acceuilActualitéCoup d’oeil sur le mondeCulture & Société

«Le cinéma, l’avenir de la jeunesse ayitienne!»

Si, au fil du temps, à la faveur des flambées d’insécurité qui sévissent dans tous les coins et recoins du pays aux entourages des années 2000, les habitudes du grand écran en Ayiti sont en proie à de grandes difficultés, au point même de la paralysie voire la disparition de cette composante si importante du secteur culturel, comme au temps du boom théâtral sur le petit écran, à savoir au cours des années 90, aujourd’hui au nom de la magie et des facilités des NTIC, le secteur a repris vie et connaît un essor spectaculaire chez les jeunes acteurs. Dans la majeure partie des cas, ceux-ci sont sans formation académique, via les web séries sur les réseaux sociaux dont Facebook, Instagram, particulièrement YouTube et tout récemment TikTok.
À quoi est due une telle explosion, se demanderait plus d’un, si en fin de compte ni l’offre ni la demande de productions culturelles dans le secteur des arts scéniques, en général, et particulièrement du cinéma, ne sont pas si alléchantes? Pour mieux comprendre cette réalité qui, au fait, n’à absolument rien de dichotomique, partons, en tout premier lieu, de la logique simple que la nature a en horreur le vide. En effet, le vide laissé par la paralysie totale de quasiment tout le secteur des arts scéniques en Ayiti, dont le cinéma et le théâtre pour des raisons socio-économiques et politiques, a favorisé l’émergence d’autres occupants du secteur, dont de jeunes cinématographes et cinématophiles en herbe et/ou amateurs, traitant des sujets enfouis du vécu ayitien au quotidien, même quand pas toujours bien transposé, cinématographiquement et théâtralement parlant.
Smartphones en mains, ces jeunes partent à la conquête d’un art dont ils n’ont aucune maîtrise au préalable. Leur seule et vraie motivation c’est de palier le chômage et l’oisiveté, les vrais parents d’ailleurs de tous les vices. L’audace est à portée des ambitions. Point n’est besoin d’aucune formation académique pour se lancer dans ce secteur si vierge dans le pays et surtout non exploité par ceux-là qui en ont la formation requise et donc laisser à la merci de jeunes opportunistes. Avec le temps, ils se font accompagnés par des caméramans, des vidéographes, de metteurs en scène et de directeurs artistiques qui, dans la majeur partie des cas, ont une idée plus ou moins académiques de la discipline, disons mieux de l’entreprise dans laquelle ils se lancent à fond. À leurs risques et périls ils s’investissent corps et âme dans cette sphère si sensible des arts audiovisuels dont les exigences ne sont pas des moindres pour d’abord faire œuvre qui vaille, et, par la suite, se faire accepter dans la cour des grands. Leur philosophie, comme on le dit si bien en anglais est la suivante : «Fake it, until you make it», «Faire semblant jusqu’à ce que tu y arrives.» Enthousiastes, ils font tout pour capter l’attention de leur public, car chacun en effet a son public. Les réseaux sociaux ont la manie, voire la magie, de créer leurs propres stars, en fonction du public cible. C’est à juste titre le cas de certaines «célébrités» incontournables dans des milieux de très bas-goûts, particulièrement Florence Duré et Blondedy Ferdinand, par le biais d’une dictature de bas étage et de mauvais goût. En effet, elles ont construit leurs célébrités sur la base d’une trivialité des plus obscènes et méprisables. Comme l’a si bien fait remarquer Osman Jérôme dans son article intitulé : «Et si Blondedy et Florence n’étaient pas le vrai problème?» publié sur Loophaïti : «Chanteurs, comédiens, humoristes, célébrités, du meilleur au pire, depuis leur apparition, les réseaux sociaux ont toujours été un fournisseur à profusion de talents et de médiocres aussi. Il faut de tout pour faire un monde. Et c’est justement de cette aubaine que profitent Blondedy et Florence pour faire grimper le taux de leur popularité auprès d’une bonne tranche du public haïtien, réputé sentimental et émotif à la fois.»
Sans oublier des phénomènes insolites de « Krèk Koko », «Pastè blaze» «Sèvitè blagè» pour ne citer que ceux-là, de véritables insultes à la culture au sens propre du terme, ces cas d’espèce ci-avant mentionnés, comme on peut le voir, pour revenir au sujet spécifique au cœur du débat qui nous intéresse, le vide de production de qualité et de structuration du secteur constitue une aubaine qui profite énormément, dans certains cas, à d’authentiques talents, mais également à des opportunistes et mercenaires de la culture qui s’improvisent et s’érigent en chanteurs, comédiens, humoristes, célébrités, acteurs, metteurs en scène, promoteurs culturels, broadcaster, etc.
