La Caravane au sommet de la 72e Assemblée Générale de l’ONU.

La 72e Assemblée Générale de l’ONU fut une occasion pour les dirigeants des pays du monde : riches et pauvres, amis et ennemis, de se retrouver, de partager tour à tour la même tribune, pour justifier le rôle de leur gouvernement dans le développement de leur pays, de montrer l’importance de leurs nations dans leur région, voire à l’échelle globale. Dans ce sens, le président des États-Unis, dans sa première intervention dans cette tribune n’a pas ménagé ses menaces contre la Corée du Nord, a étalé ses critiques contre l’Iran, le Venezuela et Cuba et surtout a présenté sa nouvelle vision de « America first ». Les répliques et accusations ne furent pas non plus modérées. Mais, ce qui me hantait l’esprit, c’était la nature du discours de la délégation haïtienne dirigée par notre président, M. Jovenel Moïse. Dans son cas, tout comme M. Trump, ce fut sa grande première au top show des politiciens ! Après une entrée timide au podium, suivie d’un accueil froid par une assemblée qui semblait désintéressée, M. Jovenel débuta son discours d’une manière poétique, faisant l’éloge du rôle des Nations Unies et du travail du secrétaire général Antonio Guterres qui a moins d’une année dans cette fonction. Si autrefois, l’ONU présentait une image d’organisme pacificateur, solutionneur de conflits, les évènements politiques des 10 dernières années ont mis en doute l’efficacité de l’ONU. La guerre des séparatistes en Ukraine, l’annexion de Crimée par la Russie, la guerre en Syrie avec plus de 300 000 victimes fatales, les conflits au Soudan, Congo, et plus proche de nous, la MINUSTAH et la MINUJUSTH dont les impacts positifs sur la société haïtienne restent polémiques pour certains, jusqu’à négligeables pour d’autres, est-ce que cela pourrait expliquer pourquoi le président Poutine avait brillé par son absence ?   L’approche globaliste Contrairement aux interventions des trois anciens présidents légitimes d’Haïti, M. Jovenel commença son discours avec un ton globaliste. Comme un bachelier qui démontre ses notions de connaissances générales, il dénote ses premières et grandes préoccupations qui sont : La prolifération des armes nucléaires, sans explicitement mentionner les Nord-Coréens ; La Guerre civile en Syrie ; Le conflit israélo-palestinien ; La crise au Venezuela ; L'accord de paix entre les FARC et le gouvernement Colombien ; La crise politique entre la Chine et le Taiwan. À ce point, on pourrait penser que c’était le secrétaire général, lui-même qui parlait. Brusquement, après un long exposé à caractère charmeur, il passa aux points généraux des pays du tiers-monde en abordant les topics de développement durable et réchauffement climatique. M. Jovenel réitère le soutien à l’accord de Paris, arguant l’importance de la création des fonds pour aider les pays victimes des catastrophes naturelles, nommant certains pays de la Caraïbe et cette fois, incluant Haïti dans la liste des victimes. Là, on ne saurait le lui reprocher, sauf que les arguments sont trop génériques car il n’avait pas avancé aucun chiffre sur les pertes causées par les dégâts naturels en Haïti ou ailleurs dans la Caraïbe. Une occasion ratée pour rappeler aux pays amis, les défis auxquels son gouvernement tout comme les antérieurs étaient confrontés dans les efforts de remettre le pays sur pied après des dévastations qui facilement pourraient s’évaluer en des centaines de millions de dollars américains. Comme c’est le cas pour les habitants de Texas dont on estime une récupération totale pourrait durer jusqu’à dix ans.   Désastres naturels Certes, notre pays est hospitalier et solidaire avec nos voisins. Notre solidarité est chose sure. Ne serait-ce un bon moment de les rappeler d’être plus humains avec nos migrants ? Les experts déjà parlent d’un afflux d’immigrants des Antilles déjà. Les malheurs causés par les désastres naturels n’expliquent-ils pas en grande partie la grande fuite des jeunes de notre pays vers la République Dominicaine, le Chili, le Brésil, le Mexique, les États-Unis ? Il ne serait pas une exagération : d’exposer et d’expliquer certains indices de notre sous-développement et la misère comme conséquences néfastes des désastres naturels (cyclones, inondations, tremblement de terre). En effet, la gratitude envers les pays qui reçoivent nos compatriotes fut un geste noble du discours. À ce point, c’était le bon moment pour mettre l’accent sur l’importance des pays signataires des accords sur la protection des réfugiés, de respecter le droit des refugiés en général et en particulier de mieux traiter nos frères et sœurs haïtiens.   