Un démarrage difficile pour un gouvernement ma préparé

Le vendredi 7 avril 2017, cela fera deux (2) mois sur les soixante du quinquennat du Président Jovenel Moïse. Certes, il a finalement installé son gouvernement et semble avoir pris un contrôle total des rouages de l’administration publique du pays. On attend encore le budget rectificatif qui lui permettra de commencer à mettre en œuvre ses nombreuses promesses de campagne. D’ailleurs, il en a rajouté depuis lors, se fourvoyant un peu au passage. Entre l’Hôpital de Carrefour et celui de Fontamara, lequel des deux sera dédié aux services médicaux à offrir aux forces de polices? Il ne le sait plus trop bien. Il avoue même candidement qu’il est en train d’apprendre les détails de l’administration publique dans ce domaine et que la ministre de la Santé devra faire un état des lieux de son ministère. Mais cela, c’est l’enfance de l’art. Tout nouveau ministre, tout nouveau gouvernement, tant qu’à faire, devrait commencer par avoir une idée de l’état des choses en place, avant de commencer à planifier de nouveaux programmes, de nouvelles politiques. Il devrait normalement s’assurer des moyens dont il dispose, de ce qui est urgent, de ce qui peut attendre, avant d’entreprendre des initiatives qui risquent d’être mal à propos, voire même totalement contreproductives. Comme si Haïti, dans les circonstances actuelles pouvait se payer le luxe d’avoir des grands responsables de sa politique publique et de son exécution, par des amateurs en train d’apprendre leur métier sur le tas, à la dure ! Mêmes les virtuoses prennent de gros risques à vouloir improviser. Leur exercice d’impro de haute voltige est généralement un numéro pratiqué de longue date mais apprêté à la saveur du moment pour un public qui ne les a pas vu faire récemment. Voila donc deux mois que le Président Jovenel Moïse se promène dans le paysage, sans avoir pu commencer à régler aucun des problèmes qu’il aurait dû avoir constater et mesurer au cours de sa longue campagne électorale. En voici quelques-uns. Une grande partie de la population du Grand Sud fait face à la famine, à la suite du passage de Matthews. Il en sera de même au cours des prochains six mois. C’est du moins les conclusions auxquelles sont parvenues une commission parlementaire qui y a réalisé une tournée pour évaluer la situation. Quels sont les plans du nouveau gouvernement pour faire face à la situation? On ne le sait trop. D’ailleurs le Parlement qui aurait s’y attarder lors de son évaluation de la Déclaration de Politique générale de l’actuel Premier ministre, ne l’a pas fait. Nos Parlementaires, ne sachant pas leur rôle non plus, pour la plupart, se sont égarés à réclamer, qui un bout de route, qui un lycée, voire même des commodités sanitaires domestiques. C’en était lamentable. Le Président, pour sa part, était encore occupé récemment à fignoler sa « Caravane du Changement » dans l’Artibonite, un des programmes-phares, à venir de son gouvernement. Son ministre de l’Environnement patrouillait les ravines du Morne l’Hôpital et se prépare à réclamer les fonds nécessaires pour leur curage. Je ne suis pas contre ces travaux qui seront fort utiles, ni contre le programme de curage de canaux d’irrigation dans la Vallée de l’Artibonite envisagé par le Président, dans le cadre de sa « caravane pour le Changement». Je me demande toutefois, s’il ne serait pas plus urgent de voler immédiatement au secours de la population du Grand Sud. À moins que le gouvernement ne considère que le carnaval des Cayes ait été un levier suffisant pour régler le problème. En tout cas, l’Ambassadrice de la Norvège, Mme Ingrid Mollestad, a mis l’accent, comme il se doit à cette urgence nationale de porter secours aux populations du Grand Sud dont elle a entrepris, elle, de faire le tour, en compagnie du représentant d'ONU Environnement, Asif Zaidi, la semaine du 27 mars dernier. Ce dernier, rappelant la magnitude de l’ouragan Matthew qui a ravagé toute la péninsule, a déclaré à cette occasion, qu’il y a une urgence d'agir vite en pensant au long terme. Il estime que l’approvisionnement en eau, en nourriture, en combustible, le contrôle de l'érosion sont d’une importance capitale pour les populations de la région. « Sans réhabilitation environnementale d'urgence, la dégradation s'accentuerait. Un effet boule de neige mettrait la population dans un état d'alerte permanent : baisse des récoltes, pénurie et contamination de l'eau, glissement de terrain, inondations, pertes de barrières de protection naturelle, incendies de forêt incontrôlables et expositions accrues aux aléas climatiques. » Avez-vous entendu le nouveau gouvernement s’adresser à ce problème criant, récemment? En tout cas, pas moi. Idem, les nombreux employés de l’État en attente du paiement des arriérages de salaires ne savent pas encore quand est-ce qu’ils seront payés. Ils sont quelques milliers de professeurs, d’employés des hôpitaux, sans compter les étudiants résidents en médecine qui réclamaient soit des arriérés de salaires ou des augmentations significatives de leurs émoluments. Les médecins résidents qui reçoivent quelque 