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Deux jours de cérémonies funèbres pour Me Dorval

Selon le vœu des membres de la famille du Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval, ses funérailles, ont été chantées le jeudi 17 septembre, au Parc du Souvenir, dans la plus stricte intimité. À cette cérémonie émouvante, seuls quelques proches, amis intimes, et quelques rares membres du Conseil de l’Ordre ont pris part. Le lendemain, une messe de requiem a été chantée, dans la matinée, à Pétion-Ville, à l’église Saint-Pierre, en mémoire du Bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Monferrier Dorval, assassiné de trois balles, à l’âge de 64 ans.

Lors de la cérémonie funèbre, chantée par Effener Renélique, célébrant principal, et le vicaire épiscopal du diocèse des Gonaïves, Monseigneur Alcide Vercelat, une forte présence policière a été remarquée à l’entrée du Parc du Souvenir. Dans son sermon de circonstance, le vicaire Vercelat a déclaré que «Nous sommes tristes, révoltés, abasourdis, inquiets, tellement le départ de Me Monferrier Dorval, qui se pose comme une rupture majeure dans nos vies, provoque des secousses dans notre existence».

Sous les cris de rage et les soupirs de désespoir, les sœurs du défunts qui se demandaient: «BonDye, kote w te ye ki fè ou kite sa fèt». Une cousine du défunt, Me Farahd Kristy Thoby, qui a donné lecture de l’oraison funèbre, au tout début de la célébration, a dit: «Nous sommes effrayés de ce que, comme pour des centaines de familles en Haïti, la justice semble chaque jour un peu plus chimérique. Nous sommes également effrayés que ce tragique événement soit désormais la désacralisation du droit à la vie dans notre pays. Néanmoins, nous gardons espoir, parce que c’est ce qu’il aurait voulu. Nous gardons espoir que sa mort ne sera pas vaine et qu’elle suscitera, en chacun de nous, en chaque Haïtien, en chaque personne à travers le monde, affecté par cet événement, un profond réveil des consciences citoyennes et engagées pour un État de droit et pour une Haïti plus sûre».

La décision de la famille Dorval, d’organiser des funérailles privées pour celui qui fut à la fois professeur d’universités, Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince et juriste très avisé, avait soulevé de sérieuses controverses dans les milieux de la basoche, estudiantin et dans la population en général.

Lors de la cérémonie symbolique, organisée le vendredi 18 septembre par l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, au lendemain de ses funérailles privées, plusieurs membres de la famille de Me Monferrier Dorval, des avocates et avocats du Barreau de Port-au-Prince, des représentants du Barreau de Paris, d’anciens parlementaires, des dirigeants d’organisations politiques, de droits humains, des représentantes et représentants de la société civile et du secteur universitaire ont, entre autres, pris part à cette messe.

Lors de cette célébration, le célébrant principal, Mgr Pierre André Dumas, dans son hommage appuyé, a campé Me Monferrier Dorval comme un génie qui a marqué son temps, en mettant son savoir et ses connaissances, non seulement au service de la jeunesse qu’il formait, au service de la profession à laquelle il appartenait, mais aussi à celui du pays tout entier. Vantant les mérites du défunt qui, selon lui, était un homme de vision, engagé pour le progrès et le développement réel d’Haïti, où la science aurait toute sa place dans le jeu politique, Mgr. Dumas a fait remarquer, dans son homélie de circonstance, que le pays mettra du temps avant de pouvoir construire un autre homme de la trempe de Monferrier Dorval.

«Me Monferrier Dorval fut sciemment, sauvagement et crapuleusement exécuté par des bandits. Cette cérémonie symbolique se veut être un temps de communion avec lui et entre nous », a déclaré Monseigneur Pierre André Dumas, de l’Église catholique romaine, lors de la cérémonie religieuse, certifiant du même coup que la Cour Pénale Internationale commence à préparer des dossiers, pour traduire les coupables des assassinats et crimes devant la justice.

Des messes ont été également organisées dans l’ensemble des 17 autres juridictions à travers le pays. Les avocates et avocats du Barreau de Paris ont aussi rendu, un hommage posthume à Me Monferrier Dorval, devant la Maison des avocates et avocats (Batignolles), à Paris (France), où une gerbe a été déposée devant une photo du défunt.

Né le 10 juin 1956, Monferrier Dorval a fait ses études primaires dans sa ville natale, avant de mettre le cap sur Port-au-Prince, sitôt son certificat de fin d’études primaires obtenu en 1969. Il a complété ses études secondaires sur les bancs du lycée Alexandre Pétion. Par la suite, il sera du nombre des étudiants de la troisième promotion de la Faculté des sciences humaines, où il suit un cursus en travail social, jusqu’en 1980. D’ailleurs, il commencera sa carrière professionnelle en tant que travailleur social au centre d’accueil Duval-Duvalier. Un an plus tard, soit en 1981, il décide d’intégrer la Faculté de droit et des sciences juridiques de l’Université d’État d’Haïti. Depuis, la passion pour le droit ne le quittera plus. Lauréat du concours organisé par l’ambassade de France, il obtient une des deux bourses d’études de master, disponibles dans le cadre d’un accord entre la FDSE et l’université d’Aix-Marseille. Soutenant ses deux mémoires de licence à la Faculté de droit et des sciences économiques et la Faculté des sciences humaines, les 26 et 30 septembre 1985. Dès novembre 1993, il commence à enseigner le droit constitutionnel et le droit administratif à l’Université Quisqueya. Il intègre le corps professoral de l’UEH, le 22 janvier 1994.

Notons que le Commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Ducarmel Gabriel, a déféré le dossier de l’assassinat du Bâtonnier de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval, au cabinet d’instruction, le jeudi 17 septembre 2020. Il a auditionné Modler Senegeau, alias Abidy, Mackender Fils-Aimé, Valéry Dort et Vilpique Dunès, quatre présumés auteurs, complices de cette exécution. À la suite de l’interrogatoire, les présumés assassins ont été transférés au Pénitencier National.

Altidor Jean Hervé

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