À qui la faute, pourrait-on se demander? À ces jeunes désœuvrés, le plus souvent sans la moindre formation de base dans le domaine qu’ils prétendent exceller, en vue de tirer leur épingle du jeu de pseudo-création artistique étriqué de médiocrité? Aux professionnels de ces secteurs respectifs de création et de production culturelles, incapables d’offrir au public des œuvres de qualité, en raison du manque de profit du secteur et d’autres facteurs conditionnant? Ou à l’État qui, en dépit de la création d’un ministère de la Culture il y a tantôt plus de 15 ans, qui ne dispose jusqu’à présent même pas d’une loi organique devant assurer son fonctionnement interne, et dont on ignore l’existence de sa politique culturelle ainsi que les lignes d’actions ?
Il n’est donc pas si difficile de trouver la réponse. Les secteurs sportifs, du tourisme et de l’industrie audiovisuelle et notamment de la culture, méritent une attention particulière dans un pays ou plus de 22% de la population sont de jeunes, donc dotés de tous leurs potentiels physiques et intellectuels (talent, créativité et imagination). Où sont donc passés l’École Nationale des Arts, les académies d’arts, les conservatoires, les foyers de la culture et les centres d’arts en général du pays? Quelle alternative voulons-nous offrir à nos jeunes, en dehors de la prostitution, la corruption, le gangstérisme et le banditisme d’État, l’amateurisme, l’informel, l’arbitraire et la médiocrité ?
L’heure est à la reconstruction nationale et cela ne peut se faire sans les jeunes. Pour ce faire, armons-les le plus que possible des outils nécessaires, en vue de leur plein épanouissement, tant au niveau personnel que professionnel, individuel que collectif, social que politique, culturel qu’économique. Ceci ne peut se faire que par le biais de transmission du savoir, du savoir-vivre et du savoir-être. Il nous faut une culture pluri, trans et intergénérationnelle assez efficace, en vue d’assurer le relève dans tous les domaines, et à combien plus forte raison dans le cas d’une industrie assez prometteuse comme le cinéma.
Que l’État, dans un partenariat avec le secteur privé, parvienne à mettre sur pied des écoles de cinéma et d’art en général, visant à former les jeunes aux métiers du cinéma ou de n’importe quelle autre discipline de leurs intérêts. À noter que le cinéma, tout comme d’autres manifestations artistiques constitue un champ extrêmement vaste que seules des années d’études et de dur labeur permettent d’aspirer à sa maîtrise. Ainsi, pour être un acteur professionnel, en plus du talent, des années d’expérience, il faut au préalable une formation académique de base regroupant les domaines suivants : « une formation dans la prise de son, la réalisation et le mixage, la captation vidéo, la production audiovisuelle, la prise d’image, la postproduction, les effets spéciaux et de la 3D dans des cas spécifiques, les arts du spectacle ou du spectacle vivant et de l’actorat ou formation d’acteurs. Ceci étant dit, il est donc plus que clair que le programme et les matières d’une école de cinéma varient selon les spécialités. Un étudiant en son n’apprendra pas les mêmes choses qu’un étudiant en production, mais tous deux auront les mêmes bases, grâce aux cours de techniques cinématographiques durant les premières années. Les stages et les rencontres avec des professionnels du cinéma sont courants en école de cinéma, afin d’acclimater les étudiants au milieu professionnel. La familiarité avec les notions de gestion de production, d’analyse filmique (mixage, prise de son, film d’animation et l’animation 3D) montage et post-production, étalonnage, l’histoire du cinéma, la communication visuelle, les arts appliqués, la production de films, le spectacle vivant, l’écriture de story board (technique de rédaction de synopsis), la culture, l’écriture en vue de la production cinématographique s’avèrent d’une importance capitale pour la production d’une œuvre de qualité.» C’est ce qu’a pu nous révéler le cursus de Diplomeo, une école française de cinéma.
Si nous le voulons bien, nous le pourrons. Sauf s’il nous le propose véritablement. Pour qu’en effet, le sport et bien d’autres champs d’activités tout comme le cinéma puissent constituer l’avenir de la jeunesse ayitienne, il faut de l’encadrement aux jeunes, la prise en charge véritable du secteur culturel par l’État à travers une politique culturelle claire, nette et durable, en ce qui a trait aux fondements, à l’origine, à la nature et du devenir du cinéma ayitien, en vue d’en faire une industrie des plus prometteuses. Car, qu’on le veuille ou non, que de talents sont en train de se gaspiller sur les réseaux sociaux. Cependant, tant bien que mal, nos jeunes par leurs sketchs nous font rire, pleurer, penser, réfléchir, en nous portant à la prise de conscience sur nos torts et travers qui, le plus souvent, nous échappent parce que nous y sommes trop immergés .
25/08/2020
Jean Camille Etienne, (Kmi-Lingus)
Arch.Msc.en Politique et Gestion de l’Environnement
camilingue@hotmail.com

Articles Similaires

Back to top button