7 500 gourdes par mois, autant que je me souvienne, réclamaient environ 125 000 gourdes par mois, alors que le gouvernement provisoire leur offrait 12 500, toujours à ma souvenance. Les employés de l’Office National d’Identification (ONI) n’étaient pas en reste non plus. Il est vrai que plusieurs pays de la Communauté internationale qui éprouvaient une certaine gêne à offrir un appui budgétaire au gouvernement provisoire se soient ravisés depuis l’élection démocratique de ce nouveau gouvernement, néanmoins, il n’est pas clair qu’ils aient tous sortis leur chéquier pour équilibrer le budget rectificatif que l’on peine à accoucher. Pour les cinq à six mois avant le prochain exercice financier, il serait étonnant que le pays puisse obtenir un revenu autonome de plus de 25 milliards de gourdes. Donc, l’appui de la communauté internationale sera un MUST. Autrement, ce gouvernement devra continuer à se serrer la ceinture, comme l’avait fait le gouvernement Privert/Jean-Charles avant lui, et naviguer à vue. Du temps de feu René Préval, on aurait privilégié une autre expression plus colorée : « Naje pou sòti. » Mais d’hier à aujourd’hui, la situation générale n’a pas changé. Le pays ne génère pas assez de ressources autonomes pour satisfaire ses besoins fondamentaux. D’où l’impérieuse nécessité pour l’équipe en charge de bien savoir ce qu’elle fait et de ne pas commettre trop d’erreurs, car il faudra utiliser les maigres moyens disponibles, le plus judicieusement possible. À cet égard, je salue la disposition du gouvernement de publier dans Le Moniteur, tous les récipiendaires de subvention, le montant reçu, l’objectif visé et tout le tralala. Je souhaite d’ailleurs vivement qu’il se l’applique tout de suite en publiant celle octroyée à Agritrans et faire un bilan official à date de cette subvention. Je souhaite tout aussi vivement que la presque centaine de hauts commis de l’État qui viennent d’être bombardés directeurs généraux, secrétaires d’État, ministres etc., fassent toutes et tous une déclaration de patrimoine, comme le veut la loi en force au pays. C’est le geste à faire, la mesure à prendre pour dissuader tous ceux et toutes celles qui seraient tenté par un enrichissement rapide et illicite. On retiendra qu’au cours des deux premiers mois du Président Moïse, il a passé son temps à faire campagne comme si les élections n’avaient pas encore eu lieu. Des visites par ci, des promesses par là, des inaugurations de chantiers entrepris et souvent déjà complétés par le gouvernement provisoire. C’était le cas pour l’augmentation de la capacité d’émission de passeports et d’autres documents d’État civil. Les responsables du gouvernement provisoire avaient célébré cette nouvelle capacité de ce service qui a été ré-inauguré et re-célébré par le Président Moïse qui s’en attribue les crédits, comme le faisait le Président Michel Martelly au début de son mandat. On retiendra également que la première effective du Parlement où il détient la majorité et à sa demande, a été de faire voter une loi sur la diffamation dans la presse et dans les réseaux sociaux. Le bâillon et la recherche de la vérité vont rarement de pair. On a retenu avec soulagement la belle tenue du Représentant d’Haïti à l’OEA, l’Ambassadeur Jean Victor Harvel Jean-Baptiste, à l’occasion de son discours en marge du vote pour une éventuelle exclusion de la République du Venezuela de cette instance régionale. Je suis convaincu que le Président Jovenel Moïse lui a donné son approbation pour voter en ce sens même s’il ne s’en vante pas trop. Il se garde peut-être la possibilité d’évoquer sa méconnaissance du dossier et le fait que l’Ambassadeur Jean-Baptiste ne relève pas de sa chapelle politique, tout en soutirant un certain bénéfice collatéral. Cela n’enlève rien ni à la prestation empreinte de dignité de l’Ambassadeur qui fait honneur à Haïti ni à une certaine intelligence diplomatique de l’équipe actuelle. Cela nous change un peu de la comédie criarde des chemises rouges Pro-Chavistes de la délégation haïtienne, dirigée alors par le Président Martelly, à la mort du regretté Président Hugo Chavez. Cela prouve tout simplement que dans la diplomatie haïtienne, comme dans la fonction publique haïtienne en général, il y a encore quelques perles rares, héritées des administrations honnies par celle qui les ont remplacées et au frottement desquelles, celle-ci tire encore une lueur de panache. De toute la semaine dernière, la seule feuille de route qui soit clairement intelligible, à titre d’objectif, bien qu’elle soit encore dépourvue de voies et moyens et d’étude de coûts versus bénéfice, c’est celle du ministre de la Défense, M. Hervé Denis. Il est clair que ce gouvernement veut à tout prix reconstituer la FADH. À quel coût? Contre quels sacrifices? Nul ne le sait. Peut-être même pas le ministre ni son gouvernement. Mais qui veut la fin, prend les moyens. Tel semble être la devise de ce gouvernement. On saura le fin mot de l’histoire, une fois rendu à la fin. Pierre-Michel Augustin
Publier le : 08/04/2017   Auteur : Pierre-Michel Augustin

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