020?

Clébert Sylvain Jacques

Articles Similaires

Back to top button