Le pourrissement du dossier migratoire de l’île fait autant honte que peur

Quatre citoyens haïtiens ont été mis à mort le 17 août 2017, dans la prison de La Victoria, a rapporté, dans un premier temps, le quotidien dominicain Listin Diario. Dans un second temps, soit une semaine plus tard, le mercredi 23 août, le journal précise que les prisonniers ont été battus, agressés sexuellement et pendus car l'un d'eux a refusé de révéler à leurs agresseurs où, dans la prison, ils auraient caché 35 000 dollars américains et plus d'un million de pesos dominicains. Selon le rapport de la demande de mesure coercitive, vers un peu plus de minuit, le 17 août, Eduard Rodríguez Torres a téléphoné à deux autres comparses pour leur dire qu'ils devaient s’attaquer à Brusner Ferdinand dans sa cellule car ce dernier avait dissimulé dans la prison 35 000 dollars américains et plus de 1,3 million de pesos dominicains, le butin d'un vol qu'il a perpétré sur son compatriote et deux Chinois. Les enquêteurs ont déclaré au juge que cette information était suffisante pour la défense. Avec sept autres suspects « armés d'armes blanches rudimentaires et d'autres objets, ils se sont mis ensemble pour passer à tabac, abuser sexuellement et pendre Brusner Ferdinand, pour ne pas avoir révélé où était l'argent. » Ils ont fait subir le même sort à Dieumanèce Jean, Luis Pie et Yefri Seis, « pour ne pas laisser de témoins derrière eux », a déclaré le procureur dans sa demande de coercition, expliquant les raisons de l'application de la détention préventive. Cinq téléphones cellulaires recueillis lors de l'enregistrement de l'accusé, ont été présentés au juge par le Bureau du procureur général et seront analysés, afin d'obtenir d'autres preuves ainsi que les témoignages de onze personnes. En acceptant les arguments de la poursuite, le juge a ordonné une année de détention préventive contre les autres accusés. Brusner Ferdinand, Luis Pie et Dieumanèce Jean étaient incarcérés pour vol aggravé et simple, respectivement, tandis que Yefry Seis purgeait 10 ans de prison pour viol. D’autre part, des centaines de migrantes et migrants haïtiens ont fui dans la panique, la ville de Neiba, capitale de Bahoruco, une province dominicaine, dans la nuit du 21 août 2017, à destination d'Haïti, rapporte le Groupe d'Appui aux Rapatriés & Réfugiés (GARR). Plusieurs centaines d'autres ressortissants haïtiens se sont réfugiés dans des casernes militaires pour être amenés tôt dans la matinée du 22 août 2017, à la frontière de Malpasse, par les autorités migratoires dominicaines. Cette situation de tension résulte de la découverte, le 21 août 2017, du cadavre d'un fermier dominicain de 65 ans, Juancito Vallejo Montero Beltré à Majagual Cenizo. En représailles à ce meurtre, un migrant haïtien de 20 ans a été assassiné à coups de couteau dans la poitrine, le 21 août 2017. Les ressortissants haïtiens ont déclaré avoir peur de se faire attaquer par des civils dominicains qui auraient voulu se venger de l'assassinat du fermier. Des déplacements massifs de migrants haïtiens provenant du territoire dominicain ont été également observés au point frontalier de Cornillon/Grand-Bois, département de l'Ouest. Les autorités haïtiennes et les organisations internationales notent que les déportations et les retours volontaires de la République Dominicaine se sont intensifiés au cours des derniers mois. L'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), informe qu'entre juin 2015 et juillet 2017, 215 121 Haïtiens qui vivaient en situation irrégulière sur le territoire dominicain, sont retournés volontairement ou ont été déportés en Haïti. Selon les responsables de l'OIM, les structures d'accueil mises en place dans la région frontalière sont insuffisantes. M. Vedaste Kalima, Chef de Bureau, a.i. des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) en Haïti, a rappelé que le pays était confronté à divers problèmes majeurs. « Alors que le pays se remettait difficilement du contexte post-séisme de 2010, l'ouragan Matthew est venu aggraver les conditions de vies des Haïtiens déjà vulnérables, notamment dans la région du Grand Sud où environ 1,4 million de personnes demeurent dans le grand besoin d'assistance humanitaire ou de relèvement. En plus, 2,35 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë sévère dans les dix départements du pays et 37,967 personnes déplacées internes continuent de vivre dans des camps érigés après le tremblement de terre de 2010 », a-t-il expliqué. En dépit de tout, le financement pour répondre à ces besoins humanitaires les plus prioritaires est en baisse. Le Plan de Réponse Humanitaire (HRP) est financé seulement à 19,5%, soit 56,9 millions de dollars américains reçus sur un montant total de 291,5 millions demandé. Ce sous-financement en Haïti limite la capacité des acteurs humanitaires à apporter des réponses plus efficaces et appropriées aux besoins les plus critiques des personnes les plus vulnérables.
Publier le : 02/09/2017   Auteur : Altidor Jean Hervé

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