Combat contre la corruption Après vient l’hymne personnel du Président, la lutte de la corruption. Corruption, corruption, M. Jovenel n’a pas hésité de mentionner le phénomène des chèques fictifs. Il parle avec la tête haute de sa lutte contre corrupteurs et corrompus. Si ses déclarations, faites pour la consommation locale, ont eu un grand effet sur le podium de l’ONU, un président qui parle de chèques zombis dans l’ère de la technologie et de l’information fait résonner plutôt la sonnette d’alarmes. Quand les soi-disant chèques fictifs furent émis, comment expliquer qu’il soit impossible de les retracer ? Les banques n’exigent-elles plus des pièces d’identification pour échanger ces chèques ? En guise de se plaindre, pourquoi le président ne demande pas à la justice de poursuivre et punir les responsables ? Peut-on affirmer que le renvoi d’un ministre soupçonné de corruption dans le dossier des Kits scolaires est un exemple de lutte acharnée contre la corruption ? Fut-il le corrompu ou le corrupteur ? S’il avait l’intention de voler l’État est-ce au président de le punir ou à la justice haïtienne de faire son travail ? Bref, une lutte contre la corruption qui malgré ce beau discours ne semble pas être convaincante. Et voilà la Caravane qui finalement défile dans la savane de l’ONU. Selon notre Président, les changements se verront dans les domaines : d’électrification 24/24 avec des énergies propres, le reboisement (total ?) du pays, la gestion de l’eau, l’irrigation des terres agricoles, le curage des rivières. Et en plus, elle permettra de combler le déficit de logement et de construire douze mille salles de classe. Ce fut un autre exemple où on a la mauvaise impression qu’il suffit de citer certains grands besoins qui d’ailleurs sont communs à presque toutes les nations du tiers-monde, sans donner la moindre explication sur le comment faire, les impacts et surtout le budget dont dispose le gouvernement pour accomplir ces énormes et multiples tâches.   La création d’une armée anti-catastrophe De façon inattendue, il revient sur la thématique de la corruption. Selon lui, l’appareil judiciaire va l’aider à combattre la corruption. Cependant, tout comme dans le budget 2017-2018, de la justice il ne faut pas en parler. Cela explique son switch vers son point fort : l’armée anti-catastrophe. Ce n’est pas moi qui le dis. Le Président Jovenel définit les trois missions de son armée comme telles : 1) une unité de génie capable de contribuer aux grands travaux d’infrastructure et qui peut intervenir après les catastrophes naturelles ; 2) une unité d’aviation capable de former des jeunes en mécanique aéronautique et en pilotage d’aéronefs et d’hélicoptères, à la suite des catastrophes naturelles ; 3) une unité médicale capable de soigner les victimes de catastrophes naturelles et de soigner les résidents des endroits les plus reculés. Catastrophe, catastrophe et catastrophe. Haïti, bientôt aura son Armée Catastrophique.   MINUSTAH vs Justice ? Avant de conclure, le dossier de choléra, il en a parlé, certes, mais pas comme le représentant, le défenseur, l’avocat des milliers de victimes de cette maladie importée en Haïti par les soldats onusiens. De même, il fait mention de crimes sexuels commis par des soldats de la MINUSTAH sans les condamner, ni exiger avec force des réparations aux victimes et au pays. Est-ce que le président n’aurait pas eu la chance de lire certains discours de ses prédécesseurs ? Eux au moins, ils ont compris que la tribune de l’ONU, c’est juste un grand show. Là où, tout politicien, sans crainte, peut se maquiller en ultra-nationaliste. On se rappelle dans la 58e session, notre président avait exigé des restitutions et réparations pour les crimes du système esclavagistes et colonialistes contre notre pays. Ensuite, dans la 69e assemblée, notre président n’avait pas ménagé ses mots pour dénoncer l’hypocrisie dans le cas du coup d’État contre le président légitime du Honduras. Et plus récemment, notre représentant n’avait pas caché sa frustration par rapport au décaissement et à la gestion de l’aide internationale en faveur d’Haïti. En attendant un rapport final des dépenses totales de notre très nombreuse délégation à la 72e session des Nations Unies, il convient à la population et plus précisément aux medias haïtiens de demander des explications pertinentes sur la nécessité de ces déplacements et les messages à transmettre au monde qui restent dans les intérêts nationaux. Il nous faut conserver cette image de peuple indépendant, de peuple combattant et pourquoi ne pas profiter de la tribune de l’ONU pour promouvoir notre langue créole, comme cela a été fait par dans les sessions 58e et 69e. Haïti/Progrès Ing. Rodelyn Almazor ingalmazor@yahoo.com
Publier le : 08/10/2017   Auteur :

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