Perspective & Politique

CEP: un stratagème pour revenir en arrière

On marche sur des barils de poudre. La pression que le régime en place exerce sur la population haïtienne peut, à tout instant, éclater et aboutir à un face-à-face direct. Jovenel Moïse, au lieu de panser les plaies, s’est payé le luxe de les faire saigner, pour les beaux yeux des clans oligarques haïtiens. Les agressions du pouvoir pourraient entraîner des conséquences imprévisibles.

Alors que la situation ne va pas bien et que le gouvernement Jovenel/Jouthe est fragilisé avec des manifs anti-gouvernementales à n’en plus finir, l’équipe en place veut la mise en place d’un Conseil Électoral Provisoire illégitime, sans l’aval des secteurs-clés de la vie nationale et de l’opposition démocratique. Le samedi 8 août, la coalition dite «Tribune politique des femmes», a déclaré, qu’après consultation de plusieurs organisations de femmes et d’autres personnalités du pays et dans la diaspora, elle a décidé de désigner Marie Rébecca Guillaume, comme Représentante du secteur Femme, au prochain Conseil Électoral Provisoire.

Dans un tout récent message, en date du jeudi 6 août 2020, la Coalition de la jeunesse haïtienne pour l’intégration (COJHIT) a dit encourager le président Jovenel Moïse à s’élever à la hauteur de ses responsabilités historiques, en initiant des discussions appropriées, avec tous les secteurs politiques et de la société civile, en vue d’assurer la passation du pouvoir, le 7 février 2021, date d’échéance de son mandat, dans une prise de position. Quoi qu’il advienne, a noté la COJHIT, la fin d’un mandat présidentiel marque le début d’un nouveau mandat constitutionnel, précise clairement l’article 134.2 de la version amendée de la Constitution de 1987. Cette modification, apportée à l’article 134.2, permet d’affirmer que le mandat constitutionnel de Jovenel Moïse a bel et bien débuté le 7 février 2016, à partir du départ du président Michel Joseph Martelly qui a laissé un vide présidentiel entre le 7 février et le 13 février 2016. Ensuite, Jocelerme Privert a occupé le Palais National entre le 14 février 2016 et le 6 février 2017, a dit la Coalition de la jeunesse haïtienne pour l’intégration. Jovenel Moïse doit donc laisser le pouvoir le 7 février 2021, en vue de la mise en place d’un gouvernement de transition, exigent plusieurs autres secteurs, notamment politiques.

De plus, la démarche du président Jovenel Moïse, visant à former un nouveau Conseil électoral provisoire (CEP), est «illégitime» et «aveugle», a jugé plusieurs organisations sociales et personnalités, dans une déclaration conjointe. Elles ont critiqué les manœuvres du président Jovenel Moïse, pour mettre sur pied un nouveau C.E.P. Ces organisations et personnalités ont lancé aussi une mise en garde aux décideurs et secteurs de la société civile, sollicités dans cette démarche. «Jovenel Moïse sera tenu pour responsable du risque d’aggravation de la crise politique, en persistant dans ses démarches pour l’organisation de prochaines élections dans le pays. Il serait donc très dommageable, pour le pays, si des secteurs, jouissant, jusqu’ici, d’un certain niveau de crédibilité auprès de la population haïtienne, se laissaient entraîner dans une action politique aussi irréfléchie», ont prévenu les responsables.

Les autorités étatiques sont également appelées à créer un climat de dialogue réel entre les différentes actrices et les différents acteurs de la vie nationale. Les organisations et personnalités, signataires de la présente déclaration, ont appelé les citoyennes et citoyens haïtiens à faire preuve de la plus grande vigilance, «pour éviter à ce pays, déjà en lambeaux, de nouveaux épisodes de convulsions politiques, dévastatrices pour l’économie et génératrices de plus de misère».

Emmanuel Saintus

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